Le réalisateur iranien Jafar Panahi, en grève de la faim depuis une semaine dans la fameuse prison d’Evin à Téhéran, a été relâché sous caution mardi après-midi. L’un de nos Observateurs à Téhéran, qui a rencontré Panahi avant son arrestation, nous dit que le gouvernement iranien a certainement été influencé par l’implication de l’actrice Juliette Binoche et de ses collègues au Festival de Cannes.

Panahi a été emprisonné le 1er mars, officiellement parce qu’il travaillait sur un film portant sur la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad en juin dernier.

Panahi était censé être juré au Festival de Cannes, qui s’est achevé dimanche. À l’ouverture du Festival, le 12 mai, le gouvernement français avait demandé à l’Iran de relâcher le réalisateur pour qu’il puisse assister à l'événement.

Une semaine plus tard, les appels en faveur de sa libération ont été relayés par le réalisateur iranien Abbas Kiarostami, ainsi que par Juliette Binoche, qui a récemment travaillé avec Panahi.

Lundi, les autorités iraniennes ont annoncé que la femme de Panahi avait payé deux millions de rials (environ 165 000 euros) de caution. Il a été libéré mardi après-midi.

Ma rencontre avec Panahi

Alireza a rencontré Panahi dans le cadre d'un projet artistique pour lequel il lui a demandé, avec d'autres artistes iraniens, de dédicacer son t-shirt pour une exposition d'art.

 

 

 

 

"Je suis certain que, lorsque les autorités iraniennes ont emprisonné Panahi, elles ne pensaient pas que le Festival de Cannes se mobiliserait "

Alireza a rencontré Panahi avant sa détention dans le cadre d’un projet artistique.

Il y a, je crois, deux facteurs qui ont facilité sa libération.

 

  1. Les demandes de libération venant de Juliette Binoche et Abbas Kiarostami. Ça a du être un grand choc pour le gouvernement iranien. Je suis sûr que lorsque les autorités ont arrêté Panahi, elles ne pensaient pas que le Festival de Cannes se mobiliserait. Ça les a sûrement beaucoup influencés. En plus, Kiarostami est très discret et ne s’implique habituellement jamais dans les conflits politiques. Les amis de Panahi étaient heureux d'apprendre que Kiarostami avait parlé de son cas.
  2. Le fait qu’il soit en grève de la faim a également joué, d’autant plus que, à la fin, il refusait également de boire.

Les autorités n'ont jamais annoncé les charges retenues contre le cinéaste. C'est une affaire très opaque. Ce qui se passe normalement avec des cas comme le sien, c'est que si l'accusé réussit à obtenir une libération sous caution, les autorités passent ensuite quelques mois à compiler des 'preuves', avant de finalement délivrer une assignation en justice. À partir de maintenant, Panahi ne sera plus autorisé à quitter Téhéran.

Malheureusement, je doute que le cas Panahi soit le signe d’un progrès pour les autres prisonniers politiques. Panahi est très célèbre et le monde entier s’est intéressé à lui. Mais la situation est bien différente pour les autres, en particulier les étudiants. Avec le premier anniversaire de la réélection contestée d’Ahmadinejad qui arrive, le gouvernement resserre encore plus son emprise.

Les réaction internationales auront une certaine influence sur ce qui va arriver à Panahi maintenant. Espérons que son cas sera résolu sans qu’il ait à retourner en prison. Mais je pense que même s'il est acquitté, il ne quittera pas le pays. Il pourrait aller à Hollywood, en Italie, en France... Mais il aime trop l'Iran."