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Sri Lanka, Tunisie, Guinée, Russie... triste bilan des droits de l’Homme dans le monde

Dans un rapport sorti aujourd’hui, Amnesty international dresse un bilan des atteintes aux droits de l’Homme dans le monde en 2009, pays par pays. Quelques réactions d’Observateurs qui viennent de pays épinglés par l'ONG.

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Dans un rapport sorti aujourd’hui, l’ONG Amnesty international dresse un bilan des atteintes aux droits de l’Homme dans le monde en 2009, pays par pays. Quelques réactions d’Observateurs qui viennent de pays épinglés par le rapport.

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Birmanie : "Nous avons besoin du soutien de l'Asean, de l'ONU, de l'Europe et des États-Unis"

Khin Ohmar, militante pour les droits de l’Homme en Birmanie, vit à la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie.

En 2009, la junte a continué d’emprisonner les militants pour la démocratie. Il y en a aujourd’hui environ 2 000 derrière les barreaux, y compris des journalistes ou des personnes qui luttaient contre le sida.

En 2009 surtout, il y a eu une augmentation du nombre de réfugiés qui ont franchi la frontière pour la Thaïlande ou la Chine. Et cela à cause des opérations militaires menées par l’armée contre les minorités ethniques. Ils veulent forcer les groupes rebelles à signer des cessez-le-feu avant les élections de l’an prochain.

Les Birmans vont continuer à se battre de l’intérieur, mais nous avons besoin du soutien de l’Asean, de l’ONU, de l’Europe et des États-Unis. Il faut qu’ils fassent pression sur le régime militaire pour qu’il s’assoie à la table des négociations.

Tunisie : " Ici, c'est 'silence on réprime'"

Mokhtar Yahyaoui est un ancien juge. Il vit à Tunis.

La Tunisie figure depuis longtemps en bonne place dans les rapports d’Amnesty International. Chaque année, c’est la même chose : la répression, les activistes harcelés… Ici, c’est ‘silence on réprime’.

Le plus problématique, en 2009, c’est peut-être la situation de la liberté d’expression et par exemple l’attaque contre le syndicat des journalistes tunisiens. Une confrontation continue entre la dictature et tous ceux qui se battent pour l’indépendance de la presse. On ne demande pas une presse libre comme chez vous en France, mais juste comme au Maroc ou en Algérie…

Il faut également que le gouvernement engage immédiatement une réforme de la justice. Donner au pays une justice plus libre et plus indépendante. Il ne suffit pas que la Tunisie ait ratifié toutes les conventions internationales sur les droits de l’Homme, ou même qu’elle les ait incorporées dans son droit national, il faut maintenant que son système soit capable de les appliquer. Je sais de quoi je parle, j’ai été juge pendant des dizaines d’années."

Guinée : "Les responsables du massacre du 28-Septembre n'ont pas été punis"

Kouyaté est un étudiant guinéen.

Je n’ai pas été surpris de voir qu’Amnesty International pointait du doigt la Guinée dans son rapport. Moi-même j’ai été témoin de ce qui s’est passé dans le stade de Conakry, le 28 septembre 2009, lors du rassemblement contre la dictature. Les militaires ont tiré sur les gens à bout portant [le bilan est de 156 morts], il y a eu des viols, ça c’est incontestable.

 

Le problème, c’est que les responsables n’ont pas été punis. C’était déjà le cas lors des précédents massacres dans mon pays. Et si on continue comme ça, rien ne changera. Mais il y a une élection présidentielle le 27 juin prochain. J’espère que lorsque nous aurons un président démocratiquement élu, celui-ci réformera d’abord la justice, pour la rendre forte et indépendante."

Russie : "Medvedev n'est pas différent de Poutine"

Oleg Kozlovsky est un militant des droits de l’Homme à Moscou.

Pour moi, l'événement le plus marquant a été l'assassinat de Stanislav Markelov, l’avocat des droits de l’Homme et la mort de la journaliste Anastasia Barburova, qui est morte en essayant de lui venir en aide.

De mon côté, je ne vois aucun progrès. [Le président russe] Medvedev n’est pas différent de Poutine [ancien chef de l'État et actuel Premier ministre]. Ils parlent de démocratie, mais n’agissent pas ; ils font voter des lois, mais ne les appliquent pas.

Comme il n’y a pas de campagne électorale actuellement, c’est calme. Mais le gouvernement va bientôt commencer à serrer la vis. Les élections législatives approchent [fin 2011], puis l'élection présidentielle [probablement en 2012] : la liberté d'expression ne va certainement pas s’améliorer."

Sri Lanka : "Lorsque les massacres ont débuté, personne ne s'y intéressait"

X, qui préfère rester anonyme, est un journaliste sri-lankais exilé. Il est membre de l'association Journalistes pour la démocratie au Sri Lanka.

L'événement le plus marquant cette année a été le massacre des Tamouls dans les zones de conflit, au Nord, dans les derniers jours de la guerre. Lorsque les massacres ont débuté, personne ne s'y intéressait. C'est seulement parce que nous avons publié la preuve vidéo de l'un de ces massacres, pour capter l'intérêt de la presse internationale, que le conflit a pu être médiatisé à partir d'août 2009. Aujourd'hui, même si la guerre a pris fin, le conflit est encore plus profond car les preuves des violences ont divisé le pays.

Si on évalue la gravité des violations des droits de l'Homme selon le nombre de cadavres, alors on peut dire que la situation est meilleure aujourd'hui. Mais si on regarde la liberté d'expression pour les journalistes, le gouvernement n'a fait aucun progrès cette année. 23 journalistes sont par exemple "portés disparus" depuis mars 2009, mais aucune enquête n'a été lancée."