ITALIE

Violences en Italie: "Un problème d'emploi, pas de couleur de peau"

La petite ville de Rosarno, dans le sud de l'Italie, a été secouée par une vague de violences raciales. Les affrontements, qui ont opposé les habitants de Rosarno à des travailleurs temporaires d'origine africaine, ont fait près d'une cinquantaine de blessés, dont 18 policiers. ire la suite...

Publicité

Restes d'une voiture brûlée durant les émeutes à Rosarno.

La petite ville de Rosarno, dans le sud de l'Italie, a été secouée du 7 au 9 janvier par des affrontements entre des habitants et des travailleurs temporaires d'origine africaine. Bilan : une cinquantaine de blessés, dont 18 policiers.

Tout a commencé lorsque des jeunes ont tiré sur des immigrés africains avec une carabine à air comprimé, blessant deux d'entre eux. Cette attaque a entraîné une première nuit de violences, durant laquelle des dizaines d'immigrés ont notamment incendié des voitures et des poubelles. Le lendemain, la population a cherché à se venger en procédant à une "chasse aux immigrés" au cours de laquelle plusieurs personnes ont été blessées. Dans la soirée, les autorités italiennes ont décidé d'envoyer un renfort de 200 hommes pour épauler les policiers sur place, débordés. Un effort qui a permis d'apaiser la situation depuis samedi.

Chaque année, ce sont près de 4 000 immigrés qui sont employés, en général illégalement, pendant deux mois pour récolter clémentines et mandarines.

La ville de Rosarno après les émeutes

Ces photos ont été prises le samedi 9 janvier à Rosarno par Alessandro, deux jours après les émeutes.

Vincenzo s'explique face aux journalistes.

Se sentant abandonnés par les médias et les autorités, Vincenzo et d'autres habitants de Rosarno s'en prennent aux journalistes.

Des habitants de Rosarno adossés au mur qui cache une zone industrielle désaffectée, refuge des immigrés clandestins.

C'est dans des bâtiments abandonnés comme cette usine que vivent les clandestins. Ce site a été détruit suite aux émeutes le 10 janvier par les autorités italiennes.

Un oranger planté a proximité d'une usine désaffectée.

 

 

Ce cliché, pris dans la rue en face de l'usine désaffectée, témoigne des évènements qui ont secoué Rosarno.

"Le fond du problème, ce n'est pas la couleur de peau mais le manque de travail"

Alessandro Siclari est un chercheur italien. Originaire de Sicile, il s'est rendu à Rosarno après les émeutes.

Les violences qui se sont déroulées dans le sud de l’Italie ne sont pas directement liées au racisme, comme on pourrait le penser au premier abord. C’est la conjonction de la situation économique et l’entrée en vigueur d’une nouvelle législation anti-immigration qui a mis le feu aux poudres.

Cette année, à cause des marchandises bon marché en provenance d’Afrique du Nord, le prix d’achat du kilo d’oranges dans le sud de l’Italie tourne autour de 10 cents. C’est trop peu pour les petits exploitants, qui préfèrent du coup renoncer à la récolte. C’est donc du travail en moins pour les immigrés, réguliers ou non.

À cela vient s’ajouter une loi anti-immigration qui est entrée en application au début de l’année, et les rares petits boulots disponibles sont alors donnés de préférence aux immigrés venant des pays de l’Est, comme les Ukrainiens ou les Roumains, qui ont des papiers en règle. Un entrepreneur de la région m’a expliqué que, jusqu’à l’année dernière, tous les immigrés pouvaient travailler. Mais depuis 2010, c’est devenu trop dangereux, les autorités ayant renforcé les contrôles. Certains immigrés n’ont pas travaillé depuis plus de deux mois. Face à cette situation, les Africains se sont révoltés, et c’est ça qui a déclenché les hostilités.

J’étais a Rosarno samedi, et j ai pu écouter les habitants parler à la presse. L’un d’eux, Vincenzo, a déclaré aux journalistes : 'Ils doivent partir, il n’y a déjà pas de travail pour nous, donc imaginez pour les Noirs !' J’ai ensuite tenté en vain de retrouver Jean, un immigré du Burkina Faso que je connais et que j’ai voulu rencontrer. Quand j’ai pu le joindre par téléphone, il m’a dit qu’il s’était réfugié dans un centre d’accueil parce qu’il avait peur de ce qu’il se passait dehors. Il était venu de Caserta pour passer trois semaines à Rosarno et se faire un peu d’argent. Mais après les évènements qui se sont passés, il a préféré rentrer. Il m'a aussi expliqué que ce genre de situations se produit tous les ans, à cette période. Les Africains se font tirer dessus et s’ensuit une révolte. Il ne sait pas pourquoi ça se passe, mais je pense que cela pourrait être lié à une stratégie de la 'Ndrangheta’ [la mafia calabraise, ndlr]."