TURKMÉNISTAN

Le culte du "président à vie" balayé par son successeur

Le Turkménistan se débarrasse enfin des innombrables monuments érigés à l'effigie de l'ancien dictateur Saparmurat Niyazov. Le pays serait-il en train d'enterrer le culte du Turkmenbashi, "le chef de tous les Turkmènes", un homme tellement obsédé par sa personne qu'il a rebaptisé le mois d'avril du nom de sa mère ? Lire la suite... 

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Monument à l'effigie de Turkmenbashi, Ashgabat. Postée par Mirka Duijn sur Flickr.

Le Turkménistan se débarrasse enfin des innombrables monuments érigés à l'effigie de l'ancien dictateur Saparmurat Niyazov. Le pays serait-il en train d'enterrer le culte du Turkmenbashi, "le chef de tous les Turkmènes", un homme tellement obsédé par sa personne qu'il a rebaptisé le mois d'avril du nom de sa mère ? 

Quand l'actuel président turkmène,Berdymukhamedov>, a déclaré, en janvier, que l'Arche de la Neutralité - une tour de 75 mètres de haut construite au cœur de la capitale Ashgabat - serait déplacée, il ne parlait pas de n'importe quel monument.

La tour en question est surplombée d'une statue de Saparmurat Niyazov recouverte de feuille d'or et dont la rotation suit le mouvement du soleil.  

Autoproclamé "président à vie", Niyazov a dirigé le Turkménistan d'une main de fer de 1985 à 2006 et le déplacement de cette statue est un pas vers le démantèlement du culte de sa personnalité.

Le pays est aussi parsemé de monuments construits en l'honneur de "Ruhnama" (le "Livre de l'Ame"), le "guide spirituel de la nation" écrit par Niyazov, un ouvrage qui était lu dans les écoles, les universités et les institutions gouvernementales.

Le successeur du Turkmenbashi s'est déjà débarrassé de bon nombre de ses excentricités. Depuis 2008, les mois de l'année ont retrouvé leur nom original, des noms que Niyazov avait remplacés par des références aux "symboles nationaux". "Turkmenbashi" est redevenu "janvier". "Avril" n'est plus "Gurbansoltan", le nom de la mère de Niyazov, et "Ruhnama" a retrouvé son premier nom, "septembre".

Mais les souvenirs du premier président sont encore nombreux. Le plus grand port de la mer Caspienne, qui portait à l'origine le nom de Krasnovodsk, reste Turkmenbashi. Et une partie de l'héritage du Turkmenbashi n'est pas près d'être effacée, il s'agit de la copie de "Ruhnama", envoyée dans l'espace à bord d'une fusée russe en 2005.

L'Arche de la Neutralité, Ashgabat. Postée par Mikhail Perfilov sur Flickr.

Le gâteau "Ruhnama", Ashgabat.

"Le culte de la personnalité reste inchangé, seule la personne est différente"

Annasoltan écrit un blog à propos du Turkménistan sur le site Neweurasia.net.

Il semblerait que beaucoup de gens dans le monde pensent que le président Berdymukhamedov est en train d'effacer le culte de Niyazov. Mais pendant que l'Arche de la Neutralité est démantelée, un autre monument, plus grand et plus cher encore, est érigé à l'effigie de Berdymukhamedov dans une autre partie de la capitale.

Et dans la droite lignée de Niyazov, de gigantesques posters du président actuel décorent les rues, les bâtiments publics et les écoles de tout le pays.

Un statue du père du président, qui est toujours en vie, a été installée à Ashgabat. Le culte de la personnalité reste inchangé, seule la personne est différente.

Le président est décrit comme un surhomme bénéficiant de pouvoirs spéciaux et ayant pour mission de protéger le pays. Ainsi, tout ce que lui, ou son proche entourage, fait est justifié. Mais le culte de la personnalité, c'est bien plus subtil que l'idolâtrie d'un homme. On nous dit qu'être turkmène nous donne un statut spécial, nous sommes spirituellement différents, voire supérieurs aux autres peuples. Et ceux qui ne sont pas d'accord avec cette philosophie sont considérés comme des membres de l''opposition' ou comme des 'ennemis de l'intérieur'.

Ce qui n'a pas changé depuis Niyazov, c'est que les Turkmènes continuent à vivre dans la pauvreté et la privation. Comme avant, nous subissons la répression politique et un contrôle stricte dans tous les domaines de la société.

En ce qui concerne les réformes de Berdymukhamedov, ses promesses sur la vie politique, la société civile et les libertés des gens n'ont pas été tenues. La seule chose révolutionnaire qu'il ait faite, c'est d'étendre Internet à tout le pays. Mais même cette avancée reste fragile. S'il le souhaite, il peut revenir à tout moment sur ces changements.

Les nombreux reportages sur le culte de la personnalité au Turkménistan ont ridiculisé le pays et l'ont relégué au rang des pays absurdes qui ne méritent aucune considération. Mais derrière cette image grotesque se cache une triste réalité : les problèmes de drogue, de chômage chez les jeunes, de corruption, de persécution et le manque de structures éducatives sans compter la dégradation de l'environnement. Voici les vrais problèmes des gens."

Fontaine Turkmenbashi, Ashgabat. Postée par Mirka Duijn sur Flickr.

La librairie Ruhnama, sur la rue Turkmenbashi, à Ashgabat. Postée par Sarah Byers sur Flickr.

La statue rotative de Niyazov. Postée par Mikhail Perfilov sur Flickr.

Turkmenbashi. Postée par Martijn Munneke sur Flickr.

Monument à l'effigie de Niyazov et de son livre, à Turkmenabad. Postée par "bilwander" sur Flickr.

L'Arche de la Neutralité, Ashgabat. Postée par "caramel" sur Flickr.

Turkmenbashi sur les billets turkmènes. Postée par Sarah Byers sur Flickr.

Bibliothèque National, Ashgabat. Postée par Daniel Noll sur son site web

Monument à l'effigie de Niyazov, Ashgabat. Postée par François-Olivier Dommergues sur Flickr