Sur cette photo, on voit des gens dormir dans un hôpital pour être certains de pouvoir acheter, le lendemain matin, un ticket donnant droit à un rendez-vous avec un médecin. Pourtant, aucun d’entre eux n'a l'intention de se faire soigner. Ils travaillent pour des revendeurs qui achètent tous les billets et se chargent ensuite de les revendre, moyennant un supplément, à ceux qui ont vraiment besoin d'une consultation.

Dans certains hôpitaux chinois, pour voir un médecin, il faut retirer un ticket à la réception. Ce sésame est payant, il permet de couvrir les frais de la visite. Mais certaines personnes ayant fréquenté l'hôpital de Tongji, dans la province de Hubei, affirment qu'il est désormais impossible de se procurer un ticket légalement. Un système de marché noir s'est mis en place et tous les billets disponibles à la réception sont vendus avant que le grand public ait pu en acheter. Notre Observateur Wang Haofeng a publié sur son blog des photos illustrant ces pratiques.

Photo prise l'été dernier. Des gens payés par les revendeurs dorment devant la réception de l'hôpital.

Photo prise cet hiver. Il est écrit : "Les revendeurs ont presque tous les tickets, ils en tirent beaucoup d'argent."

Devant l'hôpital en hiver. Il est écrit : "Les receleurs revendent des tickets."

"Un revendeur gagne au moins 20 yuans (2 euros) par ticket sans rien faire"

Wang Haofeng est un journaliste indépendant de Wuhan. Il s'est rendu à Tongji pour dénoncer le système des revendeurs.

Un ticket donnant droit à une visite chez le docteur coûte généralement 9 yuans (environ un euro) au guichet, 40 yuans auprès d'un revendeur. Ces derniers emploient, pour 10 yuans, des mendiants qui doivent passer la nuit à l'hôpital pour acheter tous les billets à l'ouverture des guichets. Un revendeur se fait ainsi au moins 20 yuans par ticket. Sans rien faire. Un patient rencontré devant l'hôpital m'a dit qu'il n'avait pas le choix et qu'il devait impérativement s’acheter un ticket, quel que soit le prix.

Les mendiants embauchés pour faire la queue font comme les gens qui veulent se procurer un billet pour un concert très demandé, ils campent devant les guichets en attendant qu'ils ouvrent.

Les médecins m'ont indiqué qu'ils n'étaient pas responsables de ce système. Certains affirment qu'ils sont de mèche avec les revendeurs, mais il n'y a aucune preuve de ces accusations."