MALAWI

Le paysan génial du Malawi

Frederick Miska est paysan au nord du Malawi. Il a quitté l'école à 10 ans. Pourtant, il a le don d'améliorer son quotidien en fabriquant de ses propres mains des objets technologiques et innovants. Son secret : la persévérance. Notre Observatrice l'a rencontré...

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Frederick Miska est paysan dans le nord du Malawi. Il a quitté l'école à 10 ans. Pourtant, il a le don d'améliorer son quotidien en fabriquant de ses propres mains des objets technologiques et innovants. Son secret : la persévérance.

La ferme de Frederick Miska se trouve sur le plateau de Nchenachena, à 2803 mètres d'altitude, dans la vallée de Henga, à l'est du lac Malawi. 

Frederick fabrique lui-même, avec le matériel qu'il a sous la main, les outils technologiques dont il a besoin et qui ne sont pas disponibles dans sa région. Dernièrement, cet innovateur infatigable a mis au point un chargeur artisanal pour son téléphone portable, une machine pour asperger ses cultures de pesticides, et des toilettes qui produisent de l'électricité.

"Il m'a dit : 'J'ai essayé, essayé et essayé, jusqu'à ce que ça fonctionne'"

Mzamose Gondwe est originaire du nord du Malawi. Elle suit actuellement une formation scientifique à Perth, en Australie. Elle a rencontré Frederick Miska en février et a raconté son histoire sur son blog, "Africa science heroes".

Frederick Miska vit dans un très beau village. Le sol y est riche et une rivière coule dans les environs, mais il a du mal à vivre de ses cultures. Les technologies modernes mettent du temps à arriver dans ce coin reculé.

Ce sont dans les petits magasins qui portent l'enseigne de l'opérateur de télécommunication Zain que les habitants viennent recharger leurs téléphones portables fabriqués en Chine, car seuls les plus riches ont profité du programme d'accès au réseau électrique.

Alors, pour ne pas être en reste, Frederick s'est attelé à la tâche. Il a fabriqué de ses propres mains des toilettes qui produisent du biogaz [gaz produit par la fermentation de matières organiques animales ou végétales dans un environnement privé d'oxygène]. Avec ce biogaz, il génère de l'électricité pour son bureau. Puis, avec cette électricité, il recharge son téléphone et allume son ventilateur, fait maison lui aussi.

J'attendais devant sa maison rouge, très ordonnée, quand je l'ai vu arrivé pieds nus, un sarcloir sur l'épaule. Il avait le corps d'un homme qui a passé des années à travailler la terre et les cheveux ébouriffés comme après une matinée dans les champs. Il m'a accueillie avec un grand sourire poli et légèrement édenté.

Quand je lui ai demandé ce qui l'avait motivé, il a répondu : 'En regardant autour de moi, j'ai vu que certaines choses me manquaient, alors j'ai étudié les objets fournis par le gouvernement. Et je les ai fabriqués moi-même, après de nombreux essais et beaucoup d'erreurs. J'ai essayé, essayé et essayé jusqu'à ce que ça fonctionne.'

Et ça fonctionne. Frederick est un héros de la science. Il a utilisé autant que possible les matériaux locaux. Ses toilettes écologiques utilisent, entre autre, une branche de mululuzga [un arbre qui produit de l'acide], une demi cuillère de thé, du maïs et une boîte de Chibuku [bière] vide.

Un brumisateur manuel de pesticides fonctionnant avec une batterie.

Il a été nommé par le gouvernement pour aider des gens des environs à améliorer leur ferme. Sur sa table branlante, dans son bureau bien ordonné, étaient posés des livres d'exercices et une bible usée. Et, rangées dans un coin, il y avait des pièces de ses inventions inachevées.(....)

 

 

Frederick dans le bureau où il enseigne. Photo : Self Help Africa.

Les noms des fermes et des associations locales avec lesquels il a travaillé sont affichés sur son mur.

Ca m'a attristé quand il m'a dit : 'Les fermiers ne contribuent pas au développement national, seuls ceux qui sont éduqués y participent'. Avec mon très faible niveau en tumbuka [langue de la famille du bantou], j'ai eu du mal à lui dire que même si l'éducation est importante, sans éducation on peut avoir de la valeur pour une société et on peut aider notre famille, notre communauté ou notre pays. 

Et je me suis décomposée quand il m'a dit qu'il avait démonté ses toilettes au biogaz parce qu'il avait eu peur d'aller en prison. Il avait entendu qu'un jeune du sud du pays, qui avait arrêté l'école vers 12 ans, avait été arrêté après avoir créé une radio communautaire. Ce que Frederick n'avait pas compris, c'est que le jeune garçon avait été arrêté pour avoir fait fonctionner une radio sans licence.

On dit que 'la nécessité est mère de l'innovation', et j'ajouterais : 'de l'invention' ! Dans un concours de créativité entre les citadins et les ruraux d'Afrique, d'après mon expérience, je dirais que les paysans seraient de loin les  grands vainqueurs. En ville, quand on a besoin de quelque chose, on économise et on l'achète ; à la campagne, on le fabrique. (...)"

 

 

Frederick a construit un poulailler en hauteur spécialement pensé pour pouvoir recueillir les œufs et le fumier. Photo : Self Help Africa.

Ce petit film a été tourné par Mzamose Gondwe.