PAKISTAN

De la poésie politique à l'arrière des pousse-pousse pakistanais

Un ensemble de pousse-pousse peints dans le centre-ville de Karachi. Postée sur Flick le 11 décembre 2009 par notre Observateur, . Des poèmes sur la hausse des prix, des plaidoyers politiques et même des excuses aux petites amies. Pour les conducteurs pressés de pousse-pousse, l’arrière de leur véhicule est la meilleure façon de faire passer un message. Mais comment le concept de "pousse-pousse poétiques" a-t-il pris forme ?

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Un ensemble de pousse-pousse peints dans le centre-ville de Karachi. Postée sur Flick le 11 décembre 2009 par notre Observateur, Raja Islam.

Des poèmes sur la hausse des prix, des plaidoyers politiques et même des excuses aux petites amies. Pour les conducteurs pressés de pousse-pousse, l’arrière de leur véhicule est la meilleure façon de faire passer un message. Mais comment le concept de "pousse-pousse poétiques" a-t-il pris forme ?Lire la suite...

Poésie et politique dans les embouteillages

Postée sur Flickr le 16 juin 2007 par saaakif. " Viens me voir une dernière fois. Je n'ai plus bu après avoir promis sur ta vie de ne plus le faire. Mais j'étais à une fête et mes amis m'ont forcé à boire.". 

Photo prise par Awais Lodhi à Lahore, postée sur All Things Pakistan, le 2 février 2007. Traduction par Adil Najam. " A l'honorable Général Musharraf Sahib. Acceptez mes félicitations au sujet du vote de la loi sur les droits des femmes. Maintenant, donnez-nous s'il-vous-plaît une loi sur les droits des hommes. Nous vous serions reconnaissants. C'est très difficile d'obtenir un verre ces derniers jours."

Postée par Aqeel sur Lahore Metblogs le 29 janvier 2009. Traduit sur All Things Pakistan. " Ne vous inquiétez pas ma chère. Souhaitez moi juste bonne chance." 

Envoyé par email à notre Observateur Adil Najam ( lieux et auteur inconnus). Postée sur All Things Pakistan le 5 novembre 2009. Traduit by Rizwan Quraishi.

"Merveilles du Pakistan:

Pas de travail, pas d'occupation, corruption généralisée,et une circulation effroyable.

Nous sommes devenus les esclaves de l'Amérique, il est impossible de vivre une honte plus grande,

Pour mon sort, il n'y a pas de plan. Ceci, ce sont les merveilles du Pakistan."

Postée par Adil Najam sur All Things Pakistan le 20 juillet 2010. Traduit par Rizwan Quraishi.

" Respectable M. le Ministre en chef du Punjab, si ma vie ne dépend que de cela, autorisez moi à demander pourquoi le prix du pain est de deux roupies et le prix du gaz est de 100 roupies. Oh serviteur du Punjab, s'il-vous-plaît répondez-moi. "

La date de la photo est inconnue mais selon notre Observateur Rizwan Quraishi, elle est surannée car le prix du pain est aujourd'hui de 6 roupies, et le prix du gaz est d'environ 65 roupies (après les subventions).

Postée sur Flickr le 7 juillet 2009 par Tahir Wadood Malik. Traduit par Tahir Imran Mian and Rizwan Quraishi.

"Messieurs, aidez s'il-vous-plaît ceux qui sont affectés par les délestages* [coupures de courants], en donnant par exemple de l'eau, des éventails, des sous-vêtements (dames et messieurs), serviettes, mouchoirs, déodorants, des crèmes contre les démangeaisons, des lanternes, des somnifères et des objets utiles aux garderies. Bien sûr des somnifères et des faux espoirs sont affreusement requis."

*Coupures de courant prévus, en raison de la crise actuelle au Pakistan. Dans certaines régions, il n'y a pas d'électricité pendant près de 18 heures chaque jour.

Postée sur Flickr par "itester" le 4 mai 2010. Traduit par Tahir Imran Mian.

" Les regards ont dit à un autre regard, dans la forme d'un regard,

Ne regarde pas, je te le jure, sinon tu vas me porter la poisse.

Ne doute pas mon amour si tu dois faire quelque chose, crois moi. La vie a tellement de problèmes, mais aie foi dans mes prières. La vie est le nom de l'amour. La vie est le nom de la confiance. Fais confiance à mon amour s'il-te-plaît (qui est pour toi)."

Les noms de Basharat et Hanifa sont apparus au bas. Selon le bloggeur Jahane Rumi, ils sont les mentors qui ont soit " entraîné le conducteur ou l'ont aidé à acquérir le pousse-pousse". 

“La poésie des pousse-pousse a commencé durant une période de tensions politiques au Pakistan”

Rizwan Quraishi est un analyste de gestion et photographe à ses heures perdues à Lahore.

Le pousse-pousse est arrivé sur le sous-continent indien au début des années 30, mais il faut attendre la pénurie de carburants à la suite de la Seconde guerre mondiale pour qu'il devienne un moyen de transport commercial très répandu.

Les conducteurs ont commencé à peindre l’arrière de leur pousse-pousse à la fin des années 70, non seulement au Pakistan mais aussi en Inde et au Bangladesh. Le Pakistan a connu durant cette période de fortes tensions politiques. Les protestations à l’Est du pays avaient abouti à l’indépendance du Bangladesh en 1971 et Zulfiqar Ali Bhutto, le premier président démocratiquement élu à la tête du Pakistan avait été pendu en public en 1979 après un procès controversé.

Les années qui ont suivi ont été témoins de la valse de plusieurs leaders, ainsi que de la dégradation sociale, économique et intellectuelle d’un pays aux prises avec l’instabilité politique, l’extrémisme religieux, la corruption et la mauvaise gestion des ressources. Aucun de ses travers n’a disparu aujourd’hui, et ce n’est pas surprenant que le cynisme des classes moyennes et populaires s'exprime au travers de l’art et la poésie des pousse-pousse.

Ceux qui décorent les pousse-pousse sont appelés les "constructeurs de corps". Ils travaillent également sur les bus, les camions ou les fourgonnettes. Si l’utilisateur du pousse-pousse veut peindre quelque chose, il lui faudra débourser entre 1 000 et 1 500 roupies [9-14 euros] pour l’écriture et les charges matérielles. Il existe aussi la technique du sticker qui permet de changer plus facilement de texte et qui est moins cher, environ 600 à 800 roupies [5-7 euros].

Les conducteurs de pousse-pousse sont généralement plus pauvres que les chauffeurs de taxis, par conséquent leur démarche et leur manière de parler est très différente. Les conducteurs de pousse-pousse sont moins enclins à engager une conversation, et pas seulement parce que leur véhicule est beaucoup trop bruyant. Les conducteurs de pousse-pousse ont beaucoup trop le blues pour s’asseoir et parler des choses légères de la vie avec leurs clients. Mais cela ne signifie pas qu’ils n’ont pas d’orientations politiques, comme le montrent les messages peints.

Il y a deux ans, j’ai réussi à parler à un conducteur de pousse-pousse à Lahore. Il avait des opinions beaucoup plus politiques que la plupart des citoyens d’ici, et avait une vision très libérale, réfléchie et pragmatique des problèmes de ce pays.

Le message le plus étrange que j’ai pu lire sur un pousse-pousse était : "Quand je serai grand, je serai une Rolls Royce".