TERRITOIRES PALESTINIENS

Les agriculteurs de Gaza repoussés toujours plus loin de la frontière israélienne

En mai 2009, l'armée israélienne a élargi la "zone tampon" entre Israël et Gaza. Il est, depuis lors, formellement interdit aux Gazaouis de cultiver les terres se situant à moins de 300 mètres de la frontière. Un agriculteur palestinien nous raconte que la zone interdite va, en réalité, bien au-delà.

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Photo : Eva Bartlett.

En mai 2009, l'armée israélienne a élargi la "zone tampon" entre Israël et Gaza. Il est, depuis lors, formellement interdit aux Gazaouis de cultiver les terres se situant à moins de 300 mètres de la frontière. Un agriculteur palestinien nous raconte que la zone interdite va, en réalité, bien au-delà.

La "zone tampon", ou "hot zone" pour les Israéliens, était autrefois recouverte de champs d'oliviers et de blé. Depuis 1995, près de 30 % des terres agricoles de Gaza auraient été interdites à la culture.

FRANCE 24 a contacté l'armée israélienne pour lui proposer de réagir aux commentaires publiés dans ce billet. Nous l'actualiserons si nous obtenons une réponse. Nous invitons nos Observateurs israéliens à nous faire parvenir leur contribution sur ce sujet.

Actualisation 16/03/2010, 17h22 : Une porte parole de l'armée israélienne a affirmé qu'aucune opération n'avait eu lieu dans la zone d'Abu Taima ce jour là. Elle ajoute que, depuis le retrait des troupes en 2005, Gaza est une entité indépendante mais que la menace terroriste persistante a obligé l'armée israélienne à mettre en place une zone de protection de 300 mètres à la frontière ouest de la bande de Gaza.

"Arrêtez de tirer, nous sommes des civils non armés"

Tirs de soldats israéliens contre des cultivateurs à Abassan Jedida, dans le sud-est de la bande de Gaza, en février 2009. Vidéo de l'International Solidarity Movement.

"Cette zone était considérée comme la terre la plus généreuse de la bande de Gaza"

Eva Bartlett est membre du Mouvement de solidarité internationale pour Gaza et tient le blog In Gaza. Elle est allée photographier les dégâts sur la terre d'Abu Taima.

La création d'une première zone de 50 mètres de large a été décidée par un accord israélo-palestinien signé en 1995. Après le début de la seconde Intifada, en septembre 2000, la zone a été élargie à 150 mètres. Et, en mai 2009, l'armée israélienne a dispersé des milliers de prospectus dans les zones frontalières pour prévenir les habitants de rester à une distance d'au moins 300 mètres de la ligne de démarcation, sous peine de se faire tirer dessus. En réalité, la zone tampon va jusqu'à deux kilomètres dans certaines zones du nord de la bande de Gaza [Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, la zone tampon fait aujourd'hui 2 km de large dans le nord et 800 mètres à la frontière Est de Gaza].

Cette zone considérée auparavant comme la terre la plus généreuse de la bande de Gaza, parce qu'elle faisait vivre de très nombreuses familles, est aujourd'hui un 'no man's land'. Le périmètre interdit est flou et les agriculteurs se font régulièrement tirer dessus.

Depuis le début du blocus en janvier 2008, l'ONU a estimé que 33 civils palestiniens ont été tués, parmi lesquels 11 enfants, dans des incidents survenus dans et à proximité de la zone tampon. "

Photo postée ici

C'est par des tracts jetés par des avions de l'armée israélienne qu'en mai 2009, les habitants des zones frontalières de Gaza ont été prévenus qu'ils n'avaient pas le droit de s'approcher à moins de 300 mètres de la barrière qui délimite la zone tampon.'Aux habitants de Gaza, l'IDF [Forces de défense israéliennes, ndlr] vous met à nouveau en garde de ne pas vous approcher à moins de 300 mètres de la barrière. Quiconque s'approche se met en danger puisque l'IDF prendra les mesures nécéssaires pour l'en éloigner, y compris tirer des coups de feu si besoin.'" 

"Ils ont saccagé mes terres et mes cultures"

Abu Nasser Abu Taima est agriculteur à la frontière sud-est entre Gaza et Israël.

Le 7 mars, quatre bulldozers, trois chars et des jeeps de Tsahal ont saccagé mes terres et mes cultures. Sur leur passage, des oliviers, des champs de blé, de courgettes et des cornes grecques ont été rasés.

 

Photo : Eva Bartlett.

Ils sont arrivés à l'improviste et sans raison apparente. Mes terres sont situées à Abu Taima, près de Khan Younès, à 700 mètres de la limite de la zone tampon. Personne n'a toutefois ouvert le feu, peut-être parce qu'à ce moment-là, une délégation de l'International Solidarity Movement était chez moi. Les Israéliens font ce qu'ils veulent à proximité de cette zone. Personne ne les arrête.

Photo : Eva Bartlett.

Mes terres sont tout ce qui me reste. Les forces israéliennes ont démoli ma ferme en 2003, puis ma maison durant la guerre de décembre 2008. J'ai une famille nombreuse à nourrir et mes terres sont mon unique gagne-pain.

Nous essuyons très souvent des coups de feu lorsqu'on travaille sur nos champs. En 2003, les Israéliens ont même tiré sur mon âne et ils l'ont tué. S'ils croient nous faire partir, ils se trompent. Nous sommes enracinés sur cette terre et nous préférons mourir que la quitter."

Photo : Eva Bartlett.

Photo : Eva Bartlett.

Photo : Eva Bartlett.