Un tradipraticien dans les rues de Kisangani (nord).

On les croise dans les rues des grandes villes de la République démocratique du Congo (RDC), mégaphone dans une main, potions médicinales dans l’autre. Ils disposent au mieux d’un brevet de secouriste, mais ils se font donner du "docteur" par les clients. Les tradipraticiens affirment réussir là où la médecine classique à échouer.

Selon le ministère congolais de la Santé, le terme "tradipraticien" désigne "toute personne connaissant et utilisant les vertus des substances végétales, animales et minérales et dont l’aptitude à diagnostiquer ou à dispenser des soins traditionnels est de notoriété publique". Depuis 2006, un code de déontologie, validé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), réglemente toutefois la pratique de cette médecine traditionnelle. 

Parmi les obligations du tradipraticien :

  • N'exercer ses activités qu'après s'être fait légalement enregistrer auprès du ministère de la Santé.
  • S'abstenir de faire de fausses promesses de guérison.
  • S'abstenir de faire de la vente déambulatoire de médicaments traditionnels ou de la publicité à caractère mercantile sur l'efficacité de ses remèdes.
  • Ne pas exposer, mettre en vente ni dispenser des produits mal conditionnés, mal étiquetés, dénaturés...
  • Ne pas utiliser le titre de "docteur".

Dans les rues des grandes villes de RDC, ils sont de plus en plus nombreux à proposer leurs services sans se soucier le moins du monde de ces obligations légales. Et si la plupart des tradipraticiens affirment avoir suivi une formation et connaître les gestes élémentaires de secourisme, la frontière entre médecine traditionnelle et charlatanisme est vite franchie.

En Afrique, on estime qu'il y a un tradipraticien pour 200 habitants, contre seulement un médecin pour 25 000 habitants.

Les tradipraticiens au Sénégal

Pancarte d'un guérisseur à Kedougou, au Sénégal. Postée ici.

Publicité pour tradipraticien sénégalais. Postée sur YouTube par espoirdekeurndiayelo

"Il affirmait que son herbe magique pouvait guérir les hémorroïdes, la malaria, la fièvre typhoïde, les hernies, la tuberculose"

Boyomais (pseudonyme) est blogueur. Il vit à Kisangani en République démocratique du Congo.

Je croise des tradipraticiens ambulants tous les jours dans les rues de Kisangani. Ils s'installent dans les endroits les plus fréquentés, comme les carrefours ou les marchés, et haranguent la foule en montrant les photos de patients atteints de maladies graves, qu'ils affirment avoir guéries. Les gens s'approchent parce qu'ils sont curieux de voir ces photos répugnantes, puis certains finissent par être intéressés et tombent dans le piège.

Le tradipraticien que j'ai photographié affirmait qu'il détenait une herbe magique et qu'une fois mélangée à des produits chimiques, de l'eau et du sel, elle guérissait quasiment toutes les pathologies, que ce soit les hémorroïdes, la malaria, la fièvre typhoïde, l'hernie, la tuberculose [certains de ces tradipraticiens affirment même avoir trouvé le remède contre le sida].

Un père de famille du quartier souffrant des reins a essayé son produit après que plusieurs traitements classiques se soient avérés inefficaces. Au début, il a ressenti un véritable soulagement, puis quelques jours après, les douleurs sont revenues, beaucoup plus vives. Il a alors été obligé de retourner voir son médecin. Ça ne m'étonne pas, car on n'a aucune idée de ce que les tradipraticiens mettent dans leurs potions et la posologie est extrêmement vague.

"Cette attirance pour la médecine miracle tient beaucoup à notre culture"

 

Cette attirance pour la médecine miracle tient beaucoup à notre culture. Les gens ici n'aiment pas les traitements classiques car il faut attendre qu'ils fassent effet, ils préfèreront toujours croire à une potion magique, même s'il peut y avoir des conséquence néfastes. Ce n'est même pas une question d'argent puisque la plupart du temps les 'médicaments' proposés par les tradipraticiens sont plus chers. Celui que j'ai rencontré vendait ses gobelets de liquide entre 500 et 1 500 francs CFA (0,70 à 2,5 euros). Et ils font aussi payer le diagnostic...

On manque tellement de réglementation dans le secteur de la santé en RDC que certains tradipraticiens ont même des cabinets, sans aucune autorisation. Il y en a qui payent pour passer à la télévision ou à la radio et faire la publicité de leurs exploits [malgré l'interdiction décidée en 2008 par la Haute autorité des médias]. C'est l'anarchie totale, il faut que les autorités réglementent ces pratiques."

 

Tradipraticien à moto dans les rues de Lubumbashi (sud). Photo postée sur Flickr par Congoblog.

Pancarte pour un "Grand Docteur" qui soigne même la paresse. Postée ici.