SRI LANKA

Un Tamoul se noie en tentant d'échapper à la police

Un homme de 26 ans souffrant de troubles mentaux s'est noyé durant une intervention policière en octobre dernier. La scène, qui a été filmée, a conduit à l'arrestation des agents impliqués. Mais deux mois plus tard, ils n'ont toujours pas été jugés. Lire la suite...

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Photo envoyée par Journalists for Democracy.

Un homme de 26 ans souffrant de troubles mentaux s'est noyé durant une intervention policière en octobre dernier. La scène, qui a été filmée, a conduit à l'arrestation des agents impliqués. Mais deux mois plus tard, ils n'ont toujours pas été jugés.

Le matin du 30 octobre 2009, la police reçoit une plainte au sujet de Balawarnam Sivakumar, un mécanicien d'éthnie tamoule originaire de la ville de Ratmalana, au sud de Colombo. L'individu aurait été aperçu en train de jeter des pierres sur des trains et de danser au bord de la route à moitié nu et de manière menaçante, dans un quartier de la banlieue de la capitale.

Selon la police, le marginal aurait jeté des pierres sur les policiers venus l'arrêter, avant de se ruer dans la mer. Deux civils rejoignent alors les policiers qui tentent de faire sortir Sivakumar de l'eau à coups de bâton. Sur les images on peut apercevoir le marginal supplier les officiers de le laisser rejoindre la terre, mais devant la menace des coups, il s'éloigne de plus en plus de la rive. Quelques instants après on peut voir son corps sans vie flotter sur l'eau.

Les images, filmées par un cameraman qui se trouvait par hasard dans un bâtiment le long de la côte, montrent également des dizaines de curieux rassemblés sur la berge. Le 1er novembre, après que la vidéo ait été remise à la presse locale, les trois officiers impliqués ont été arrêtés. Le processus d'identification des suspects qui les conduirait devant le juge a été repoussé à plusieurs reprises. Le dernier report en date remonte au 1er janvier, après le décès de l'un des suspects.

"C'est seulement parce qu'il y a une preuve vidéo que cette histoire embarrasse la police"

X, qui souhaite garder l'anonymat, est un activiste de "Journalists for Democracy in Sri Lanka" (Journalistes pour la démocratie au Sri Lanka) basé en Europe. Il déclare avoir travaillé durant 17 ans pour des publications cingalaises, avant d'être exilé, avec des douzaines d'autres, pour avoir "mal" écrit sur la guerre contre les Tamouls.

Je ne pense pas que les policiers, qui sont cingalais [80% des forces des police au Sri Lanka sont cingalaises, ndlr], étaient au courant que Sivakumar était tamoul avant qu'il ne se mette à crier dans la mer. À ce moment, ils s'en seront aperçu immédiatement - la plupart des Tamouls ont un fort accent quand ils parlent cingalais. Même si je ne peux pas affirmer qu'ils aient été particulièrement brutaux parce que le suspect était Tamoul, je trouve quelques détails inquiétants.

Presque trois mois auparavant, il y a eu un autre cas de brutalité policière : deux hommes ont été abattus à bout portant à Colombo. Quand ces jeunes, qui étaient Cingalais, ont été attaqués par la police, le gens sur place ont réagit différemment. Ils ont attaqué les policiers et essayé de protéger les jeunes. Mais lorsque Sivakumar a été attaqué, certains badauds ne se sont pas contentés d'observer la scène mais ont rejoint les policiers dans l'eau, et selon des sources locales, ce sont eux qui ont donné les bâtons aux agents.

Même les compensations ont été différentes. Les familles des Cingalais abattus par la police ont reçu un million de roupies (environ 6 000 euros), alors que la famille de Sivakumar n'a reçu que 100 000 roupies (environ 600 euros).

On pourrait penser que les policiers se seraient rendu compte de l'état mental de Sivakumar. Perturber le trafic en dansant à moitié nu, j'ai du mal à croire qu'ils l'aient pris pour quelqu'un de sain.

C'est seulement parce qu'il y a une preuve filmée de l'incident que la police est embarrassée. Avant que les images ne soient divulguées, la presse locale avait parlé "d'une personne morte noyée après s'être jetée dans la mer pour fuir la police". Tout se serait arrêté là si la vidéo n'avait pas surgit. Mais ils vont prendre leur temps pour juger les policiers. L'un d'eux est mort d'une crise cardiaque début janvier, donc il n'en reste plus que deux.

Lors d'une audience préliminaire en décembre, seul un des quatre ou cinq témoins oculaires appelés à la barre a estimé que la police était en tort. Les autres ont exprimé leur souhait de voir les policiers pardonnés, et déclaré que la mort de Sivakumar était inévitable, que les agents ne cherchaient pas à le frapper mais juste à l'effrayer. Je ne suis pas optimiste. L'histoire prouve que dans les affaires qui opposent la police aux civils tamouls, c'est souvent les premiers qui l'emportent. Je suis quasiment sûr qu'ils s'en tireront blanc comme neige."

ATTENTION – CERTAINES IMAGES PEUVENT CHOQUER

Ces images ont été diffusées sur une chaîne locale Dailymirror et envoyées par Journalists for Democracy.