BRÉSIL - IRAN

Le président Lula "met en danger" une Iranienne accusée d'adultère en lui offrant l'asile

Une Iranienne qui risque la lapidation après avoir été accusée adultère a attiré l’attention du monde entier, y compris celle du président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva. Cela l'aidera-t-elle ? Ce serait plutôt le contraire, explique l'un de nos Observateurs à Téhéran.

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Lula da Silva brandissant une photo de Ashtiani dans un journal brésilien. Image postée sur Flickr par "Avazoorg", le 12 août 2010.

Une Iranienne qui risque la lapidation après avoir été accusée d'adultère a attiré l’attention du monde entier, y compris celle du président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva. Cela l’aidera-t-elle ? Ce serait plutôt le contraire, explique l'un de nos Observateurs à Téhéran.

Sakineh Mohammadi-Ashtiani, âgée de 43 ans et mère de deux enfants, est accusée d’avoir eu des relations avec d’autres hommes, puis d’avoir participé avec l’un de ses amants à l’assassinat de son mari. L’adultère et le meurtre sont passibles de mort en vertu de la charia en vigueur en Iran depuis la Révolution islamique de 1979.

Bien qu’Ashtiani ait d’abord été condamnée à mort par lapidation, la décision a été suspendue pour enquête judiciaire (cela pourrait encore changer). Son avocat, Mohammad Mostafaei affirme que la justice iranienne n'a pas encore fait connaître sa décision en raison de la pression internationale. Il a depuis quitté le pays et fait l'objet d'un mandat d’arrêt.

Les autorités iraniennes ont aussi rejeté la proposition du président brésilien qui a offert à Ashtiani l’asile au Brésil le 31 juillet. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ramin Mehmanparast, a déclaré que Lula da Silva n’était pas très bien informé sur l’affaire, selon l’agence de presse nationale Agencia Brasil.

"Le débat sur la lapidation appartient aux Iraniens, pas au président du Brésil"

Alireza est un artiste et journaliste de Téhéran.

Le geste de Lula Inacio da Silva ne servira pas à Ashtiani. Ce qu’il fait ici, il le fait pour son propre bénéfice, que ce soit pour son peuple, ou pour la communauté internationale, ou encore, d’une certaine manière, pour ses relations avec Mahmoud Ahmadinejad.

Cela n’aidera pas Ashtiani – car bien que Lula ait des relations cordiales avec le président, celui-ci n’a pas de bonnes relations avec la justice iranienne, et n'a pas de pouvoir sur elle non plus. La justice est une entité distincte ici, et c’est elle qui décidera du sort d’Ashtiani.

Les Iraniens n’apprécient pas non plus le geste de Lula. La lapidation est un débat qui les concerne, et non pas le président du lointain Brésil, qu’ils connaissent à peine.

Les gens comme Salman Rushdie et les hommes politiques européens libéraux n’ont pas aidé non plus. Toute cette médiatisation a poussé le régime à faire passer Ashtiani à la télévision, avouant soi-disant le meurtre de son mari, ce qui aggrave son cas. Cela ne serait pas arrivé si le monde entier n'avait pas mis son nez dans l'affaire.

Les seules personnes qui peuvent vraiment aider Ashtiani sont celles qui se battent depuis des années, contre la peine capitale et qui aident les gens condamnés à mort. Il y a des centaines d’exécutions ici chaque année. Je ne sais honnêtement pas pourquoi Lula a décidé de s’investir dans ce cas et pas dans les autres. Selon moi, c’est un jeu politique entre le Brésil et l’Iran, et cela n’arrangera pas le sort d’Ashtiani."