ITALIE

Moins d’écoutes téléphoniques "pour éviter les scandales"

Plusieurs centaines de journalistes italiens ont manifesté jeudi contre une loi limitant les recours aux écoutes téléphoniques par la police et leur utilisation par la presse. Pour notre Observateur, ce texte est une réponse à la vague de scandales impliquant des personnalités politiques révélés grâce à des écoutes. Lire la suite...

Publicité

Plusieurs centaines de journalistes italiens ont manifesté jeudi contre une loi limitant les recours aux écoutes téléphoniques par la police et leur utilisation par la presse. Pour notre Observateur, ce texte est une réponse à la vague de scandales impliquant des personnalités politiques révélés grâce à des écoutes.

A Rome comme à  Milan, les journalistes ont répondu présents à l'appel de la Fédération nationale de la presse italienne (FNSI). Le texte de loi, qui sera examiné par la Chambre des députés le 29 juillet, stipule que les magistrats ne pourront ordonner des écoutes téléphoniques que s'ils disposent de preuves solides qu'un crime a été commis. Ces écoutes devront par ailleurs être approuvées par trois juges et seront limitées à 75 jours. Un autre volet de la loi sanctionne les journalistes qui publieraient le contenu des écoutes téléphoniques pendant les enquêtes. Le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, a déclaré que cette nouvelle réglementation était nécessaire pour protéger la vie privée des citoyens.

En 2009, 120 000 lignes téléphoniques ont été mises sur écoute en Italie dans le cadre d'enquêtes.

La manifestation place Cordusio à Milan

"Interdictions : Aux magistrats d'enquêter, aux journalistes de raconter, aux citoyens de savoir." 

Ces photos ont été prises par Massimiliano Santalucia.

"Avec cette loi, les derniers scandales impliquant directement Berlusconi n'aurait pas pu être révélés"

Massimiliano Santalucia est journaliste freelance et blogueur à Milan.

Le vote de cette loi signifierait un recul de la démocratie et un affaiblissement du contre-pouvoir que constituent les médias.

Elle serait un véritable frein au travail d'investigation de la police puisque les autorités doivent impérativement donner la preuve qu'il y a eu un crime où qu'il y aura un crime pour déclencher des écoutes. Mais comment peut-on être sûr à l'avance ? La police ne pourra plus recueillir de renseignements en amont.

De même, les journalistes auront interdiction de publier toutes informations recueillies auprès de leurs informateurs, que ce soit la police ou les tribunaux, avant la clôture des procès. Et en Italie, la justice est extrêmement lente. Le public n'aura donc plus aucune possibilité de savoir ce qui se passe au cours des procédures judiciaires et tout ça au motif qu'il s'agirait d'une ‘violation de la vie privée' !

"Les derniers scandales sexuels ont été révélés par des écoutes téléphoniques"

Beaucoup d'affaires de corruption impliquant des membres du gouvernement, et Berlusconi personnellement, ont éclaté ces derniers temps. Plusieurs de ces affaires, notamment les derniers scandales sexuels, ont été révélés par des écoutes téléphoniques. Si cette loi avait été en vigueur, la révélation de ces scandales n'aurait pas été possible.

La presse est visée mais aussi Internet. Le statut de journaliste donne droit à certaines protections, mais les blogueurs comme moi n'ont que peu de moyens de se défendre contre ce musellement.

La loi doit passer le 29 juillet devant la Chambre des députés, qui modifie rarement les textes déjà approuvés par le Sénat. Puis elle sera examinée par le Président de la République qui a la possibilité de la renvoyer devant les Chambres. Restera ensuite à juger de la constitutionnalité de ce texte en Italie et au niveau européen et je ne suis pas certain que ça passe."