BANGLADESH

L’incendie de Dhaka, "trop dangereux" pour les pompiers

Après l’incendie dévastateur qui a fait 119 victimes à Dhaka, les autorités ont pris de nouvelles mesures contre les entrepôts de produits chimiques clandestins qu’elles tiennent pour responsable du drame. Un de nos Observateurs nous explique pourquoi le feu a été aussi ravageur.

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Le lendemain de l’incendie, l'une des victimes est dégagée des décombres. Photo : Monirul Alam.

Après l’incendie dévastateur qui a fait 119 victimes à Dhaka, les autorités ont pris de nouvelles mesures contre les entrepôts de produits chimiques clandestins qu’elles tiennent pour responsable du drame. Un de nos Observateurs nous explique pourquoi le feu a été aussi ravageur.

L’incendie s’est déclaré jeudi soir dans le quartier très fréquenté de Nimtoli dans la vieille ville de Dhaka. Le départ du feu a d’abord été attribué à un transformateur électrique défectueux qui se serait enflammé à proximité de plusieurs magasins de produits chimiques. Mais les autorités parlent aujourd’hui d’un "entrepôt de produits chimiques clandestin" d’où seraient parties les flammes, engloutissant ensuite le bloc d’immeubles, où une réception de mariage était donnée au dernier étage du bâtiment.

"On dirait que cette fois-ci, les équipes de secours ont reçu l’ordre de se tenir à distance"

Monirul est photographe à Dhaka. Il est allé prendre des photos des lieux le lendemain de l’incendie, alors que les équipes de secouristes et les habitants dégageaient les victimes des décombres.

D’abord, nous sommes très en colère parce que les pompiers ont mis énormément de temps pour arriver jusqu’au feu. Selon les autorités, c’était parce que l’incendie était au cœur de la vieille ville et que les rues y sont très étroites. Mais nous avons déjà connu des situations similaires et ils ont toujours réussi à se débrouiller.

On dirait que cette fois-ci, les équipes de secours ont reçu l’ordre de se tenir à distance car il était trop dangereux de s’approcher de l’immeuble en feu avec les véhicules sans avoir accès à des voies de sortie dégagées.

Le lendemain, les opérations de sauvetage se poursuivent. Photo : Monirul Alam.

Le vieux Dhaka est pire que le Dhaka moderne car c’est à la fois un quartier résidentiel et une zone industrielle où les immeubles sont très hauts. En plus de ça, la plupart des bâtiments sont construits et modifiés sans permission gouvernementale ou avec celle d’un représentant officiel corrompu.

Il y a aussi beaucoup de stands où des marchands vendent de la ferraille, des journaux, etc. Ces gens ne vivent que de leurs petits boulots, on ne peut pas les chasser comme ça. Mais c’est vrai qu’ils rendent l’activité des secours plus difficile.

L’immeuble ravagé et les bâtiments alentours. Photo : Monirul Alam.

Les gestionnaires des immeubles sont censés équiper les bâtiments d’alarmes à incendie mais ce n’est pas une obligation légale. Comme ils n’y vivent pas, ils n’en installent quasiment jamais. Et personne ne les punit.

Deux des 150 personnes blessées samedi dans l’incendie à l’hôpital de Dhaka, débordé après le drame. Photo : Monirul Alam.

Le principal problème est le manque de régulation en ce qui concerne certains produits chimiques. Ces produits importés sont utilisés dans la fabrication de chaussures, de téléphones portables, etc. Ils sont accessibles partout ici, on en trouve dans toutes les usines et entrepôts. Le problème c’est que les gens qui s’en servent le font sans aucune précaution et jusqu’à présent les autorités n’avaient donné aucune directive.

Des sauveteurs et des locaux transportent les corps dans des boîtes en bois. Photo : Monirul Alam.

Cet incendie a poussé le gouvernement à prendre des mesures pour réguler l’approvisionnement et la conservation de ces produits. Il encourage aussi l’installation d’alarmes à incendie. Mais combien de temps vont-ils tenir ? Je ne suis pas très optimiste."

Des habitants constatent les dégâts. Photo : Monirul Alam.