IRLANDE DU NORD

Violences à Belfast : heurts communautaires ou "petite délinquance" ?

Depuis quatre jours, émeutiers et forces de police s'affrontent dans le quartier catholique d'Ardoyne, à Belfast, en Irlande du Nord. Aux jets de pierre et aux cocktails Molotov, la police répond par des tirs de balles en caoutchouc et des canons à eaux. Voir les vidéos..

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Depuis quatre jours, émeutiers et forces de police s'affrontent dans le quartier catholique d'Ardoyne, à Belfast, en Irlande du Nord. Aux jets de pierre et aux cocktails Molotov, la police répond par des tirs de balles en caoutchouc et des canons à eaux.

Régulièrement à la mi-juillet, des violences éclatent à l'occasion de la "parade orange", un défilé organisé chaque année par les protestants nord-irlandais pour célébrer l'annexion de la région par le Royaume-Uni après la bataille de Boyne, en 1690. Le trajet du défilé, qui passe volontairement par des quartiers catholiques dont les habitants sont majoritairement opposés au rattachement à Londres, est chaque année perçu comme une provocation et devient le point de départ de heurts violents. Quatre-vingt deux policiers ont été blessés ces quatre derniers jours.

Les années précédentes, les autorités avaient, à plusieurs reprises, accusé des groupes terroristes comme l'IRA d'être à l'origine de ces affrontements. Mais cette année, pour le chef de la police nord-irlandaise, Matt Baggott, il s'agit d'"une petite délinquance à la portée inquiétante" perpétrée par un petit groupe de jeunes fauteurs de troubles.

Des émeutiers mettent le feu à des voitures de police. Vidéo postée sur YouTube par therealfenian, le 13 juillet 2010.

Ces derniers jours, à Belfast

Une manifestation, à l'origine pacifiste, tourne à l'émeute. Postée sur YouTube par therealfenian, le 12 juillet 2010.

Le genre de "parade orange" qui rend furieux les catholiques. Postée par 63gc sur Facebook, le 13 juillet 2010.

Postée sur Flickr par cliff_photo, le 14 juillet 2010.

Postée sur Flickr par cliff_photo, le 12 juillet 2010.

"Les affrontements de cette année sont le signe d'une nette dégradation de la situation sociale à Belfast ainsi que dans l'ensemble de l’Irlande du Nord"

Conall McDevitt est attaché de presse à Belfast. Natif de la République d'Irlande, catholique, il vit dans un quartier où cohabitent les deux communautés et blogue sur O'Conall Street.

Même si les violences reprennent régulièrement à ce moment de l'année, les raisons qui ont motivé les émeutes de ces derniers jours sont sensiblement différentes de celles de l'an passé. En 2009, des groupes terroristes comme l'IRA étaient clairement derrière le déclenchement des affrontements. Cette année, il y certainement quelques émeutiers membres de l'IRA, mais la majorité des violences est le fait d'un groupe de fauteurs de troubles assez restreint et visiblement sans motivation politique. Traditionnellement, les leaders de l'IRA avaient la main sur le déclenchement ou l'arrêt des violences. Mais cette année, leur influence est quasi-inexistante.

J'ai l'impression que ces jeunes, ces enfants même - certains n'ont pas plus de 8 ou 9 ans ! - utilisent la 'parade orange' comme un prétexte pour agir de façon criminelle. La question, c'est plutôt : pourquoi trouvent-ils normal d'aller jeter des pierres et des cocktails Molotov sur la police ? Clairement, aujourd'hui, il s'agit d'un problème social plus que d'un problème politique. Les émeutiers sont surtout issus de familles modestes ou sont des jeunes socialement isolés, et la parade est le moment qu'ils ont choisi pour faire exploser leur colère et leur frustration.

Cela étant dit, l'ordre d'Orange agit aussi de façon stupide et provocatrice en refusant d'éviter les quartiers catholiques pendant sa marche. Ses membres ne voient pas - ou refusent de voir - que leur attitude est extrêmement insultante pour les habitants. Pour les jeunes, c'est un manque de respect et ce sentiment entraîne violence et colère.

Enfin, il faut aussi noter l'attitude très responsable de la police face à ces violences. Elle a fait preuve de retenue. Une étape positive a été franchie en ce qui concerne la gestion policière de ces affrontements. En revanche, plusieurs pas en arrière ont été faits dans la compréhension globale de ces violences et les solutions à y apporter. De manière générale, les affrontements de cette année sont le signe d'une nette dégradation de la situation sociale à Belfast, ainsi que dans l'ensemble de l'Irlande du Nord."