Photo postée par tomylees sur Flickr

Une ONG américaine de défense des droits des animaux, PETA, a diffusé des vidéos de reptiles dépecés vivants en Indonésie afin de jeter l’opprobre sur l’utilisation de peaux exotiques dans la maroquinerie et l’industrie du luxe. Notre Observateur, qui travaille avec une ferme d’élevage de crocodiles en Australie, nous en dit plus sur ces pratiques controversées.

PETA affirme que ses enquêteurs se sont rendus dans une douzaine d’élevages à travers l’archipel, afin d’obtenir des preuves de mauvais traitement des reptiles. L’ONG avait déjà diffusé une vidéo amateur montrant des travailleurs en train de frapper brutalement des petits reptiles, avant de leur arracher la peau sans vérifier que l’animal était bien mort.

PETA s’est notamment attaqué à Hermès, fleuron de l’industrie du luxe, qui est par ailleurs l’un des plus gros acheteurs de peaux exotiques dans le monde. Selon l’ONG américaine, la forte demande de peaux de reptiles inciterait le braconnage et les mauvais traitements dans des régions reculées de l'Indonésie où les lois de protection des animaux restent souvent lettre morte.

Hermès s’était déjà attiré les foudres des défenseurs des animaux au mois de juin dernier lorsque son président, Patrick Thomas, avait déclaré à l’agence de presse Reuters faire face à une véritable pénurie de peaux de crocodiles pour produire près de 3 000 sacs par an. Le PDG soulignait qu’un seul sac nécessitait l’abattage de trois ou quatre crocodiles. Des marécages asiatiques à la place Vendôme, la peau de crocodile a gagné en valeur : les sacs Hermès peuvent coûter plus de 35 000 euros l’unité.

 

Vidéo amateur postée par PETA montrant des employés maltraitant des reptiles (Attention: ces images peuvent choquer)

 

 

Un sac à main en crocodile Hermès Birkin d'une valeur de 26 999 dollars

Photo postée sur le site Web ecrater.com

"Si on vous prend en train de faire ça en Australie, vous pouvez finir en prison !"

Charlie Manolis est responsable de la recherche à la Wildlife Management International, une organisation qui gère notamment le parc Crocodylus, en Australie du Nord.

Si on vous prend en train de faire ça ici, vous pourriez finir en prison ! Nous avons des règles très strictes en Australie. Tous les animaux doivent être abattus d’une balle dans la tête. Ensuite, on enfonce un morceau de fer dans leur cerveau pour être sûr et certain qu’ils sont morts. Il est d’autant plus important d’abattre les crocodiles correctement que leur viande est vendue dans des restaurants et des supermarchés pour la consommation humaine.

Les gens qui ont regardé ce type de vidéo, dans lesquelles on voit des organes de reptiles palpiter, ont tendance à accuser nos élevages de découper des animaux encore en vie. Cette critique est totalement injustifiée : les reptiles ont un métabolisme complètement différent du nôtre et leurs organes peuvent continuer à palpiter longtemps après leur mort. Dans quelques rares cas, j’ai même pu voir des spasmes plus de 24 heures après que l’animal a été abattu… Le crocodile était mort de chez mort, mais quand on l’a ouvert, on s’est rendu compte que le cœur battait encore faiblement !

Les peaux de crocodiles ont tellement de valeur qu’il est hors de question de commencer à découper un animal qui montre des signes de spasmes après son abattage. C’est pourquoi on laisse généralement les crocodiles dans une chambre froide pendant une nuit avant de les dépecer. La peau du ventre est de loin la partie la plus précieuse du crocodile du fait de sa texture et de ses motifs ; c’est vraiment la crème de la crème. Les élevages de crocodiles en Australie vendent des peaux à tous les grands noms de l’industrie du luxe : Louis Vuitton, Gucci, Hermès.

Mais c’est loin d’être un business où on devient riche rapidement ! Nos coûts d’exploitation sont très hauts parce que les crocodiles ne mangent que de la viande… et vraiment beaucoup de viande : leurs rations représentant 40 % à 50 % de notre budget ! Quant au prix de la peau d’un ventre de crocodile, je ne peux pas vous révéler le montant exact mais ça tourne entre 500 et 1 000 dollars, selon sa taille et sa qualité.

En Australie, nous vendons à la fois la peau et la viande des crocodiles. On utilise également les dents pour faire de petits bijoux très populaires chez les touristes. En revanche, en Asie, tout est bon dans le crocodile ! Même les os, les organes intérieurs et le sang sont utilisés pour leurs vertus médicales. En Thaïlande, vous pouvez même trouver des capsules énergétiques à base de sang de crocodile – c’est un remède traditionnel autorisé par les autorités sanitaires."

La dernière enquête de PETA sur le commerce des peaux exotiques en Indonésie (ATTENTION : ces images peuvent choquer)