La capitale de la Géorgie est sous la surveillance des observateurs internationaux pour les élections du 30 mai, mais le reste du pays est à l'abri des regards indiscrets. Une aubaine pour les notables locaux peu scrupuleux, qui ont les mains libres pour museler l'opposition.

Une vidéo sortie le 18 mai sur Internet illustre les mesures d'intimidation employées par certains politiciens. La scène se passe dans la nuit du 3 mai à Mestia, une ville située dans le nord-ouest du pays, dans la région de Samegrelo-Zemo Svaneti. Elle montre un groupe composé de 40 ou 50 notables retenant en otage cinq candidats du Parti de la liberté dans le bâtiment du siège de l'administration locale. Le lendemain matin, tous les candidats de l'opposition avaient retiré leurs candidatures. Ces incidents ont été dénoncés avant même l'apparition de cette vidéo par l'ONG Transparency International, qui a qualifié l'incident "d'alarmant".

Les autorités nient cependant toujours être imliquées dans cette affaire.

La vidéo en question

Les personnes qui crient à l'extérieur seraient membres de la famille des candidats. Selon le site Internet de Human Rights Georgie, une femme aurait crié : "Vous serez punis pour ça ! Nous allons appeler à l'aide les organisations internationales ; nous dirons tout devant les caméras et nous ne vous oublierons pas ! Alors vous prétendez que les candidats sont dans ce bâtiment volontairement, vous êtes sûrs ?! " puis : "Vous ne pouvez pas tourmenter ainsi la région Svaneti !" Vidéo postée sur YouTube le 18 Mai 2010 par "nanapazhava".

"Les intimidations pré-électorales comme celle-ci sont fréquentes et, habituellement, personne n'ose les dénoncer"

David Doborjginidze, 34 ans, est un homme d'affaires de Tbilissi.

Dans les régions [circonscriptions en dehors de Tbilissi], les intimidations pré-électorales comme celle-ci sont fréquentes et, habituellement, personne n'ose les dénoncer. Il est même probable que les habitants de la région [de Samegrelo-Zemo Svaneti, ndlr] ne soient pas au courant.

Comme souvent en province, la région de Samegrelo-Zemo Svaneti ne capte aucune chaîne TV indépendante [comme Maestro et Caucasia], ni Radio Free Europe [Une radio financée par le gouvernement américain] et n'a pas accès à Internet [selon l'un des sites Web qui a posté la vidéo, moins de 10 % des visiteurs viennent de l'extérieur de la capitale, 0 % de la région en question].

Quant à la vidéo, c’est une preuve qui ne pèsera pas lourd. Il y a eu plusieurs affaires judiciaires ces dernières années dans lesquelles les juges ont rejeté les preuves vidéo pour ne retenir que des témoignages. Après le canular de Imedi TV, en mars dernier [cette chaîne de télévision d'État a diffusé une émission annonçant, à tort, que le pays avait à nouveau été envahi par la Russie], l'enregistrement d'un appel téléphonique concernant ce programme a été envoyé au Royaume-Uni pour une inspection indépendante. Il a été prouvé que le président avait autorisé ce canular, mais cela n’a eu aucune conséquence.

Et bien qu'il existe actuellement un bon nombre d'observateurs internationaux à Tbilissi, en province, la situation est très mauvaise. Vous avez besoin de gens comme celui qui a filmé cette vidéo pour prouver les fraudes électorales. Et même si la fraude est filmée, la seule chose que vous pouvez faire avec le document est de le présenter aux médias occidentaux et aux observateurs, dans l'espoir que les organisations étrangères puissent mettre la pression sur [le président Mikhaïl] Saakachvili. Si vous le remettez aux autorités locales, rien ne sera fait."