Les poissons du lagon calédonien, littéralement "cuits" sous l'effet de l'acide sulfurique.

Notre Observateur nous raconte son combat contre l’usine de traitement de nickel Vale Inco implantée en Nouvelle-Calédonie, dont les incidents à répétition menacent la faune et la flore uniques au monde.

La Nouvelle-Calédonie concentre à elle seule un quart des réserves mondiales de nickel. Elle en est le quatrième producteur mondial. L’usine d’extraction et de production de nickel et de cobalt Vale Inco, construite en 2002, est entrée en production en 2009 pour des phases de test dans la province Sud du Caillou. Elle a été classée SEVESO II, selon une directive européenne qui identifie les sites industriels présentant des risques d’accidents majeurs. 

L’implantation de l’usine a été mal accueillie dans l’île. Vale Inco s’est confrontée aux habitants, opposés au "tuyau" sous-marin, qui rejette les déchets au fond du lagon calédonien. Un accord a été trouvé entre les deux parties en 2008. L’entreprise s’est notamment engagée à constituer un comité de consultation coutumier environnemental, mais aussi à mettre en place un plan de reboisement. Depuis, les incidents se sont multipliés sur le site industriel, et les associations de défense de l’environnement se battent toujours. Le 1er juillet dernier, une manifestation a été organisée à Nouméa pour débattre de la situation, sans toutefois mobiliser en nombre.

La manifestation du 1er juillet 2010

Selon Franck Theriaux, l'auteur d'un blog sur l'actualité en Nouvelle-Calédonie, la manifestation du 1er juillet n'a rassemblé qu'une quinzaine de personnes. Photo publiée sur son blog Calédosphère.

Les dégâts de la fuite du 1er avril 2009

L'usine Vale Inco Nouvelle-Calédonie.

Un Ph proche de 2 plusieurs jours après l'accident, un taux d'acidité anormal. Toutes les photos ont été prises par CoDefSud.

"Même les ingénieurs s'enfuient en courant"

Mike Hosken est membre de l’association Coordination de défense du sud (CoDefSud).

Une grande catastrophe écologique s’est produite le 1er avril 2009. 44 000 litres d’acide sulfurique pur à 98 % se sont déversés dans le creek de la Baie Nord, à la suite de la rupture d’un joint à l’usine Vale Inco. Près de 3 000 poissons, crevettes et anguilles, dont des espèces endémiques qui y vivent sont morts, littéralement bouillis.

Les associations de défense de l’environnement, dont CoDefSud, ont porté plainte dès le lendemain. Le Parquet a renvoyé cette plainte devant la province Sud afin qu’elle donne son aval. La plainte a été classée sans suite pour prescription, n’ayant pas d’appui de la province Sud. J’ai écrit au procureur général pour lui faire remarquer que c’était totalement injuste. Finalement, nous venons d'apprendre que la plainte serait prise en compte.

Il faut souligner que la France a donné 12 milliards CFP (100 millions d’euros) de défiscalisation à Vale Inco pour son installation en Nouvelle-Calédonie. En cas d’accident, Vale Inco doit rembourser cette somme au gouvernement français. L’indépendance économique de la Nouvelle-Calédonie est en jeu.

Cette usine est hautement nocive pour l’environnement, alors qu’elle est implantée au cœur d’un lagon qui a été classé au patrimoine mondial de l’Unesco il y a deux ans. La Nouvelle-Calédonie compte pourtant une biodiversité extrêmement riche, et on y trouve la deuxième plus grande barrière corallienne après l’Australie. On peut multiplier les superlatifs, mais les gens préfèrent gratter la terre et s’enrichir rapidement.

Cette usine ne fonctionnera jamais. Il y a des fissures partout, une colonne d’extraction s’est effondrée en avril dernier. Un homme a été brûlé à l’acide à 20 %. Même les ingénieurs s’enfuient en courant. Il y a un vrai potentiel pour que ça explose pour de bon. Mais ce jour-là, moi, j’aurai la conscience tranquille.

Malheureusement, il y a un désintérêt de la part des Calédoniens. Il n’y a jamais plus d’une centaine de personnes aux manifestations, comme la dernière en date, celle du 1er juillet."