Ancienne église espagnole à El Jadida, ville côtière à 96 km de Casablanca. Photo publiée par khalid_2008 sur Flickr le 21 juillet 2008.

Le 8 mars dernier, le Maroc a renvoyé 16 travailleurs étrangers accusés de faire du prosélytisme auprès d’enfants défavorisés ou orphelins. Cette expulsion intervient dans un climat de plus en plus hostile aux chrétiens installés dans le royaume chérifien.

Ces dernières semaines, une trentaine de chrétiens, des religieux et des travailleurs sociaux, ont été expulsés du Maroc. Parmi eux, 16 personnes qui travaillaient dans le Village de l’espérance (Village of Hope), un orphelinat situé à Aïn Leuh (province d’Ifrane dans l’Atlas). Ouvert depuis dix ans, ce centre n’avait pourtant pas posé de problème jusque-là. Ses membres s’étaient même engagés par écrit à ne pas faire de prosélytisme pendant toute la durée de leur séjour. Dans un communiqué publié sur son site, l’organisation Village of Hope explique donc que l’expulsion de ses membres est juridiquement "sans fondement" et "complètement injuste".

Plusieurs organisations évangélistes américaines se sont installées dans le pays depuis 2002. Selon les médias locaux, quelques centaines de Marocains se seraient convertis depuis leur arrivée. Selon l’organisation World Christian Database (WCD), le christianisme est désormais la religion au taux de croissance le plus élevé au Maroc. Son rapport avance par ailleurs que, parmi les chrétiens marocains, 80 % sont protestants.

La loi marocaine punit le délit de prosélytisme de six mois à trois ans de prison et d’une amende de 100 à 500 dirhams (9 à 45 euros).

Sentiment anti-chrétien à Meknès

 

La croix qui était posée à l’entrée d’un centre de langues catholique dans la médina de Meknès a été récemment arrachée. Photo publiée sur le blog The Moroccan Dispatches, le 23 mars 2010.

Photos du Village de l'espérance

Deux des travailleurs sociaux expulsés, aux côtés d'enfants de l'orphelinat. Photo publiée sur le site du Village de l'espérance.

Remise des diplômes en juillet 2009 pour les enfants qui ont terminé leur formation préscolaire. Photo publiée sur le site du Village de l'espérance.

Les enfants de l'orphelinat accueillant le roi du Maroc en visite à Aïn Leuh, en février 2007. Photo publiée sur le site du Village de l'espérance.

Les enfants de l'orphelinat accueillant le roi du Maroc en visite à Aïn Leuh, en février 2007. Photo publiée sur le site du Village de l'espérance.

"En expulsant les travailleurs sociaux d'Aïn Leuh, le gouvernement a voulu courtiser les islamistes"

Najib Chaouki est journaliste et blogueur à Rabat. Il milite pour la protection des libertés individuelles, dont celle portant sur l’appartenance religieuse.

Les évangélistes font du prosélytisme dans plusieurs pays et c’est vrai qu’ils sont également actifs au Maroc. Dans les rues de Tanger, par exemple, on en voyait distribuer aux passants des brochures et des cassettes sur le christianisme. Mais lorsque les expulsions ont commencé il y a 14 mois, ils ont fait profil bas et ont concentré l’essentiel de leur activité sur le Net.

Le prosélytisme de ces organisations a fait naître un sentiment anti-chrétien. Les dernières expulsions d'Aïn Leuh en témoignent. Pourtant, dans ce village, les travailleurs sociaux élevaient les enfants de mères célibataires ou rejetés par leurs familles. Il est vrai que ce sont des chrétiens pratiquants, mais cela ne signifie pas qu’ils évangélisaient les enfants. Si des musulmans pratiquants partaient aider les enfants d’Haïti, est-ce qu’on dirait qu’ils risquent d’ébranler la foi des petits Haïtiens ?

En expulsant les travailleurs sociaux d'Aïn Leuh, le gouvernement a voulu courtiser les islamistes, dont le discours rejette les non-musulmans. L’Etat tente ainsi de couper l’herbe sous les pieds des fondamentalistes. Je pense pour ma part qu’expulser des chrétiens, même ceux qui font du prosélytisme auprès d’adultes, est une forme de despotisme politique. Au Maroc, les musulmans appellent tous les jours leurs compatriotes juifs à se convertir à l’islam. Pourquoi l’Etat ne s’inquiète-t-il pas pour la foi des juifs marocains ? Et y a-t-il une loi pour empêcher ces tentatives d’ébranler la foi des juifs ?

L’Etat ne doit pas décider à notre place quelle religion embrasser, c’est une forme de tutelle digne des siècles de l’obscurantisme."

Ambiance à l'orphelinat à l'annonce du départ des travailleurs sociaux

Vidéo publiée par SaveVillageOfHope sur YouTube, le 18 mars 2010.