ÉTATS UNIS

Les étudiants sans papiers se rebiffent pour obtenir leur régularisation aux États-Unis

Des centaines d’étudiants sans papiers ont osé défiler mardi dans les rues de Washington aux cris de "Sans papiers mais sans peur", avant d’organiser un sit-in au cœur du Sénat américain. Ils cherchent ainsi à intensifier une campagne en faveur de l’adoption du Dream Act, une loi qui leur permettrait d’obtenir la nationalité américaine.

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 Etudiants sans papiers faisant un sit-in dans le bureau de la sénatrice de Californie Dianne Feinstein. Photo publiée le 20 juillet 2010 par Erin Fleming.

Des centaines d’étudiants sans papiers ont osé défiler mardi dans les rues de Washington aux cris de "Sans papiers et sans peur", avant d’organiser un sit-in au cœur du Sénat américain. Ils cherchent ainsi à intensifier une campagne en faveur de l’adoption du Dream Act, une loi qui leur permettrait d’obtenir la nationalité américaine.

Ils sont diplômés ou tentent de poursuivre des études universitaires en sciences politiques, psychologie ou droit sur les campus américains. Ils se fondraient dans la masse tant ils se sont intégrés dans la société américaine, étant arrivés très jeunes aux États-Unis. Les étudiants sans papiers n’ont pourtant droit à aucune aide financière et vivent dans la peur constante d’être expulsés.

Ils ont pourtant cru que leurs tourments allaient connaître une fin lorsqu'en 2001, une loi appelée Dream Act a été présentée pour la première fois au Congrès américain. Si elle devait être adoptée, cette loi leur permettrait d’obtenir la nationalité américaine selon certaines conditions d’âge, de résidence, de diplôme et de moralité.

Mais huit ans plus tard, les parlementaires du Congrès n'ont toujours pas réussi à s'entendre sur la proposition de loi. D'un côté, les démocrates souhaitent l'inclure dans une vaste réforme de la législation de l’immigration. De l'autre, les républicains voient dans le Dream Act un encouragement à l’immigration irrégulière.

Las des atermoiements des élus, les étudiants sans papiers ont délaissé la blogosphère pour investir depuis quelques mois la rue. Cette semaine, ils ont occupé des bâtiments officiels à travers le pays. Une détermination qui a conduit certains d’entre eux en prison, comme notre Observatrice Myrna Orozco.

Lettres à Barack Obama

 

Une campagne a été lancée lundi 19 juillet sur ce blog afin de recueillir des témoignages d'étudiants sans papiers. Des lettres seront aussi envoyées au président américain, Barack Obama pour plaider en faveur de l'adoption du Dream Act.

Des manifestations dans les rues de Washington

Environ 300 étudiants venus de tout le pays ont manifesté mardi autour du Congrès américain dans les tenues qu'ils portent lors des cérémonies de remise de diplôme. Photo publiée le 20 juillet 2010 par OlgiWan

Des étudiants de la Californie ont fait une conférence de presse à Washington pour évoquer les grèves de la faim organisées dans leur état pour l'adoption du Dream Act. Photo publiée le 21 juillet par kmontenegro.

12 étudiants sont assis au centre d'un bâtiment du Sénat américain en robe de cérémonie pour demander l'adoption du Drean Act. Photo publiée le 20 juillet 2010 par the SoniaG.

Sur le drap étalé sur le sol, on peut lire "Le Dream Act maintenant". Photo publiée le 20 juillet par theSoniaG.

Un policier s'apprête à arrêter les étudiants qui protestent. Photo publiée le 20 juillet par theSoniaG.

Certains étudiants arrêtés seront libérés vingt-quatre plus tard, comme cette étudiante. Photo publiée le 21 juillet 2010 par Erin Fleming.

"Je savais que je pouvais être arrêtée mais je suis aujourd’hui trop désespérée"

Myrna Orozco, 20 ans, est sans papiers. Elle est étudiante à l’Université de Rockhurst de Kansas City en sciences politiques.

Je savais que je pouvais être arrêtée mais je suis aujourd’hui trop désespérée pour rester les bras croisés chez moi. Nous sommes arrivés dans le bureau du sénateur John Mc Cain, et nous avons informé les personnes présentes des raisons qui nous poussaient à être là. Puis nous nous sommes assis sur le sol. 

Il y avait d’ailleurs d’autres étudiants qui faisaient des sit-ins dans les bureaux d’autres sénateurs. Au centre d'un bâtiment du Sénat, dans l’Atrium, douze étudiants se sont assis en cercle avec un drapeau sur lequel était écrit : "Dream Act maintenant et Sans papiers et Sans peur ". Nous étions au total 21 étudiants sans papiers.

Notre groupe a été arrêté par la police du Capitol Hill. Sur les conseils des avocats de notre organisation de défense des droits des immigrés, nous nous sommes contentés de donner quelques éléments comme notre âge, notre nom. Mais la situation était très confuse. On n’avait pas le droit de téléphoner. Un premier groupe d’étudiants a fini par quitter la pièce. Nous, nous avons été emmenés en prison. J’avais perdu la notion du temps car nous n’avions pas de montres, pas de nourriture ni d’eau.

Le lendemain, nous avons été transférés au tribunal. Nous avons appris que nous serions jugés pour entrée illégale dans les bureaux du sénateur McCain. Ceux qui étaient dans l’Atrium ont, eux, été accusés de troubles à l’ordre public car il est interdit de manifester à l’intérieur du Sénat. Nous devons revenir au tribunal dans un mois pour la sentence.

Je ne crois pas que nous allons être expulsés. Mes parents connaissent mon engagement et me soutiennent. Ils savent que c’est mon futur qui est en jeu. Je ne peux rien faire aujourd’hui, je ne peux pas payer mes études à l’université, je ne peux pas travailler, je ne peux pas conduire. Voilà pourquoi le Dream act est si important pour moi.

Nous voyons déjà les effets directs de cette action. De plus en plus d’étudiants se mettent en grève de la faim, osent sortir de l’anonymat et témoignent de leur situation. Nous sommes soutenus par de grandes organisations américaines, ce qui nous encourage.

Aujourd’hui selon les termes de ma libération, je dois éviter de me faire arrêter à nouveau car sinon je retournerai en prison pour des charges plus lourdes. Mais je vais continuer à me battre pour l’adoption du Dream Act. Je vais continuer à organiser des manifestations, je vais faire tout ce qui est nécessaire pour que l’on soit entendu. Nous ne pouvons plus attendre, le Dream Act doit être adopté cette année."