SRI LANKA

Les manifestants anti-ONU de Colombo sont "soutenus par le gouvernement"

Depuis quatre jours, les manifestations se succèdent à Colombo, au Sri Lanka, pour protester contre la nomination d’experts onusiens chargés d’enquêter sur les accusations de crimes de guerre qui pèsent sur le gouvernement sri-lankais. Un de nos Observateurs sur place nous explique que ces manifestations sont du pain béni pour l’un des ministres de ce gouvernement.

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Image: vikalpa http://vikalpa.org.

Depuis quatre jours, les manifestations se succèdent à Colombo, au Sri Lanka, pour protester contre la nomination d’experts onusiens chargés d’enquêter sur les accusations de crimes de guerre qui pèsent sur le gouvernement sri-lankais. Un de nos Observateurs sur place nous explique que ces manifestations sont du pain béni pour l’un des ministres de ce gouvernement.

Près de 7 000 personnes ont été tuées lors de l'offensive finale de mai 2009 contre les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) qui a mis fin à 20 années de guerre civile au Sri Lanka. À la suite de la publication de preuves que des violations des droits de l'Homme ont été commises durant cette période, les Nations unies ont accepté de créer, le 23 juin, un groupe d’experts chargé d’étudier les allégations de crimes de guerre. Cette annonce a entraîné la colère du gouvernement de Colombo qui a qualifié la création de ce groupe d’"inacceptable et injustifiée".

Pendant la journée de mardi, un groupe de manifestants a bloqué l’accès aux locaux de l’ONU à Colombo, piégeant des centaines de personnes qui travaillaient à l’intérieur. Une action, suivie par d’autres manifestations de moindre envergure, qui a poussé le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, à ordonner la fermeture de ses bureaux au Sri Lanka et au rappel de son représentant sur place.

Ce mouvement de protestation est mené par le véhément ministre du Logement, Wimal Weerawansa, qui a entamé jeudi une grève de la faim devant les locaux de l’ONU. Ce dernier vient aujourd’hui de démissionner du gouvernement pour répondre aux accusations selon lesquelles ces manifestations anti-ONU sont orchestrées par le gouvernement.

Les manifestants soutiennent que le président Mahinda Rajapakse a déjà promis de mener ses propres investigations, ce qui rend inutile une intervention extérieure allant à l’encontre de la souveraineté de l’État sri lankais.

L'ONU en état de siège

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, prêt pour lynchage. Postée sur yfrog, le 8 juillet 2010.

Photo prise mardi devant les locaux des Nations unies à Colombo. Photo postée sur Vikalpa par Karapoththa.

Les manifestants se réunissent autour de Wimal Weerawansa en grève de la faim depuis jeudi. Photo postée sur Vikalpa  par Karapoththa.

Barack Obama et Ban Ki-moon mis en accusation. Photo par Indi Samarajiva , le 6 juillet 2010.

Un manifestant brandit un drapeau sri-lankais sur un bâtiment de l'ONU. Photo par Indi Samarajiva , le 6 juillet 2010. 

"Le ministre Wimal Weerawansa sera acclamé en héros après cette affaire"

Thapu (pseudonyme) travaille pour le site sri-lankais de journalisme citoyen Vikalpa. Il couvre les manifestations à Colombo.

Même s'il ne l’a pas officiellement reconnu, il est évident que le gouvernement soutient les manifestations. Il veut le retrait de ce groupe d’experts, et il est trop heureux d'avoir trouvé des personnes qui se battent à sa place.

C’est devenu évident quand le gouvernement a ordonné mardi à la police de quitter les lieux. Ils se défendent en disant que le Sri Lanka est un État démocratique et que les gens y jouissent de la liberté d’expression. En réalité, ils ne voulaient pas que les manifestations soient perturbées.

Les prêtres bouddhistes et les extrémistes

C’était très facile pour le gouvernement d’entraîner dans ces manifestations les prêtres bouddhistes sri-lankais [ils formaient une large part des cortèges] pour deux raisons :

 

  1. Les prêtres bouddhistes du Sri Lanka interprètent toute intervention étrangère- comme celle des Nations unies- comme étant de l’impérialisme.
  2. La plupart des prêtres sont du côté des groupes extrémistes du pays et ont toujours été opposés aux LTTE. Ils pensent que l’ONU et les autres institutions étrangères essaient de redonner vie au LTTE. Car même si Velupillai Prabhakaran [le dernier chef des LTTE] est mort et que le LTTE n’existe plus, ces extrémistes croient - et le disent bien fort - que les étrangers essaient de le reconstituer.

Le ministre du Logement mène le bal

Le ministre du Logement, Wimal Weerawansa, est connu pour être très proche du président Mahinda. Il a une très grande influence dans le processus de décision. Il est aussi très populaire à la tête du parti d’extrême droite National Freedom Front Party. C’est sont parti qui a obtenu le plus grand nombre de voix lors des dernières élections générales dans la province de l’Ouest.

Je suppose que Weerawansa restera en grève de la faim pendant quelques jours. Puis la police viendra et l’emmènera de "force" à l’hôpital (il a déjà tout prévu). Weerawansa sera acclamé en héros par les gens et le gouvernement dira au Nations unies que l’un de ses ministres a failli mourir à cause d’eux… Quel heureux dénouement ! Mais le problème ne disparaîtra pas.

Nous nous disons au gouvernement : si vous êtes innocent, où est le mal de créer ce groupe d’experts ? Si un gouvernement refuse à chaque fois une enquête sur les opérations qu’il a menées, qu’est-ce que signifie ce refus ?"

Images des manifestations

Filmé mardi par notre Observateur Thapu et posté sur le site de journalisme citoyen Vikalpa.

Wimal Weerawansa en grève de la faim devant les locaux de l'ONU. Photo postée sur Vikalpa par Karapoththa.