COUPE DU MONDE 2010

Au milieu des gravats, les Haïtiens s'enflamment pour la Seleçao

Que ce soit au milieu des immeubles effondrés ou dans les camps de fortune de Port-au-Prince, il est impossible de rater les supporters de la Seleçao. Ils sont des milliers à suivre chaque match de leur équipe de cœur.

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Quartier de Port-au-Prince aux couleurs du Brésil. Photo publiée sur ce blog.

Même au milieu des immeubles effondrés et dans les camps de fortune de Port-au-Prince, impossible de rater les supporters de l'équipe de footbal du Brésil. Ils sont des milliers à suivre chaque match de leur sélection de cœur.

Agglutinés devant la télévision ou devant un poste de radio, les fans du ballon rond finissent par oublier leur quotidien dans les rues de la capitale haïtienne. Car près de six mois après le tremblement de terre qui a fait plus de 250 000 morts et près de 1,5 million de sans-abri, la reconstruction a à peine commencé. Pour beaucoup d’Haïtiens, le football est vécu comme une "thérapie populaire"au milieu de la désolation.

Certains n’hésitent pas à dépenser entre 250 et 2 500 gourdes (de 5 à 50 euros) pour parader avec les maillots de leur équipe favorite. Ils se retrouvent dans les "bases", ces quartiers entièrement décorés aux couleurs des équipes étrangères, le Brésil et l’Argentine étant les deux pays qui arrivent en tête des préférences locales.

Les supporters de la Seleçao les plus acharnés ont établi leur camp de base dans le quartier de Delmas 56. A chaque match, on assiste au même rituel. L’autoroute voisine est fermée par la foule et des écrans sont installés dans la rue.

"Les Haïtiens ont besoin de ce moment de thérapie"

Carel Pedre est blogueur à Port-au Prince et fan du Brésil.

Le football est le sport roi en Haïti. Les Haïtiens sont depuis toujours séduits par Pelé, pour le Brésil, et Maradona, pour l’Argentine. Avec la fin de la dictature Duvallier, les Haïtiens ont pu enfin exprimer librement leur passion pour le football.

Les gens habillent leurs enfants avec les maillots de leurs équipes favorites. Dans les rues de Port-au-Prince, les marchands de rue vendent des t-shirts, des drapeaux, des chaussures, des accessoires aux couleurs des équipes. On n’a pas besoin de calendrier pour savoir quand les matchs sont programmés. Il suffit d’observer comment les Haïtiens s’habillent et d’écouter les sujets de conversation. Pour rien au monde, les Haïtiens ne vont rater un match de la Coupe du monde. Les supermarchés ou les banques sont vides à l’heure des matchs. Les Haïtiens ont besoin de ce moment de thérapie.

Si le Brésil et l’Argentine se retrouvent en finale, ce sera une grande fête populaire. Et si le Brésil gagne le 11 juillet, ce sera encore mieux que la fête de l’indépendance. Il existe des bars qui agrandissent déjà leurs terrasses pour accueillir les supporters.

"Depuis le début de la compétition, il n’y a plus de bulletins d’information"

Depuis le début de la compétition, il n’y a plus de bulletins d’information. On n’entend que les résumés de matchs. Dans la tête des Haïtiens, on se prépare, on s’interroge sur l’état physique des joueurs des équipes.

Même les responsables politiques vivent à l’heure du football. Le président Réné Préval a déjà fait une conférence de presse depuis le début de la compétition sur la chaîne publique. Certains politiques participent à des manifestations sportives liées au Mondial pour se faire voir ou divertir le peuple.

Certains habitants se plaignent des dépenses engagées pour cette Coupe du monde. Ils auraient préféré qu’on leur donne cet argent pour manger ou se déplacer. Ils auraient pu se débrouiller seuls pour trouver un moyen de regarder la Coupe du Monde de football."

Fièvre des supporters haïtiens pendant la Coupe du monde

"Le football, c'est innée pour les Haïtiens"

Jean Bonny est vendeur de maillots de football. Son commerce se porte bien en dépit de ce qu’il nomme la "crise".

Avant le début du Mondial, nous avons fait de la publicité à la radio pour nos maillots et nos t-shirts. Je n’ai pas eu peur de perdre de l’argent car il y a des choses innées chez les Haïtiens : quoi qu’il arrive, crise politique ou catastrophe naturelle, ils restent fans de football. S'il n’y a pas de sous, on se débrouille.

Nous avons aussi des partenariats avec les "bases". Nous offrons des maillots aux responsables de ces quartiers et eux nous recommandent auprès de nouveaux clients. On a baissé un peu les prix, car nous avons de la concurrence.

"Il me reste moins d'une centaine de maillots à vendre pour les quart de finale..."

Cette année, nous avons commandé 5 000 maillots et plus de 2 000 t-shirts. On les a presque tous vendus. Il en reste moins d’une centaine pour les quarts de finale. Pour le reste, on est pris dans un tunnel et on ne sait pas quand on va en sortir...".

 

Marchands de drapeaux à Port-au-Prince.

Installation d'un écran géant près d'un camp. Photos publiées sur ce blog.

Fans du Brésil rassemblés devant un écran géant. Photo de Jean Bonny.

Photo publiée sur ce blog.