ÉQUATEUR

Sur Internet, on peut même embaucher un tueur à gages

A Guayaquil, la plus grande ville d’Equateur, entre 200 et 300 personnes ont été assassinées depuis le début de l’année. D’après la municipalité, près d’une sur dix l’a été sur commande. Un business tellement florissant que des tueurs à gage proposent maintenant leurs services sur Internet.

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Petite annonce de tueurs à gage sur un site équatorien. "Professionnels formés dans les armes à feu, les explosifs, [...] le sabotage et l'évasion, [...]ne craignez plus vos ennemis. Contactez-nous et obtenez enfin la paix."

A Guayaquil, la plus grande ville d’Equateur, entre 200 et 300 personnes ont été assassinées depuis le début de l’année. D’après la municipalité, près d’une sur dix l’a été sur commande. Un business tellement florissant que des tueurs à gage proposent maintenant leurs services sur Internet.

Problèmes d’infidélité, de dettes, de jalousie. Nous éliminons la personne qui vous pose problème." Voilà le genre de petite annonce qu’on peut maintenant lire sur le Web sud-américain. Les tueurs se disent disponibles pour des contrats en Equateur, au Pérou, en Colombie et même en Espagne. Pour les engager, il suffit de leur envoyer un mail avec une photo de la victime, son adresse et ses habitudes

Côté argent, tout se négocie en dollars et le montant dépend de la cible : s’il s’agit de quelqu'un de connu, si l’approcher est difficile ou si le tueur doit se déplacer pour remplir son contrat...

En Equateur, pays connu pour être une plaque tournante du trafic de drogue, la police reconnaît être impuissante contre ces tueurs 2.0.

Une petite annonce d'un tueur à gage sur un site équatorien. "Je suis un ancien membre des forces armées et j'offre mes services pour m'occuper de cette personne qui vous gâche la vie. Tireur d'élite professionnel,je vous garantis un travail propre qui passera pour un vol ou un accident."

Manifestation contre les tueurs et le crime organisé le 27 avril 2010 à Guayaquil (Equateur).

"Un contrat peut coûter de 100 à des milliers de dollars"

Billy Navarrete est secrétaire général du Comité pour la défense des droits humains depuis 1991. Il travaille avec les familles de victimes de tueurs à gage.

Le phénomène des tueurs à gage 'grand public' a déjà une dizaine d'années. Mais cela a empiré depuis 2005, surtout à Guayaquil où chaque semaine on compte entre 5 et 8 homicides. Ces crimes ont pour la plupart le même modus operandi : les tueurs utilisent une arme à feu et ils se déplacent à deux en moto - l'un conduit et l'autre tire. Le business est très lucratif. Un contrat peut coûter seulement 100 dollars, mais ça peut aussi atteindre des milliers de dollars. La plupart des victimes sont connues des services de police. Elles viennent en général des quartiers pauvres, mais pas toujours, car des zones résidentielles sont aussi touchées ; même des fonctionnaires sont visés.

Pour l'instant il n'y a pas d'étude sur cette 'mode' des tueurs à gage, mais nous savons que ces crimes sont commis principalement sur la côte pacifique entre Guayaquil et Esmeraldas, près de la frontière avec la Colombie. Nous pensons qu'il existe un lien entre certains tueurs à gage et des groupes paramilitaires colombiens comme les Aigles Noirs.

La police n'enquête que sur très peu de cas. Pour les autorités, il s'agit juste de règlements de compte entre délinquants. Pourtant, en avril, le responsable des transports de la ville et sa femme ont été abattus par des tueurs...

Nous demandons que la police suive la trace de ces tueurs sur Internet, en remontant leur piste à partir de leurs petites annonces. Mais nous savons tous en Equateur que des groupes mafieux ont infiltré les services de police. Certains policiers collaborent à ces crimes, en jouant un rôle d'intermédiaire entre le client et le tueur freelance. Il peuvent aussi se charger de trouver les armes, ou même faire le travail eux-mêmes.

Je pense que cette recrudescence des contrats est le signe d'une méfiance des citoyens envers leur justice. Les gens préfèrent court-circuiter le système. Nous attendons une réponse de la part du pouvoir judiciaire. Pour commencer à combattre ce fléau, il faut que ce genre de crime soit inscrit noir sur blanc dans le code pénal, afin d'alourdir les peines."