Une affiche dans les rues de Lomé. Photo : Sylvio Combey.

 

Le Togo fête aujourd'hui le cinquantième anniversaire de son indépendance, proclamée le 27 avril 1960. Mais alors que la pays traverse une énième crise politique, certains de nos Observateurs pensent qu'il n'y a pas grand-chose à fêter.

Depuis l'indépendance, le Togo a vécu 38 ans sous la présidence de Gnassingbé Eyadema. A sa mort en 2005, son fils Faure Gnassingbé a récupéré le pouvoir par la force avant d'être destitué quelques semaine après son coup d'Etat. Il a ensuite été élu président au terme d'une élection très contestée, puis réélu en mars 2010. L'opposition togolaise, menée par Jean Pierre Fabre, n'a toujours pas reconnu sa victoire.

"Toutes tendances confondues, les Togolais vont se retrouver pour cette fête"

Ozio Avorgah est membre de la Fédération togolaise de football. Il vit à Lomé.

Pour le moment, c'est calme à Lomé. On ne dirait pas du tout que nous fêtons le jubilé d'or (cinquantième anniversaire). Moi, je ne vais pas sortir parce que je prépare l'anniversaire de ma femme qui est née un 27 avril ! Mais je pense quand même que les choses vont s'animer dans la soirée. Le peuple togolais a envie de fêter cet événement, ce n'est pas tous les jours que ça arrive. Et malgré la crise politique, toutes tendances confondues, les Togolais vont se retrouver.  

Comme tous les pays d'Afrique, nous ne sommes que semi-indépendants aujourd'hui. Nous vivons sous le joug des Européens et notamment de la France. En termes de politique, les dernières élections ne sont pas vraiment allées dans le bon sens, c'est toujours difficile de rompre avec ses vieilles habitudes. Mais on voit aussi certaines évolutions positives, par exemple, aujourd'hui, je considère que nous avons maintenant un bon système de justice."

Photo : Sylvio Combey.

"Comment parler d'indépendance quand nos gouvernements sont les pions de la France ?"

Sylvio Combey est journaliste et blogueur à Lomé.

Les gens sont un peu plus nombreux que d'habitude dans les rues de Lomé, mais l'ambiance n'est pas à la fête pour tout le monde.

Du côté du gouvernement, des concerts et des festivités culturelles ont été organisées. Hier, le président a allumé une flamme sous l'arche de l'indépendance qui vient d'être rénovée. Il y a des affiches dans les rues avec les photos de tous les présidents qui ont dirigé le pays depuis l'indépendance. Tous sauf un, El-Hadj Abbas Bonfoh (président par intérim pendant quelques semaines après le coup d'Etat raté de Faure Gnassingbé en février 2005).

Lire aussi le billet d'Israel Yoroba sur l'indépendance de la Côte d'Ivoire.

Les présidents du Togo placardés dans le rues de Lomé. Photo : Sylvio Combey.

Du côté de l'opposition, on sent toujours un climat de méfiance. Ils célèbrent l'indépendance à leur manière, en continuant à manifester dans les rues, mais ils ne participent pas aux festivités organisées par le pouvoir.

Depuis 1967, le pays a vécu pendant 43 ans sous le règne des Gnassingbé. Il n'y a eu aucune alternance politique, donc on ne peut pas faire un vrai bilan des gouvernements qui se sont succédés. Aujourd'hui, le pays recule. La liberté d'expression est régulièrement bafouée et les manifestations sont réprimées. Les infrastructures ne sont pas développées. Quelques routes ont été améliorées à Lomé pour la fête, mais ces travaux seront aussitôt abandonnés après les festivités.

Enfin, la France est derrière chaque élection togolaise pour sauvegarder ses intérêts économiques et notamment pour garder le contrôle du port de Lomé qui est le cœur de l'économie du pays. Comment parler d'indépendance quand nos gouvernements sont les pions de la France ?"

Faure Gnassingbé, actuel président du Togo. Photo Sylvio Combey.