LIBAN - SYRIE

Il chante pour garder les femmes à la maison, mais il les pousse dans la rue

"Chez nous, les filles ne travaillent pas avec leurs diplômes… Ton travail c’est de m’aimer. Tu n’auras pas le temps de faire autre chose. Sois juste la présidente de la République de mon cœur." Ce sont les premières paroles d’une chanson en vogue à Beyrouth et à Damas. Un message machiste qui fait rugir les associations féministes dans la région. Lire la suite...  

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Photo du chanteur libanais Mohamad Iskandar postée sur le groupe Facebook créé pour défendre sa chanson.

"Chez nous, les filles ne travaillent pas avec leurs diplômes… Ton travail, c’est de m’aimer. Tu n’auras pas le temps de faire autre chose. Sois juste la présidente de la République de mon cœur." Ce sont les premières paroles d’une chanson en vogue à Beyrouth et à Damas. Un message machiste qui fait rugir les associations féministes dans la région.

Le 30 avril, les membres d’associations féministes ont défilé dans la principale rue commerçante de Beyrouth pour protester contre "l’image stéréotypée de la femme" véhiculée par cette chanson machiste. Le lendemain, l’Observatoire des femmes syriennes appelait à son tour l’ensemble des radios syriennes à boycotter cette musique qui "promeut un art décadent".

En réaction aux revendications féministes, un groupe a été créé sur Facebook pour défendre la chanson intitulée "La République de mon cœur". Interprétée par le Libanais Mohamad Iskandar, la chanson est sortie il y a près d’un mois et figure dans le hit-parade de plusieurs stations radios beyrouthines.

Les féministes dans les rues de Beyrouth

Vidéo publiée sur Dailymotion par Pomegran8mm, le 1er mai 2010.

Les photos de la manifestation anti-chanson

Photo publiée sur Flickr par Mozzoom le 30 avril 2010. Sur la pancarte rose au centre, on peut lire : "Si ton chéri est jaloux, il n’a qu’à rester chez lui".

Photo publiée sur Flickr par Mozzoom le 30 avril 2010. Sur la pancarte orange, on peut lire : "Mon diplôme n’est pas pour te faire la cuisine". Sur la pancarte blanche, on lit : "Je voudrais un partenaire pas un tuteur".

Photo publiée sur Flickr par Mozzoom le 30 avril 2010.La pancarte blanche : "Si on reste demain chez nous, l’économie du Liban s’effondrera". Sur la pancarte orange :  "Je gagne 6000 dollars par mois, veux-tu être le président de la République de mon cœur ?"

Photo publiée sur Flickr par Mozzoom le 30 avril 2010 : "Au Liban, la majorité des juges sont des femmes, la majorité des avocates, des femmes et la majorité des étudiantes, des femmes aussi".

"Cette chanson se sert de l’amour pour enfermer la femme à la maison"

Leen Hashem est membre de l’association féministe "Nasawiya". Elle est à l’origine de la manifestation du 30 avril.

 

La première fois que j’ai écouté la chanson de Mohamad Iskandar, j’étais au volant. J’ai dû garer la voiture sur le bord de la route car les paroles m’énervaient trop. Chosifier la femme et piétiner ses droits n’est pas de l’art. C’est une insulte pour toutes les femmes. Ces dernières années, plusieurs chansons sexistes ont été largement diffusées, mais celle d’Iskandar est la goute qui a fait déborder le vase. J’ai décidé de réagir. J’ai créé un groupe sur Facebook pour appeler à manifester contre toutes les formes d'art et d’information qui portent atteinte aux femmes.

Cette chanson reflète la mentalité de ceux qui pensent que la femme ne doit pas travailler. Elle promeut également une culture dangereuse qui se sert de l’amour pour enfermer la femme à la maison. C’est d’autant plus dangereux que cette vision obscurantiste de la place de la femme est véhiculée par une chanson. Et l’on connaît tous l’influence des chansons sur les jeunes. Mohamad Iskandar a pris la défense de sa chanson, composée par son fils, expliquant que le travail de la femme a une mauvaise influence sur l’éducation des enfants et provoque la dissolution de la famille et la désorganisation de la société.

Nous essayons à présent de faire interdire la chanson sur les ondes des radios libanaises. Malheureusement, il ne s’agit pas d’un cas isolé. Il suffit de déambuler dans les rues de Beyrouth pour voir le nombre de publicités qui chosifient la femme et se moquent de son intelligence. Depuis peu, une campagne publicitaire d’un grand supermarché présente une femme disant : "Si je gagne les 300 millions [qu’offre le magasin, ndlr], je trouverai sûrement un mari". Les membres de 'Nasawiya' ont décidé de répliquer. Nous avons accroché des panneaux qui font dire à cette même femme : "Si je gagne les 300 millions, j’ouvrirai une agence de pub qui ne prendra pas les filles pour des connes". Pour toutes ces formes d’abus, nous lançons dès la semaine prochaine un observatoire pour dénoncer ceux qui portent atteinte aux femmes dans la publicité et les médias."

"Si je gagne les 300 millions, je trouverai sûrement un mari": affiche originale de la publicité pour le charcutier Aoun publiée sur Facebook le 1er avril 2010. 

"Si je gagne les 300 millions, j’ouvrirai une agence de pub qui ne prendra pas les filles pour des connes" : affiche se moquant de la publicité du charcutier Aoun publiée sur Facebook par Leen Hashem.

La chanson polémique

Vidéo publiée sur YouTube par SyriaQueen90 le 19 avril 2010.