MOZAMBIQUE

Manifestations contre la vie chère à Maputo : "L’inflation est telle qu’il est difficile de survivre"

Les manifestations contre la vie chère se poursuivent et dégénèrent à Maputo, au Mozambique. Quatre personnes auraient trouvé la mort et 27 auraient été blessées mercredi lors d’affrontements avec la police. Notre Observateur était sur place.

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Photo envoyée par Fernando Regulez à Medicos Mundi postée sur Flickr le 1er septembre 2010.

Les manifestations contre la vie chère se poursuivent et dégénèrent à Maputo, au Mozambique. Quatre personnes auraient trouvé la mort et 27 auraient été blessées mercredi lors d’affrontements avec la police. Notre Observateur était sur place.

Les Mozambicains souffrent de l’augmentation des denrées de base, mais aussi de l’essence et d’autres produits de première nécessité. Le Mozambique, qui figure parmi les pays les plus pauvres du monde, ne s’est toujours pas remis de la guerre civile qui l’a dévasté durant 16 ans (de 1976 à 1992). Le pays est par ailleurs très dépendant des importations en provenance d’Afrique du Sud, dont le coût a enchéri ces derniers mois. En 2008 déjà, le pays avait connu des "émeutes de la faim" qui avaient fait six morts.

"L’inflation est telle qu’il est difficile de survivre"

Photo envoyée par Fernando Regulez à Medicos Mundi postée sur Flickr le 1er septembre 2010.

Photo envoyée par Fernando Regulez à Medicos Mundi postée sur Flickr le 1er septembre 2010.

Patrick Munyaneza est étudiant et donne des cours de finances à Maputo.

Mercredi, les gens sont descendus dans la rue et ont dressé des barricades. Les habitants des bidonvilles tentaient également d’atteindre le centre-ville, mais la police les repoussait. Toute la ville est sans dessus dessous, des banques ont été détruites, des magasins ont été pillés. Les autorités sont intervenues et ont tiré à balles réelles sur la foule. Il y a une atmosphère de guerre. Il n’y a pas beaucoup de policiers et ils n’ont pas les moyens de contrôler la situation.

Aujourd’hui, la manifestation continue. Nous sommes bloqués à la maison. Nous ne pouvons rien faire. Nous ne pouvons rien acheter : tous les commerces sont fermés, idem pour les administrations, les banques. Les lignes de téléphones fixes fonctionnent mal. Je peux entendre des coups de feu à travers la fenêtre.

"Nous avons reçu un SMS qui appelait à manifester"

Cette situation rappelle les émeutes de 2008, qui se sont déclenchées pour les mêmes raisons. La différence, c’est que cela n’avait duré qu’un jour. Là, c’est déjà le deuxième. Un SMS circulait parmi les Mozambicains depuis quatre jours : il demandait aux gens de sortir dans la rue le 1er septembre et indiquait que cela pourrait durer jusqu’à vendredi. Je ne sais pas qui a envoyé ce message. C’est le problème de cette révolte, elle n’est pas organisée, il nous manque quelqu’un pour parler au nom du peuple.

L’inflation est un grand problème au Mozambique : cela affecte tous les biens. Ça devient difficile de survivre. Il y a six mois, il fallait payer 500 meticais [environ 11€] pour 25 kg de riz, c’est plutôt 1000 meticais environ [environ 21€]. Quand on sait que le salaire minimum est de 1300 meticais [28 euros], on comprend où est le problème. Le prix de l’essence a quant à lui augmenté trois fois en 6 mois.

Les gens étaient déjà très remontés. Alors lorsque le gouvernement a annoncé il y a deux semaines que le pain et les transports publics allaient augmenter à partir du 1er septembre, ça a énervé tout le monde.

Le gouvernement ne fait rien. Notre président a fait une déclaration mercredi sur les événements, mais les gens disent qu’il n’a rien annoncé : il a seulement décrit la situation. Le gouvernement s’est réuni aujourd’hui, mais nous n’avons pas encore de retour."

Pneus brûlés dans les rues de Maputa. Photo publiée sur Facebook par notre Observateur.

Une barricade. Photo publiée sur Facebook par notre Observateur.

 

Les émeutes du 1er septembre. Vidéo publiée sur YouTube le 1er septembre 2010 par pipasforjaz. Images de Mickey Fonseca, Laddie Bosch, Pipas Forjaz avec leur aimable autorisation.