FRANCE

Un Congolais chez les Bretons

Au mois d'août, les nations celtes se sont données rendez-vous pendant dix jours à Lorient, en Bretagne, pour le festival interceltique. Notre Observateur, Trésor Kibangula, fraîchement débarqué de Kisangani, en République démocratique du Congo (RDC), a assisté aux festivités : il espère qu'un jour les Congolais aussi prendront soin de leur traditions. Lire son témoignage et voir les photos...

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Trésor avec deux amis bretons, lors du fest-noz.

Au mois d'août, les nations celtes se sont données rendez-vous pendant dix jours à Lorient, en Bretagne, pour le festival interceltique. Notre Observateur, Trésor Kibangula, fraîchement débarqué de Kisangani, en République démocratique du Congo (RDC), a assisté aux festivités : il espère qu'un jour les Congolais aussi prendront soin de leur traditions.

Le premier Festival interceltique de Lorient a été organisé il y a 40 ans. L'objectif était alors de contribuer au développement de la musique et de la culture bretonnes, mais aussi de s'ouvrir aux nations d'origine celte des îles britanniques (Écosse, Pays-de-Galles, Cornouailles, Île de Man, Irlande) et du nord de l'Espagne (Galice et Asturies).

"Des bagadoù bretons en costumes identitaires défilent en dansant au rythme de la cornemuse"

Trésor Kibangula est étudiant en journalisme. Il vit depuis deux mois à Lille et tient le blog Un Africain au Nord.

Je viens de Kisangani, dans la partie est de la République démocratique du Congo. Cet été, j'ai découvert le Festival interceltique de Lorient. Un Africain comme moi, qui débarque pour la première fois en France, ne peut qu'être surpris.

Dimanche 8 août, à partir de 6 heures du matin, tout Lorient bouge vers une même direction : la grande parade. Des groupes de festivaliers composés de danseurs, de chanteurs et de musiciens de chaque nation celte se dirigent vers l'Orientis, point de départ du grand défilé. Des milliers de personnes s'amassent le long de la route.

10 heures. Des bagadoù bretons [formations musicales] et des 'pipe bands' [ensemble musical constitué de sonneurs de cornemuses et de batteurs] en costumes traditionnels défilent en dansant au rythme de la cornemuse. Le public émerveillé applaudit et use de tous les moyens pour ne pas rater un seul moment du spectacle : échelle, poubelle, cabine téléphonique. Plus on est haut, mieux on voit.

"Les Celtes font la promotion de leurs us et coutumes au grand jour alors qu'en Afrique, les missionnaires ont exhorté nos aïeux à abandonner les leurs"

Moi qui pensais que le monde occidental était résolument tourné vers la modernité ! Je vois les Celtes faire la promotion de leurs us et coutumes au grand jour alors qu'en Afrique, les missionnaires ont exhorté nos aïeux à abandonner les leurs. Conséquence : certains rites traditionnels africains sont bannis et certaines 'églises' s'en mêlent, les qualifiant de 'sorcellerie'. Je suis surpris de voir qu'en Bretagne les traditions sont aussi vivantes. Les danses et les costumes traditionnels, les kilts, la cornemuse, la grande parade celte...: tout contraste avec ma conception de la société occidentale, une société que je pensais en rupture avec le 'côté traditionnel' des choses.

"Je danse avec l'espoir qu'un jour, un festival de ce type sera organisé chez moi pour mettre en valeur la diversité culturelle du Congo"

Ici, Bretons, Écossais, Acadiens, Irlandais ou Galiciens éprouvent toujours une fierté pour leur culture. Au Congo, au nom de l'évolution ou de la modernité, les cultures locales sont considérées comme dépassées ou anachroniques. Trop peu de manifestations sont prévues pour mettre en valeur la richesse culturelle d'un grand pays peuplé de près de 500 tribus. Par exemple, seuls les chefs coutumiers portent encore des habits traditionnels. La mode a pris le dessus.

J'ai dansé avec les festivaliers sur les sons rythmés de la cornemuse celte. Avec l'espoir qu'un jour, un festival de ce type sera organisé chez moi pour mettre en valeur la diversité culturelle du Congo.

Mais certains festivaliers craignent aussi que la grande parade perde toute sa 'celtitude'.  En discutant avec John Major Mc Namee, un Écossais qui commande deux bagags bretons, Brieg et Karreg an Tan, depuis 1997, j'ai compris qu'il s'inquiétait du fait que les chansons s'éloignent de plus en plus de la musique celtique et que plusieurs bagadoù empruntent désormais des instruments modernes.

"Il paraît que ‘Dieu inventa le vin et la danse pour que les Bretons ne dominent pas le monde'"

Un dicton local dit que 'Dieu inventa le vin et la danse pour que les Bretons ne dominent pas le monde'. Les Bretons ont dû prouver qu'ils méritaient leur réputation, notamment au moment du fest-noz. Tous les soirs, les festivaliers et les touristes, pas forcément celtes, dansaient au rythme de la cornemuse bretonne traditionnelle. Les pas de danse de vrais danseurs s'entremêlaient avec ceux d'apprentis, d'amateurs... C'était très convivial.

Des démarches sont en cours pour l'inscription de ce fest-nozsur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'Unesco. Tout au long de la soirée, tous les styles de danse bretonne, voire celte, passaient et repassaient : de 'l'an dro' à la 'scottish' en passant par 'l'hanter dro', les gavottes, le plinn et Koster Hoït. Des pas de danse souvent très complexes.

"Finalement, à Lorient, on a l'impression d'être d'abord en Bretagne, puis en France"

Cette 40e édition du Festival interceltique était décrété 'année de la Bretagne'. Sur des stands bretons, des opérations 'séduction' étaient visibles. Une école mobile apprenait aux enfants à lire et à écrire en breton. Là-bas, des pâtissiers présentaient les spécialités locales, plus loin, les politiques expliquaient le bien-fondédu projet de loi sur les langues minoritaires en France.

Finalement, à Lorient, on a l'impression d'être en Bretagne avant d'être en France. L'hymne de la Bretagne, au début de certaines manifestations, les panneaux de signalisation des rues en breton et en français, le drapeau de la Bretagne plus visible que celui de la France : tout laisse apparaître une recherche de la reconnaissance de la Bretagne au niveau national."