Depuis que la plus importante chaîne d'opposition, Radio Caracas Télévision (RCTV), a été interdite de diffusion par le gouvernement d'Hugo Chavez, des manifestations sont organisées quotidiennement par des étudiants vénézuéliens. Et tous les jours la violence monte d'un cran. Deux étudiants ont déjà trouvé la mort dans les affrontements, et plusieurs autres ont été blessés.

RCTV, la plus ancienne chaîne du pays, était dans le collimateur de Chavez depuis plusieurs années. En 2007 déjà, le président vénézuélien, qui accusait les journalistes de RCTV d'avoir soutenu une tentative de putsch contre lui, n'avait pas renouvelé la licence hertzienne de la chaîne. Elle s'était depuis réfugiée sur le câble.

Mais après deux années de répit, la chaîne a été définitivement retirée de la télévision vénézuélienne dimanche dernier, accusée de ne pas avoir respecté une nouvelle règlementation qui l'oblige à diffuser les allocutions présidentielles.

Au lendemain de cette décision, des étudiants pro et anti-Chavez sont descendus dans les rues de Caracas et de plusieurs villes de provinces pour soutenir ou contester la décision du président. A Merida, deux étudiants ont trouvé la mort en début de semaine. L'un d'entre eux aurait été pris à partie par des militants de l'opposition "qui l'ont lâchement attaqué", selon les autorités

Les étudiants anti-Chavez communiquent essentiellement via Twitter pour organiser les rassemblements qui ont lieu tous les jours depuis dimanche dernier. A plusieurs reprises, ils ont été dispersés par du gaz lacrymogène et des tirs de balles en plomb. Des photos de blessés font régulièrement leur apparition sur les réseaux sociaux.

Un stade entier crie "Chavez, t'es sur la touche !"

Postée surYouTube par Noalcommunismo

Lors de la finale de baseball qui s'est déroulée le 24 janvier dernier à Caracas, le public scande "RCTV, RCTV", "Dictatura" et "Sucios" ("Pourris") en s'adressant aux nombreux gardes postés dans le stade. Sur des pancartes, il est écrit "Chavez esta ponchao" ("Chavez, t'es sur la touche").

Rassemblement des employés de la RCTV à Valencia

Mardi 26 janvier, des employés de RCTV manifestent à Valencia, dans le quartier d'Altamira. Postées sur Tweetpic.

À Puerto La Cruz, sur l'avenue Principal de Lecheria

Le 27 janvier 2010 à Porto La Cruz.Postées sur Facebook par Ulises Rivero. Ces photos lui ont été envoyées par des amis de Porto Vera Cruz.

À Caracas, hier

Caracas, le 28 janvier 2010.Postées sur Facebook par Ulises Rivero qui a assisté à la manifestation.

Manifestations sous haute tension à Valencia

Postée sur YouTube par Namirkb.

Mardi, des étudiants dispersés par la garde nationale dans le quartier d'El Trigal à Valencia, de la province Carabobo. On peut entendre le bruit de tirs de balles de plomb. La personne qui a publié la vidéo sur YouTube écrit : "Il nous ont couru après dans toute la zone comme si nous étions des criminels, alors que nous manifestions pacifiquement."

Photos postées sur TweetPic par @GcMascolo

Des affrontements avec la garde nationale éclatent au cours de la manifestation dans le quartier d'El Trigal, à Valencia, mardi après-midi.

"Chavez a annoncé qu'il souhaitait contrôler les réseaux sociaux si les jeunes continuaient à en 'abuser'"

Tomás Hernández est un des leaders du mouvement étudiant de l'université catholique de Caracas. Il a assisté à deux des manifestations qui ont eut lieu cette semaine à Caracas.

Quand la diffusion de RCTV a été arrêtée pour la première fois en 2007, un mouvement d'une ampleur sans précédent s'est emparé du Venezuela. Les jeunes s'étaient peint les mains en blanc en signe de dissidence pacifique, pour montrer qu'ils n'avaient aucune arme. On a refait la même chose cette année.

Mais les dernières manifestations que nous avons organisées ne concernent pas seulement RCTV. La fermeture de cette chaîne, pour des raisons clairement politiques, n'a été que le déclencheur. Mais nous manifestons aussi contre l'augmentation de l'insécurité dans le pays, le rationnement de l'eau (l'eau est inaccessible deux jours par semaine), les fréquentes coupures de courant, et nous militons pour la défense des valeurs démocratiques.

Lundi, le cortège se dirigeait vers le bâtiment du comité national des communications, mais à quelques pâtés de maison de l'immeuble, nous avons appris qu'un grand groupe de militants pro-régime était déjà sur place. Nous avons alors décidé de prendre une autre rue pour éviter toute confrontation, mais le groupe a fini par nous retrouver. Il y avait un cordon de police entre nous mais les policiers n'ont absolument rien fait pour les empêcher de nous envoyer des pierres et d'autres objets. Mais dans les autres villes la police a tout fait pour empêcher les manifestations.

La fermeture n'a rien à voir avec le respect ou non de règles de diffusion, il s'agit simplement de faire taire ceux qui pensent différemment. Petit à petit, les espaces de communication ont été réduits à peau de chagrin. Chavez a même annoncé la semaine dernière que si les gens continuaient à "abuser" des réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook, des mesures devront être prises pour contrôler ces médias.

Ce qui dérange le plus le gouvernement, c'est qu'il n'a que très peu de soutien chez les jeunes. Et il n'a pas d'emprise sur les étudiants."

Postée sur YouTube par fardavari.

La manifestation de lundi à Caracas à laquelle a assisté Tomàs. Les "chavistas" sont en rouge.