ISRAËL

En Israël, on enterre même les "affiches sacrées"

Un réseau câblé israélien a accepté de retirer de la voie publique une campagne de publicité face à la grogne de certains rabbins : ces affiches contenaient des passages de la Torah. Plus grave, le nom de Dieu apparaîssait sur ces extraits, ce qui empêche de jeter purement et simplement les affiches à la poubelle.

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Image postée sur le blog The Muqata.

Un réseau câblé israélien a accepté de retirer de la voie publique une campagne de publicité face à la grogne de certains rabbins : les affiches de cette campagne contenaient des passages de la Torah. Plus grave, le nom de Dieu apparaîssait sur ces extraits, ce qui empêche de jeter purement et simplement les affiches à la poubelle.

Cette campagne d'affichage nationale fait la promotion de la 2e saison d'une série très populaire en Israël.Srugim raconte la vie de trentenaires célibataires, appartenant à la tendance sioniste religieuse (un srugim est un religieux qui porte une kippah tricotée) et qui recherchent l'âme sœur dans le quartier de Katamon, à Jérusalem. Mais les juifs orthodoxes n'aiment pas Srugim, et lorsque cette campagne a fait son apparition en Israël au début de l'année, ils ont sauté sur l'occasion pour demander la suppression de ces scandaleuses affiches.

Le diffuseur de Srugim, le bouquet satellite Yes, a rapidement accepté de les faire supprimer. Mais un autre problème s'est posé : vu que l'extrait de la Torah imprimé sur l'affiche incluait le nom de Dieu - mot sacré du judaïsme, qu'il est interdit de prononcer -, il devenait impossible de détruire ces panneaux selon la loi juive. Les affiches devaient donc être enterrées dans une geniza, un sanctuaire pour textes sacrés, a averti une organisation chargée de faire respecter cette tradition. Vendredi dernier, Yes a promis d'y procéder correctement.

Extrait d'un épisode de Srugim © Yes! Satellite Broadcasting.

"Saison 2. Tricotée - Et plutôt deux fois qu'une" : le slogan inscrit sur les affiches de Srugim fait référence à la kippa tricotée (kippah srugah, d'où le mot srugim), portée par les hommes, et à l'expression "Dieu vit que tout cela était bon", qui apparaît deux fois au 3e jour de la création du monde, dans l'Ancien Testament. Voir ici une version grand format de l'affiche.

Comment bien enterrer ses objets sacrés ?

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On trouve dans les rues israéliennes des réceptacles comme ci-dessus. Ils ressemblent  à d'autres containers à ordures et leurs contenus sont collectés par les autorités puis enfouis dans des endroits réservés, des genizas. Sur cette photo, la femme semble se plaindre que certaines personnes mettent dans ce container pour geniza des choses qui n'ont rien à y faire. Image postée sur Flickr par "Ask?

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Dans les écoles, on trouve des genizas pour enfants. Leurs contenus sont vidés et enterrés dans un cimetière à intervalles réguliers. Posté par le blogger David Bogner.

Maquette de l'intérieur d'une geniza. Beaucoup de synagogues en abritent une en sous-sol, accessible par une ouverture dans le plancher. Photo "photos8.com".

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Vue extérieure d'une geniza à Cuba. Posté sur Flickr par "arfried".

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On trouve souvent des genizas à proximité de cimetières, comme ici au cimetière Oheb Shalom, dans le New-Jersey. Posté sur le Newark History website.

“On écrit le nom de Dieu différemment pour éviter de tout devoir apporter à la geniza !”

Ariel Woolf est professeur dans une école rabbinique à Efrat, une colonie proche d'Hébron.

Avoir recours aux geniza peut sembler étrange lorsque l'on n'est pas habitué, mais pour nous il est tout à fait normal de se demander comment on doit se débarrasser de quelque chose qui contient du sacré. Et il ne s'agit pas seulement des livres, mais aussi des éléments vêstimentaires comme les tzitzit (les franges cousues aux manches des hommes). Lorsqu'elles sont trop usées, on ne les jette pas à la poubelle mais on les enterre dans une geniza.

Le nom de Dieu est ce qu'il y a de plus sacré dans le judaïsme - le prononcer vous envoie non pas au paradis ni en enfer, mais tout simplement nulle part. La seule personne a l'avoir jamais prononcé était Moïse, qui communiquait directement avec Dieu. Lorsque l'on évoque Dieu, on dira "Le Tout-Puissant" pour éviter d'avoir à dire son nom.

Mais comme il faut apporter à une geniza tout ce qui porte le nom de Dieu, pour éviter d'avoir à le faire trop souvent, on écrit ce nom différemment ou on utilise des intonations différentes. C'est le seul moyen pour que le support sur lequel on a écrit ce nom ne soit pas considéré comme sacré.

La série Srugim a fait pas mal de mécontents chez les juifs religieux, car les personnages sont juifs et praticqunts, mais on les voit désobéir à certaines règles : par exemple des hommes et des femmes qui ne sont pas mariés mais se touchent - ce qui est interdit dans le judaïsme, même si c'est courant. Je dirais aussi que cette série déplaît plus encore à certains parce qu'elle décrit finalement, assez fidèlement, la vie de certains juifs israéliens.

Le responsable de la série, Laizy Shapira, est lui-même pratiquant. Difficile donc de dire qu'il ne prévoyait pas d'envoyer ces affiches dans une geniza après cette campagne.