Les militants du mouvement vert ont pris l'habitude de tagger les murs de Téhéran pour exprimer leur opposition au gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad. Mais c'était sans compter sur les milices bassidji qui lui ont déclaré une "guerre des murs" en repeignant en noir ses messages.

"Les taggueurs protestataires ne sortent que la nuit par peur d'être arrêtés, mais les bassidji agissent en plein jour"

Alireza est journaliste et artiste, il vit à Téhéran.

Écrire des slogans sur les murs est une tradition en Iran. À chaque fois que la liberté d'expression est réduite, on s'exprime avec des bombes de peinture. C'est précisément ce qu'il s'est passé durant la Révolution islamique de 1979, mais le message des révolutionnaires d'alors était radical. Les revendications exprimées sur les murs par le mouvemenst vert sont beaucoup plus mesurées. Pour eux, il s'agit juste d'un moyen de dire : "On est toujours là". Ces slogans verts sont dessinés depuis l'élection présidentielle de juin 2009.

Mais les bassidji font de leur mieux pour cacher ces messages. Chaque semaine, ils parcourent les rues armés de peinture noire et caviardent, détournent  les graffitis du mouvement vert ou inscrivent des slogans pro-gouvernementaux. Le lundi, on peut voir sur un mur un slogan vert, et le même une semaine après recouvert d'un message d'amour au guide suprême Ali Khamenei !

Les taggueurs protestataires ne sortent que la nuit pour s'attaquer aux murs de Téhéran, par crainte d'être arrêtés. En revanche, les bassidji, eux, agissent en plein jour. Je n'ai jamais entendu parler d'arrestations chez les auteurs de slogans verts, peut-être parce qu'ils sont très prudents, qu'ils tagguent dans des rues discrètes où ils ont moins de chance de se faire prendre. Mais ils sont de plus en plus intrépides, et des slogans apparaissent aussi sur les murs de grandes artères. Les commerçants et les riverains n'essaient pas de les empêcher d'agir, ils collaborent passivement.

Alireza nous a envoyé de Téhéran ces photos et leurs descriptions :

Le "V", symbole largement utilisé par le mouvement vert, est ici détourné en "WC"...

"Moussavi" [l'un des leaders de l'opposition, Mir Hossein Moussavi].

"Soutien à Moussavi."

Après caviardage, impossible de déchiffer le slogan inscrit sur cette cabine téléphonique.

Le slogan écrit en vert a été recouvert par : "'Salout'[longue vie] à toi Khamenei, que nous adorons".

"Je me sacrifierai pour mon leader" (à gauche). Sur la droite, le "V" de l'opposition a été transformé en étoile de David.

Le même mur un peu plus tard : les taggueurs verts sont repassés et ont recouvert l'étoile de David, ainsi que le slogan (à gauche) écrit par les bassidji : "Lorsqu'un Bassidji meurt, il emporte sa dignité avec lui".

Le slogan "Soutien à Khamenei", caviardé.

Une bille de peinture verte a visé ce tag, qui signifie : "Je mourrai pour mon leader Khamenei."

"V = WC".

La main, traditionnel symbole révolutionnaire. Il y a 30 ans déjà, lors de la Révolution islamique, elle était utilisée comme symbole de résistance.

Les militants du mouvement vert remplissent de peinture des sacs en plastique qu'ils explosent ensuite contre des murs.

"Soutien à Karroubi" [l'un des leaders de l'opposition, Mehdi Karroubi].

Une méthode légèrement plus sophistiquée consiste à recouvrir les slogans de peinture blanche...

"Le jour des étudiants est vert", disait ce tag barré de noir.

Un message vert caviardé sur un abribus.

Inscriptions rendues illisibles... à proximité d'une école de Téhéran.