FRANCE

Bilan du Festival de Cannes : "Pas de très grand film"

La 63e édition du Festival de Cannes s'est achevée dimanche. Tim Burton, le président du jury, a audacieusement choisi de récompenser le film du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, "Oncle Boonmee". Le film "Hors-la-loi" de Rachid Bouchareb, qui raconte l’histoire de trois frères algériens militant pour l’indépendance de leur pays, a, quant à lui, suscité la polémique, mais n’a pas été primé. Nos Observateurs commentent le palmarès.

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Photo prise par FoxyCoxy publiée sur Flickr le 22 mai.

La 63e édition du Festival de Cannes s'est achevée dimanche. Tim Burton, le président du jury, a audacieusement choisi de récompenser le film du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, "Oncle Boonmee". Le film "Hors-la-loi" de Rachid Bouchareb, qui raconte l’histoire de trois frères algériens militant pour l’indépendance de leur pays, a, quant à lui, suscité la polémique, mais n’a pas été primé. Nos Observateurs commentent le palmarès.

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"La vérité révélée par 'Hors-la-loi' fait plaisir aux Algériens"

Professeur de français à la retraite, ex-journaliste, Abdelkrim Mekfouldji vit à Blida, en Algérie.

Il y a eu quelques articles dans les journaux sur le film 'Hors-la-loi' [le film aborde le massacre de Sétif, le 8 mai 1945, une manifestation pour l’indépendance de l’Algérie dont la répression s'est soldée par la mort de milliers de personnes]. Ce qui a été critiqué, c’est le déploiement des services de sécurité autour du palais des Festivals, alors que ce que le film raconte n’est finalement que la vérité historique.

Mes élèves m’ont déjà demandé si on pouvait aller le voir. Ils connaissent la version algérienne de cet évènement et savent qu’elle dérange les Français. Le 8-Mai est un jour assez étrange en Algérie : c’est un jour de deuil, mais nous voyons sur les chaînes de télévision étrangères la commémoration de la victoire des Alliés sur les nazis. Tout un aspect de l’histoire a été occulté. La vérité révélée par 'Hors-la-loi' fait plaisir aux Algériens. Le cofinancement du film par la France et l’Algérie montre qu’il y a déjà un dialogue entre les deux pays, même si ce sujet reste sensible."

"Il n’y a pas eu de très grand film"

Vincent Dozol est étudiant à l’Institut d’études politiques de Lyon. Il est allé au Festival de Cannes avec son association, Les Bobinophiles.Il y a deux ans, il nous racontait ses galères pour assister aux projections.

Cette année, j’ai pu rester à Cannes pendant pratiquement toute la durée du Festival. J’ai visionné des films en compétition, notamment dans la sélection 'Un certain regard', et pas que du off. J’étais muni d’un badge cinéphile, donc on peut faire la queue et combler les places restantes ou aller dans les salles un peu excentrées qui diffusent les films en compétition en décalé.

Je n’ai pas vu le film qui a remporté la Palme d’Or, mais les échos que j’en ai eu étaient assez positifs : ça a été un vrai coup de cœur pour de nombreuses personnes, à part quelques-unes qui ont vraiment détesté. Il paraît que c’est étrange, contemplatif et lent, mais c’est aussi ce qu’on a dit du film 'Elephant' de Gus Van Sant au départ. J’ai trouvé 'Tournée', de Matthieu Amalric, qui a reçu le Prix de la mise en scène, léger et sympathique. C’est un film d’auteur, mais à vocation populaire. Quant au film 'Des hommes et des dieux', Xavier Beauvois, en recevant son prix, a parlé de son tournage comme d'un "moment de grâce". Je crois que c’est l’expression qui résume le film entier. C’est très maîtrisé, les acteurs y sont incroyables. Hors compétition, j’ai aussi apprécié 'Tamara Drewe', de Stephen Frears, une très bonne comédie anglaise. Le prix que je ne comprends pas, c’est 'Un homme qui crie', du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun. Je n’ai pas aimé le scénario et j’ai le sentiment que la palme est simplement politique, pour promouvoir le cinéma africain. Le grand absent du palmarès c’est, pour moi, 'Another Year', de Mike Leigh. Je pensais que Lesley Manville aurait le prix d’interprétation féminine. Le sentiment général demeure tout de même celui d’une année moyenne : il n’y a pas eu de très grand film."

"[Dans le cinéma thaïlandais], le scénario n’importe pas forcément, surtout dans les films poétiques comme ceux d’Apichatpong Weerasethakul"

Jing-Reen Boonaoo vit à Bangkok, où il travaille dans l’industrie du cinéma.

Je n’ai pas vu le dernier film d'Apichatpong Weerasethakul, car il n’est pas encore sorti en Thaïlande. En revanche, je possède les DVD de trois de ses films chez moi : 'Blissfully Yours', 'The Adventure of Iron Pussy' et 'Tropical Malady'. J’aime son univers assez primitif qui évoque les croyances populaires. C’est dans la culture thaïlandaise de croire aux fantômes, aux esprits. Le scénario n’importe pas forcément, surtout dans les films poétiques comme ceux d’Apichatpong Weerasethakul. Celui-ci doit être fier de voir émerger la Thaïlande sur la scène internationale et cela va l’aider dans son combat contre la censure."