ROYAUME-UNI

La police renonce aux caméras espionnant les musulmans de Birmingham

Une caméra de vidéo-surveillance recouverte, Birmingham, mardi. Photo de Steve Jolly. Des habitants de Birmingham ont remporté la première bataille contre la vidéo-surveillance après avoir contraint la police à désactiver des centaines de caméras de surveillance dans un quartier à majorité musulmane. Lire la suite...

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Une caméra de vidéo-surveillance recouverte, Birmingham, mardi. Photo de Steve Jolly.

Des habitants de Birmingham ont remporté la première bataille contre la vidéo-surveillance après avoir contraint la police à désactiver des centaines de caméras dans un quartier à majorité musulmane.

La Grande-Bretagne est le paradis de la vidéo-surveillance avec plus de 4 millions de caméras à travers le pays, soit une caméra pour 15 personnes environ. Mais les choses vont peut-être changer. Un groupe de résidents de Birmingham a en effet lancé, dimanche, une campagne contre ce qu'ils appellent les "caméras d’espionnage". Ils ont cette fois un argument de poids contre la politique des autorités en matière de vidéo-surveillance. Ils se sont aperçus que ces caméras ne visaient plus uniquement les délinquants : depuis avril, les deux plus grandes communautés musulmanes de la ville ont été cernées de caméras de surveillance.

Ils ont par ailleurs révélé que les autorités locales ont menti quant à la provenance des 3 millions de livres [3,6 millions d’euros] qui ont servi à financer l’opération. Il ne s’agissait pas de l’argent du ministère de l’Intérieur, comme annoncé, mais d’une cellule anti-terroriste de la police.

Ils ont aussi découvert que le "Projet Champion" comprenait 218 caméras – dont 72 étaient cachées. Les autorités n’avaient évoqué que 40 caméras cachées.

Ce dimanche, lors d'une réunion sur leur campagne, ils ont convié les porte-parole d’associations musulmanes et non-musulmanes qui militent contre la vidéo-surveillance. A leur grande surprise, à la suite de cette réunion, la police locale s’est excusée et a accepté de couvrir les caméras jusqu’à ce qu’une consultation publique ait lieu.

"Les Britanniques sont habitués à croire que les caméras stoppent le crime"

 

 

"Laissons 1984 à Big Brother". Postée sur le groupe Facebook Birmingham Spy Cameras - NO THANKS!  par Barnard Hobbit.

 

 

"Vous entrez dans un état policier". Postée sur le groupe Facebook Birmingham Spy Cameras - NO THANKS!  par Steve Jolly.

"Le ministère de l'Intérieur vous espionne". Postée sur le groupe Facebook Birmingham Spy Cameras - NO THANKS!  par Steve Jolly.

 

 

"Nous vous protégeons de vous-mêmes". Postée sur le groupe Facebook Birmingham Spy Cameras - NO THANKS!  par Steve Jolly.

Une œuvre sur la porte du centre islamique des Arts, à Sparbrook, une des zones visées. Postée sur le groupe Facebook Birmingham Spy Cameras - NO THANKS! par Steve Jolly. 

"Tout cela a été fait uniquement pour espionner les musulmans !"

Steve Jolly est l’initiateur de la campagne "Birmingham Against Spy Cameras" ("Birmingham contre les caméras d’espionnage"). Il vient de Moseley, l’une des zones ciblées par la vidéo-surveillance. Il tient le blog Spy on Moseley.

Lorsque je suis rentré d'un week-end à la mi-avril, j'ai remarqué une caméra devant ma maison. Ça m'a surpris car je vis dans une banlieue calme, avec un taux de criminalité assez bas. J'ai donc demandé à mon conseiller municipal de quoi il s’agissait. Il m’a dit de m'adresser à la police, puis au service de la voirie, et enfin au Safer Birmingham Partnership [une agence gouvernementale chargée des initiatives locales touchant à la sécurité].

Ils m’ont donné un vieux communiqué de presse qui annonçait la mise en place de caméras dans mon quartier, soi-disant pour réduire la criminalité et accroître la sécurité. J'ai trouvé ça sinistre. Quand j’ai demandé à la police l’emplacement des autres caméras, ils n’ont pas voulu me donner la carte parce qu’elle aurait pu 'finir sur Internet'.

Postée sur Facebook par Steve Jolly.

J’ai donc effectué une ronde en voiture et photographié toutes les caméras. Quand je notais l’emplacement des caméras sur ma carte, j'ai été frappé de voir qu’elles entouraient en fait une zone à majorité musulmane. J’ai ensuite récupéré des informations du Conseil de Birmingham sur la démographie de la région en fonction de la religion. J'avais vu juste.

Sur la gauche, la carte de Steve des zones avec des caméras de surveillance. Sur la droite, les zones à majorité musulmane recensées par le Conseil.

Ma carte a été validée lorsque la police a dû révéler, conformément à la loi sur la liberté d'information, la carte des caméras de surveillance. En réalisant que le projet était vraiment douteux, j’ai fait un peu plus de recherches et je suis tombé sur le compte-rendu d’un conseil municipal, où il était mentionné qu’il ne fallait pas parler des caméras au grand public. Il était aussi indiqué que le projet avait en fait été monté par l’ACPO PAM [Association of Chief Police Officers, Terrorism and Allied Matters]. C’est à ce moment que j’ai compris que tout cela avait été fait uniquement pour espionner les musulmans ! Depuis, je milite contre ce projet.

La fin des "caméras d’espionnage"

La réunion que nous avons organisée a été un grand succès. Par contre, je ne suis pas totalement optimiste en ce qui concerne la consultation publique. C’est un travail ardu de convaincre les Anglais de manifester contre la vidéo-surveillance. Les Britanniques sont habitués à croire que les caméras stoppent le crime, malgré toutes les études et les statistiques qui prouvent le contraire. J’ai été harcelé et agressé verbalement dans la rue par des gens qui pensent que les caméras sont utiles. Ils ne comprennent pas que la surveillance permanente puisse menacer la vie privée et la liberté civile."

Les autorités ont placé des panneaux "Pas de caméra en usage" après des mois de lutte de la part des résidents. Image postée sur Facebook par Steve Jolly.

Route Alfred, Sparkbrook. La police a du recouvrir couvert les caméras, dimanche. Photo prise mardi par Steve Jolly. 

Photo de Steve Jolly.

Photo de Steve Jolly.