RUSSIE

À la recherche du policier "psychopathe"

Tous les 31 du mois, les partisans de l’opposition russe organisent des manifestations qui sont violemment réprimées par la police. Mais le 31 juillet dernier, un des membres des forces de l’ordre a fait preuve d’une violence rare.

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Photo de l'aggression par un policier postée sur adromy4.livejournal.com.

Tous les 31 du mois, les partisans de l’opposition russe organisent des manifestations en soutien au 31e article de la Constitution russe, qui garantit la liberté de réunion. Ces rassemblements sont en général brutalement dispersés par la police. Mais, lors du meeting du 31 juillet à Saint-Pétersbourg, la brutalité policière est allée encore plus loin. Après avoir parqué plusieurs manifestants dans un bus de police, un policier sans casque s’est adressé à la foule : "P*tain d’animaux. Qui en veut encore ?" Il s’est ensuite approché d’un homme en t-shirt rouge qui ne faisait rien de provocant, l’a attrapé par la nuque et l’a frappé au visage avec une matraque.

Cette démonstration de violence est de trop pour les bloggeurs russes, qui exigent que ce policier bien trop zélé soit identifié et poursuivi. Le 3 août, la police de Saint-Pétersbourg a promis d’enquêter sur l’affaire, mais n’a toujours pas identifié le policier en question, bien que son visage soit visible sur les photos et les vidéos. Certains bloggeurs disent que le nom du policier est Denis Tarasov, mais cela n’a pas été confirmé.

"C’est clairement un psychopathe"

Aleksandr Kormushkin est psychologue, il a participé à la manifestation et a assisté à de nombreux rassemblements de ce genre.

J’ai 57 ans. Je me rappelle de l’époque soviétique et je ne veux pas voir ça revenir. Je n’ai pas peur de prendre part aux manifestations et c’était là ma cinquième arrestation. Le 31 juillet 2010, j’ai été détenu deux fois, à chaque fois avec ce policier sadique. La première fois, il m’a frappé deux fois au visage et a essayé de me crever les yeux. Puis, nous avons réussi à nous enfuir par la trappe du toit du bus où nous étions confinés. J’ai été à nouveau arrêté : ils m’ont frappé deux fois à la tête. Le coup venait de derrière, je ne sais pas qui me l’a donné, mais on m’a dit plus tard que c’était le même policier. Ce jour-là, je suis allé à l’hôpital et les médecins ont découvert que j’avais un traumatisme crânien et une commotion cérébrale. Je vais déposer plainte contre les autorités.

Un autre manifestant arrêté dans le bus m’a dit que le policier avait aussi essayé de lui crever les yeux. Plusieurs autres manifestants ont aussi été attaqués violemment par ce policier. À la fin de la manifestation, il était "chaud" et a redoublé d’agressivité. Cet homme doit être mis hors d’état de nuire. C’est clairement un psychopathe, probablement de type épileptoïde. Je suis psychologue et je vois ce genre de pathologies dans mon travail, donc je sais de quoi je parle. Il devrait se soumettre à un examen psychiatrique."

Une femme a aussi été agressée par la police pendant la même manifestation. Photo postée sur ce blog.

"L’homme ne s’est jamais montré agressif"

Ilya Evseev est programmeur informatique. Il était présent à la manifestation.

L’officier de police a marché droit vers moi, il était à la tête d’un groupe de quatre ou cinq policiers. Il s’est comporté de manière très agressive, on aurait dit qu’il cherchait la bagarre. Quand il s’est trouvé à peu près à trois mètres de moi, il s’est soudainement retourné vers un gars qui passait. Il lui a demandé : "Qu’est-ce que tu as dit ?". L’homme a répondu quelque chose que je n’ai pas pu saisir. Le policier l’a attrapé par la nuque et l’a poussé en disant "va-t’en". L’homme a hésité mais est resté au même endroit. Alors, le policier l’a lentement pris par les cheveux et l’a frappé au visage avec sa matraque.

D’autres policiers l’ont ensuite encerclé. Il m’a semblé qu’ils étaient aussi choqués que les gens dans la foule. Le policier a poussé le gars vers ses collègues et a hurlé "embarquez-le !". Ils l’ont emmené et l’ont dirigé vers le car des prisonniers. Pendant tout ce temps, l’homme ne s’est jamais montré agressif.

Un autre manifestant arrêté ce jour-là m’a raconté que le policier avait essayé de crever les yeux des détenus dans le bus. Je pense que cette affaire est sans précédent, d’une part, parce qu’il y avait des caméras et d’autre part, le policier ne portait pas de casque comme d’habitude, donc son visage était visible.

Cependant, le tabassage policier même sans provocation est une norme dans ce genre de manifestations. Les groupes d’intervention savent que personne ne peut voir leurs visages, ils ne se gênent donc pas pour frapper les gens dans les bus et les commissariats. Heureusement, ça ne m’est pas arrivé. La seule fois où j’ai été arrêté, tous les commissariats étaient pleins, ils nous ont donc juste conduits dans une petite rue et nous ont jetés du bus."