Une vidéo qui montre le lynchage de deux adolescents a déclenché une polémique au Pakistan. Un de nos Observateurs dans le pays nous explique que 15 policiers étaient présents, dans la foule, lorsque cette scène atroce s'est déroulée.

FRANCE 24 a choisi de ne pas publier les vidéos amateur de ce lynchage.

Tahir Imran Mian est journaliste à Islamabad. Il a monté un groupe sur Facebook et organisé une manifestation, le 25 août à Islamabad, pour demander que justice soit faite dans cette affaire.

Je me suis rendu sur les lieux, j'ai parlé à des sauveteurs locaux, des habitants et à un cousin des deux jeunes qui ont été lynchés. Il y a plusieurs versions qui circulent dans les médias et sur Internet, mais selon les témoignages que j'ai pu recueillir, voici ce qui s'est passé.

"A l'origine, une petite altercation avec des jeunes du quartier"

Les deux frères, Mughees Butt, 19 ans, et Muneeb Butt, 15 ans, vivent à Sialkot [nord-est du pays]. Ils se sont rendus, une semaine avant le lynchage, dans la banlieue de leur ville, dans un quartier appelé Buttar, pour y trouver un terrain où jouer au cricket. Mais ils sont tombés sur des jeunes de ce quartier qui n'ont pas voulu les laisser jouer. S'en est suivi une altercation.

Le 15 août, ils sont revenus sur place, toujours pour tenter de jouer au cricket. Et c'est sur le chemin du retour que tout a commencé. Ils se sont arrêtés, à vélo, parce qu'un regroupement s'était formé dans Buttar ; ils voulaient savoir ce qu'il se passait. Les gens du quartier étaient très énervés parce qu'un vol venait de se produire et que les malfrats avaient blessé l'un des leurs. Un des jeunes avec qui les deux frères s'étaient disputés une semaine auparavant, sur le terrain de cricket, les a alors pointés du doigt en affirmant qu'ils étaient des amis des voleurs. Sur cette seule accusation, complètement infondée, la foule s'en est pris aux deux garçons.

La police est intervenue. Et là, il existe deux versions. La version officielle est que la foule aurait repris de force les garçons des mains des policiers. En parlant avec des témoins, sur place, j'ai toutefois entendu une autre histoire : il semblerait que les policiers aient en réalité rendu eux-mêmes les deux frères à la foule, après les avoir ligotés.

"A la fin, le jeune homme implorait qu'on l'abatte"

Ensuite, Mughees et Muneeb ont été atrocement lapidés. On le voit sur la vidéo amateur qui est sortie par la suite, les gens ont commencé par les frapper avec des bâtons, et à leur lancer des pierres. Le plus jeune est mort en quelques minutes, mais le calvaire de son aîné a duré une heure et demie. A la fin, des témoins affirment qu'il implorait qu'on l'abatte pour mettre un terme à ses souffrances. Lorsque les deux garçons ont été pendus à des poteaux, à deux pas du poste de secours où se trouve le poste de police, il était vraisemblablement toujours en vie. Les corps sans vie des deux frères ont enfin été paradés sur un tracteur dans le quartier. Sur des images amateur, on voit que des policiers accompagnaient le cortège.

J'ai monté un groupe sur Facebook pour demander que les policiers soient traduits en justice pour homicide. Surtout le responsable de la police locale, Waqar Chouhan, mais aussi son chef au niveau régional, Zulfiqar Cheema, qui est connu pour encourager les exécutions extra-judiciaires. Pour l'instant, les 15 policiers présents lors du lynchage ont uniquement été suspendus et sont accusés d'avoir commis une 'bavure', ce qui leur vaudrait au maximum deux ans de prison. Certains ont été arrêtés, mais ils se sont soit enfuis avec l'aide de leurs collègues ou ils ont été libérés sous caution.

Aujourd'hui [25 août], nous avons réuni 500 personnes devant le club de la presse d'Islamabad. Et mon groupe sur Facebook a regroupé plus de 20 000 personnes en quelques jours. Mais je ne m'attends pas à un miracle. Le plus probable est que cela ne change rien.

 

Les victimes

Copies d'écran des vidéos amateur de la scène

Brève intervention d'un policier.

Des femmes et des enfants ont assisté au lynchage.

Les deux garçons finissent pendus à des poteaux, à quelques mètres du poste de secours.