Sur la plage de Jumeirah, à Dubaï. Photo publiée le 19 octobre 2008 sur Flickr par Martin O’Connell.

Dans le petit émirat de Dubaï, où près de 2 millions d’expatriés se sont installés, mieux vaut choisir sa tenue de plage avec précaution. Car une paire de seins à l’air, ou un baiser trop langoureux en public, peut mener en prison.

Le 4 avril, une cour d’appel de Dubaï a confirmé la peine d’un mois d’emprisonnement prononcée à l’encontre d’un couple de Britanniques qui s’était embrassé sur la bouche. C’est une femme émiratie qui les avait dénoncés alors qu’ils déjeunaient dans un restaurant du quartier huppé de Jumeirah Beach Residence.

Cet incident n’est pas le premier du genre. En 2008, un autre couple britannique avait défrayé la chronique en faisant l’amour sur une plage publique de Dubaï. Condamné à trois mois de prison, le couple, non marié, avait vu sa peine suspendue en appel, avant d’être finalement expulsé.

L’année dernière, la police de Dubaï a arrêté 6 000 personnes sur les plages pour atteinte aux mœurs. Le code de conduite, publié par le Conseil exécutif de l’émirat, est parfaitement clair : la seule démonstration d’affection tolérée pour les couples mariés comme non mariés est de se tenir par la main. Les caresses et les baisers sont considérés comme "offensants".

Quant au code vestimentaire, il exige qu’hommes et femmes portent des maillots de bain "acceptés par la culture de Dubaï". La "nudité", y compris le bronzage "topless", est formellement interdite et punie d’une peine d’emprisonnement ou d’expulsion.

Dubaï demeure un pays musulman conservateur où les relations sexuelles hors mariage et l’homosexualité sont strictement interdites.

Sur une plage publique de Dubaï. Photo publiée le 29 mars 2009 sur Flickr par Ben Visbeek.

Journée ensoleillée à Dubaï. Les bikinis côtoient des locaux en habits traditionnels venus avec des chameaux pour le plaisir des touristes. Photo publiée le 23 septembre 2008 sur Flickr par Nina Wilschefski.

"Des policiers m'ont demandé un jour de me couvrir les épaules alors que je me promenais en débardeur"

Laurence Tissot s’est expatriée de France, il y a deux ans. Elle est photographe et blogueuse à Dubaï.

 

Je vis à deux minutes de la plage. Lorsque je m’y rends, je suis souvent choquée par la tenue de certaines touristes qui se baladent en string ficelle. Mais il faut préciser que sur les plages, on voit rarement des occidentales côtoyer des locales. Parce que les Emiraties tentent d’éviter ce type de déballage, mais aussi parce que, par pudeur, elles préfèrent se soustraire aux regards des baigneurs. On les voit plus souvent au coucher du soleil.

Je pense que sur la plage, les règles sont relativement souples. Elles sont plus strictes dans les centres commerciaux. Des policiers m’ont déjà demandé un jour de me couvrir les épaules alors que je me promenais en débardeur dans un centre commercial. Mais dans l’ensemble, on pénalise plus les comportements ostentatoires que les tenues vestimentaires légères".

C’est au coucher du soleil que les femmes émiraties préfèrent se promener sur la plage. Photo publiée le 7 mai 2008 sur Flickr par Karim Iliya.

Sous 40 degrés sur la plage de Jumeirah, à Dubaï. Photo publiée le 31 décembre 2007 sur Flickr par Rain Rannu.

 

"Outre les petits bikinis, certains n'hésitent pas à se caresser ou à s'embrasser en public"

Lubna Abdulaziz est émiratie. Elle travaille dans une grande banque à Dubaï.

 

Tant que les Occidentaux ne nous offensent pas par leur comportement, cela ne nous pose pas problème. Mais depuis 5 ans, nous avons l’impression qu’ils s’oublient et se lâchent. Dans les centres commerciaux, on peut désormais les voir en short très court, ou ventre à l’air avec un piercing au nombril. J’ai même été coincée, il y a quelques mois, dans l’ascenseur d’un grand hôtel de Dubaï avec deux Européens qui se roulaient des pelles sans aucun égard pour moi, qui portais l’abaya noire traditionnelle [vêtement noir qui recouvre tout le corps, le plus souvent assorti d’un voile couvrant sur la tête – voir photos].

Nous, Emiratis, voyageons beaucoup et sommes ouverts aux autres cultures et façons de vivre. Nos plages sont toutes mixtes à l’exception de quelques clubs privés réservés aux femmes. Mais certains Occidentaux qui bronzent sur nos plages heurtent notre sensibilité. Outre les petits bikinis, certains n’hésitent pas à se caresser ou à s’embrasser en public. Cela concerne plus les touristes que les expatriés qui vivent depuis quelques années ici et qui sont dans l’ensemble respectueux de nos us et coutumes.

En 2008, l’épisode du couple britannique a même choqué plusieurs de mes collègues expatriés. Peu après, j’ai pris moi-même l’initiative de sensibiliser mes amis et collègues occidentaux à notre code de conduite en public."