LITUANIE

Disneyland, c’est nul, visitez un goulag

Vous êtes-vous déjà imaginé dans la peau d'un détenu du KGB pendant l'ère soviétique ? Dorénavant, c'est possible. Des et des commémorant l'époque soviétique connaissaient déjà un certain succès en Europe centrale et en Europe de l'Est ; mais aujourd'hui, un parc d'attraction lituanien pousse le concept encore plus loin : à Deportation Day, les touristes revivent la journée d'une victime du goulag.

Publicité

Photo : Sergey Vasilyev, avec l'autorisation d'Environmental Graffiti.

Vous êtes-vous déjà imaginé dans la peau d'un détenu du KGB pendant l'ère soviétique ? Dorénavant, c'est possible. Des musées et des parcs commémorant l'époque soviétique connaissaient déjà un certain succès en Europe centrale et en Europe de l'Est ; mais aujourd'hui, un parc d'attraction lituanien pousse le concept encore plus loin : à Deportation Day, les touristes revivent la journée d'une victime du goulag.

Deportation Day ("journée de déportation") est conçu comme une leçon d'histoire en situation, un parcours réalisé grâce aux témoignages de victimes des goulags staliniens. Rencontre avec des agents du KGB ou avec un médecin qui vous hurle des ordres en russe, interrogatoires musclés : la mise en scène plonge le touriste quatre heures durant dans un de ces camps par lequel des millions de citoyens soviétiques sont passés.

Deportation Day - un parc soutenu par la Commission européenne - n'est pas le seul de ce type en Lituanie. Dans ce pays, vous pouvez aussi descendre, pour une simulation d'interrogatoire, dans le bunker construit à la demande de Léonid Brejnev en 1984

Les visiteurs sont accueillis par des agents du KGB dans un bunker soviétique. Postée par Lai-Yee Soh sur Flickr.

L'interrogatoire. Postée par Lai-Yee Soh sur Flickr.

Le docteur. Postée par Lai-Yee Soh sur Flickr.

La prise des empreintes. Photo : Sergey Vasilyev, avec l'autorisation d'Environmental Graffiti.

Les visiteurs alignés. Postée par Lai-Yee Soh sur Flickr.

Interrogatoire. Photo : Sergey Vasilyev, avec l'autorisation d'Environmental Graffiti.

Le casse-croûte. Posté par Lai-Yee Soh sur Flickr.

Des masques à gaz. Postée par Lai-Yee Soh sur Flickr.

Des agents du KGB. Photo de Sergey Vasilyev, avec l'autorisation d'Environmental Graffiti.

Les visiteurs se préparent à une attaque nucléaire. Photo de Sergey Vasilyev, avec l'autorisation d'Environmental Graffiti.

"Je ne veux pas revoir tout ça, pas même quelques minutes"

Ruslanas Iržikevičius est  historien, il vit à Vilnius et tient un blog sur la politique en Lituanie.

Je ne tiens pas particulièrement à y aller. J'avais 16 ans quand le système à commencer à s'effondrer. Je me souviens des défilés, des exercices, des leçons de tir à l'école. Je ne veux pas revoir tout ça, pas même quelques minutes. Je veux oublier ces souvenirs. 

Mais c'est vrai que c'est difficile pour quelqu'un qui n'a pas vécu cela d'imaginer comment c'était. Si ces expériences décrivent la réalité de ce qui s'est passé et que cet endroit ne devient pas un lieu de vénération de cette époque, alors Deportation Day peut servir de rappel aux jeunes générations qui pensent que tout est acquis.

Notre passé communiste nous différencie des pays d'Europe occidentale. Ce serait une bonne chose que les habitants de ces pays viennent pour comprendre d'où nous venons. Mais il ne faut surtout pas que cet endroit devienne une sorte de Disneyland. Ce n'est pas du divertissement, ça fait partie de notre histoire, même si nous essayons de l'oublier."

"Les agents du KGB ont donné les numéros de quatre personnes qui n'avaient pas assez travaillé. J'en faisais partie..."

Sandra Ronde étudie les relations internationales aux Pays-Bas. Elle a visité Deportation Day pendant son échange universitaire à Vilnius.

Nous sommes arrivés dans une forêt située à l'extérieur de Vilnius. Puis nous avons été accueillis par des officiers soviétiques qui nous ont informés que nous n'avions plus aucun droit et que nous devions obéir aux ordres. Nous avons ensuite été mis dans une camionnette - 40 personnes - qui nous a déposés au bunker du KGB. On nous a donnés à tous les mêmes habits et attribués un numéro. Nous n'avions pas le droit de parler une autre langue que le russe (que je ne parle pas), aucune langue maternelle n'était autorisée.

Ensuite, on nous a amené dehors pour travailler, nous avons déblayé la neige en écoutant des chants nationalistes soviétiques. Après le travail forcé, on nous a ramenés à l'intérieur et alignés contre le mur. Les agents du KGB ont donné les numéros de quatre personnes qui n'avaient pas assez travaillé. J'en faisais partie. Ils nous ont annoncé qu'on allait être exécuté et ils nous ont placés dans une cellule noire. Puis on a appris que Staline était mort et on nous a libérés.

L'expérience a duré seulement quelques heures, mais c'était très intéressant. Au début, on se disait que ce n'était qu'un jeu, mais quand vous vous retrouvez enfermée seule dans une cellule, vous commencez à comprendre que tout ça s'est vraiment passé."