ISRAËL - TERRITOIRES PALESTINIENS

Les violences à Jérusalem vues par nos Observateurs

Des manifestants palestiniens et des policiers israéliens se sont affrontés ce matin à coups de pierres et de balles en caoutchouc dans plusieurs quartiers de Jérusalem-Est. Nos Observateurs sur place, Israéliens et Palestiniens, nous expliquent comment ils perçoivent ce regain de violence au cœur de la Ville Sainte. Lire la suite...

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Affrontements à Jérusalem-Est. Photo postée sur le forum Arabbab.

Des manifestants palestiniens et des policiers israéliens se sont affrontés ce matin à coups de pierres et de balles en caoutchouc dans plusieurs quartiers de Jérusalem-Est. Nos Observateurs sur place, Israéliens et Palestiniens, nous expliquent comment ils perçoivent ce regain de violence au cœur de la Ville Sainte.

Contrairement à Jérusalem-Ouest située en Israël, Jérusalem-Est fait partie des Territoires palestiniens. Depuis la fin du mois de février, plusieurs affrontements ont eu lieu dans la Vieille Ville (située à Jérusalem-Est) où se trouvent les hauts lieux spirituels du judaïsme et de l'islam.

Les Palestiniens de Jérusalem ont d'abord réagi à la décision du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahoud'inclure des lieux saints de Cisjordanie au patrimoine national israélien. Des tensions exacerbées par l'inauguration, lundi 15 mars, de la synagogue de la Hourba, reconstruite dans la Vieille Ville, à proximité de l'Esplanade des mosquées.

Enfin, la décision du gouvernement israélien de relancer la construction de 1600 logements à Jérusalem-Est, après cinq mois de gel des constructions des colonies, a achevé d'attiser la colère des Palestiniens. 

Trois mille policiers israéliens ont été déployés dans la Ville Sainte ce matin en vue de possibles affrontements. Deux membres des forces de l'ordre et 16 manifestants ont été blessés et plusieurs arrestations ont eu lieu.

"Les Palestiniens ont pris comme une provocation le fait que le dôme de la synagogue soit plus haut que le dôme du Rocher"

Ariel Woolf est professeur dans une école rabbinique à Efrat, une colonie proche d'Hébron.

Je ne suis pas surpris de la réaction violente des Palestiniens de Jérusalem-Est. Depuis quelques temps, les tensions se sont ravivées et notamment depuis l'annonce de Netanyahou d'inscrire le caveau des Patriarches à Hébron et le tombeau de Rachel à Bethléem au patrimoine national israélien, deux lieux considérés comme saints dans la religion musulmane.

En ce qui concerne la synagogue Hourba, je ne crois pas que la rouvrir soit une provocation de la part d'Israël, mais dès que l'on touche aux lieux saints de cette ville, les esprits s'échauffent. Par ailleurs, cette synagogue n'est pas nouvelle, elle a juste été rénovée, mais elle existe depuis 1700.  Et les Palestiniens ont pris comme une provocation le fait que le dôme de la synagogue soit plus haut que le dôme du Rocher de la mosquée Al-Aqsa. Mais est-ce vraiment important ?

L'accès à la Vieille Ville a dû être bloqué comme à chaque fois qu'il existe des risques d'insécurité. Les forces de sécurité ne veulent pas que les gens qui prient au Mur des lamentations essuient des jets de pierre et je les comprends.

En ce qui concerne la reprise des constructions dans Jérusalem-Est, Benjamin Netanyahou avait fait un geste en novembre  pour que l'on gèle les constructions mais depuis, les négociations n'ont pas repris. Guilad Shalit n'a pas été libéré et les autorités palestiniennes n'ont rien fait pour faire avancer le processus de paix, donc pourquoi arrêter ces constructions si nous n'avons rien en retour."

"Les Israéliens peuvent aller prier à la synagogue de la Hourba alors que seuls les Palestiniens de plus de 50 ans peuvent rentrer à la Mosquée Al-Aqsa"

Abdel Fatah Iskafi tient un commerce à l'entrée de l'une des portes de la Veille Ville de Jérusalem. Sa famille vit à Sheikh Jarrah, un autre quartier de Jérusalem-Est. Une procédure d'expulsion a été engagée contre elle.

L'ambiance est électrique dans toute la ville. L'accès à la Vieille Ville est bloqué depuis plus d'une semaine. Toutes les portes de la ville sont fermées à l'exception d'une seule. Seuls les résidents peuvent y entrer mais si vous désirez rendre visite à votre mère malade ou vous rendre au souk de la Vieille Ville, vous ne pouvez pas y accéder. Les commerçants du quartier ne peuvent pas non plus se rendre sur leur lieu de travail s'ils sont jeunes.

Hier, les Israéliens ont inauguré la synagogue de la Hourba dans le quartier juif. Ils y entrent facilement alors que les Palestiniens qui désirent prier à la mosquée Al-Aqsa ne peuvent rentrer à moins d'avoir plus de 50 ans. Cette situation est insupportable.

Les négociations sont au point mort et les colonies fleurissent partout. Ils veulent nous déraciner de cette terre. Une épuration ethnique est en cours. Les constructions de nouvelles colonies n'ont pas connu de halte, les impôts qu'on nous impose sont trop élevés, les jeunes et les étudiants sont systématiquement contrôlés et nos femmes sont harcelées. 

Les affrontements d'aujourd'hui ne sont pas une surprise. Ces jeunes ne répondent pas à l'appel du Hamas [qui a appelé à une journée de colère le 16 mars] . Nous n'attendons l'appel de personne, ni du Hamas ni du Fatah, pour exprimer notre ras-le-bol. Nous avons tout perdu, advienne que pourra mais ici, c'est notre terre."