THAÏLANDE

FreakingCat, en direct des barricades où beaucoup de journalistes n’osent pas aller

Bangkok est actuellement un endroit extrêmement dangereux pour les journalistes. Trois reporters ont été touchés par balle vendredi 14 mai. De moins en moins de journalistes se risquent à approcher des zones d’affrontement, mais parmi la poignée de journalistes dans la zone, quelques "journalistes amateurs", comme notre Observateur "FreakingCat", sont toujours en première ligne.. Lire la suite et voir les images…

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"De la barricade sous la voie rapide Khlong Toei". Photo de FreakingCat.

Bangkok est actuellement un endroit extrêmement dangereux pour les journalistes. Trois reporters ont été touchés par balle vendredi 14 mai. De moins en moins de journalistes se risquent à approcher des zones d’affrontement, mais parmi la poignée de journalistes dans la zone, quelques "journalistes amateur", comme notre Observateur "FreakingCat", sont toujours en première ligne.

Trente-huit personnes ont déjà été tuées et 279 blessées ces six derniers jours à Bangkok. Alors que le gouvernement thaïlandais essaye en vain de déloger les 5000 "chemises rouges" de leur camp retranché au cœur de Bangkok, le quartier vit au ralenti. Les magasins ont fermé et les trains ne circulent plus.

Les journalistes se sont éloignés des combats après qu’on a tiré sur trois d’entre eux le vendredi 14 mai. Parmi les victimes se trouvait un journaliste de France 24, toujours à l’hôpital après avoir reçu trois balles.

FreakingCat à l'œuvre

Tirs d'artillerie lourde sur Rama 4 près du Parc Lumphini. Filmé le 13 mai.

Ce garçon souriant revient de la première ligne sur Rama 4, Bon Kai, le 17 mai.

A moto, les chemises rouges amènent des pneus supplémentaires pour alimenter cet incendie déjà conséquent en face de la Tour Lumpini, Rama 4, 14h15 le 17 mai.

Photo prise de la grande barricade "rouge" sous la voie rapide Khlong Toei, le 17 mai.

La sortie de la voie rapide Rama 4 à Khlong Toei, 0h30, 17 mai.

un garçon "rouge" fait la circulation à Rama 4 Khlong Toei, le 17 mai.

La barricade de pneus sur la voie rapide Rama 4. Filmé le 17 mai.

"Je me tiens plus près des violences que les journalistes professionnels parce que je suis moins voyant"

"FreakingCat" est un chef d’entreprise de 38 ans qui filme et photographie depuis quelques jours les affrontements dans la rue Rama 4, avec son iPhone et une petite caméra numérique. Cet Européen vit à Bangkok depuis six ans.

Quand les combats ont commencé dans la rue, j’ai été choqué, alors j’ai voulu montrer aux gens ce qui se passait. J’habite à quelques mètres des barricades des "chemises rouges", alors je suis sorti et j’ai commencé par échanger quelques mots en thaï avec eux. Ils ont semblé m’accepter, donc je me suis mis à filmer. J’ai des images des premiers coups de feu tirés sur Rama 4, que j’ai postées sur YouTube. J’ai aussi créé un compte Twitter. En quelques jours, j’ai déjà 450 followers.

Je ne me revendique pas journaliste. Mais je pense que j’arrive à approcher plus près des violences que les journalistes professionnels, parce que je suis moins voyant. Je n’ai pas de gilet pare-balles indiquant que je suis un reporter. Et puis je parle un peu thaï et je ne cours pas pour filmer tout ce qui se passe. Je reste silencieux et je n’ai pas l’air menaçant. La plupart des journalistes ici ont arrêté de s’approcher des barricades parce que c’est trop risqué. Il n’y a que quelques Japonais et quelques Américains qui le font encore.

Grâce à mes images, les gens voient que les chemises rouges ne sont pas pacifiques

Je pense être utile parce qu’avant que je poste des vidéos, les gens disaient sur Facebook que les chemises rouges étaient pacifiques et non armés, ce qui était tout simplement faux. A présent, ils peuvent voir la situation des deux côtés. Les chemises rouges et les chemises jaunes font de la propagande sur Internet, en utilisant nos vidéos. Lundi, j’ai filmé un jeune enfant qui se trouvait sur la barricade des "rouges". La vidéo a été diffusée à la télévision par le CRES [une unité gouvernementale spécialement créée pour gérer la crise].

Je n’ai pas peur qu’on me tire dessus, mais en même temps je prends mes précautions. Je porte un casque de moto: c’est peut-être un peu naïf, mais c’est mieux que rien. Je ne sors pas la nuit et je me couche au sol dès que l’armée commence à tirer. Je ne suis pas du tout sorti lundi parce que des Thaïlandais m’ont dit que c’était trop dangereux ; l’armée avait commencé à utiliser des fusils M-16.

Le plus terrifiant à mes yeux, ce serait que les chemises rouges réalisent que je les critique

Le plus terrifiant à mes yeux, ce serait que les chemises rouges réalisent que je les critique. Ils me tueraient. Il y a quelques jours, l’un des "héros" des rouges m’a arraché des mains mon iPhone. Il a souri juste après et m’a dit qu’il voulait me prendre en photo. J’ai déjà reçu une menace de mort sur Facebook. Mais je ne peux pas rester à la maison les bras croisés. Je pense que ça vaut le coup de risquer sa vie, surtout quand on voit une de ses vidéos à la télévision danoise !"