ARABIE SAOUDITE

La catastrophe de Jeddah aurait-elle pu être évitée ?

Les pluies torrentielles qui se sont abattues sur Jeddah le 25 novembre ont fait 108 morts et des dégâts qui se chiffrent à plus de 2 milliards de dollars. Les habitants de la ville sont en colère et considèrent que les autorités saoudiennes ne sont pas exemptes de responsabilité dans ce drame. Lire la suite...

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Le complexe Um Al-Kheir dans le quartier de Al-Nakhil, à Jeddah. Photo publiée sur la page Facebook du groupe "La catastrophe de Jeddah – dégâts et leçons".

Les pluies torrentielles qui se sont abattues sur Jeddah le 25 novembre ont fait 108 morts et des dégâts qui se chiffrent à plus de 2 milliards de dollars. Les habitants de la ville sont en colère et considèrent que les autorités saoudiennes ne sont pas exemptes de responsabilité dans ce drame.

Les scènes de désolation ne manquaient pas au lendemain des inondations qui ont ravagé cette ville portuaire : routes et commerces détruits, ponts effondrés, terrains affaissés, voitures empilées par dizaines. Quant au bilan humain, il continue de s’alourdir. Le 30 novembre, le roi Abdallah a ordonné que chaque famille de victime reçoive en dédommagement un million de riyals (près de 177 000 euros) et qu’une commission d’enquête soit constituée pour évaluer les dégâts et établir les responsabilités.

Notre Observateur à Jeddah nous explique pourquoi, selon lui, cette catastrophe était inévitable.

 

Le complexe "Um Al-Kheir" dans le quartier de Al-Nakhil, à Jeddah. Photo publiée sur la page Facebook du groupe "La catastrophe de Jeddah – dégâts et leçons".

L'étendue des dégâts à Jeddah

Les quartiers pauvres, à l’instar de "Kilo 14", ont été les plus touchés. Les habitants de ce quartier ravagé sont pour la plupart des immigrés démunis. Photo publiée sur la page Facebook du groupe "La campagne populaire pour le sauvetage de la ville de Jeddah".

Le tunnel du roi Abdallah, le plus récent de Jeddah censé relier l'est et l'ouest de la ville. Sa construction a coûté 172 millions de riyals (environ 30 700 000 euros) Photo publiée sur la page Facebookdu groupe "La campagne populaire pour le sauvetage de la ville de Jeddah".

Le tunnel du roi Abdallah. Photo publiée sur la page Facebookdu groupe "La campagne populaire pour le sauvetage de la ville de Jeddah".

Voitures empilées sur l'autoroute de Jeddah. Photo publiée sur la page Facebookdu groupe "La campagne populaire pour le sauvetage de la ville de Jeddah".

Affaissement d'une route à Jeddah. Photo publiée sur lapage Facebookdu groupe "La campagne populaire pour le sauvetage de la ville de Jeddah".

Affaissement d'une route à Jeddah. Photo publiée sur lapage Facebookdu groupe "La campagne populaire pour le sauvetage de la ville de Jeddah".

Une usine détruite à Jeddah. Photo publiée sur la page Facebookdu groupe "La campagne populaire pour le sauvetage de la ville de Jeddah".

"Des fonctionnaires corrompus ont accordé des permis de construire dans les zones situées sur les passages naturels du torrent"

Ahmed Sabri est travailleur social à Jeddah. Il a aidé à documenter les dégâts produits par les inondations et à reloger les victimes.

La ville de Jeddah se situe dans la région du Hedjaz, ce qui veut dire en arabe la région coincée entre la mer, ici la mer Rouge, et la montagne, en l’occurrence la chaîne des Monts Sarawat. La ville a été ravagée car elle est située dans le prolongement de la vallée Hassat Al-Marikh, traversée tous les 35-40 ans par un torrent dévastateur qui se jette ensuite dans la mer. C’est pour cela que les habitants de Jeddah évitaient, par le passé, de construire leurs maisons sur la trajectoire des eaux. Mais durant les dernières décennies, des fonctionnaires corrompus ont accordé des permis de construire dans les zones situées sur les passages naturels du torrent, sans développer de système de drainage. Le quartier de Quwaiza, aujourd’hui dévasté, a été construit sur le lit asséché du torrent. Le torrent n’aurait pas dû surprendre Jeddah. Nous avons construit nos maisons sur son passage.

La corruption, la négligence et les erreurs humaines y sont pour beaucoup. Comment est-il possible qu’une ville de près de 4 millions d’habitants, comme la nôtre, n’ait pas prévu un plan d’urgence en cas de catastrophes ? Pire, comment peut-on éviter de telles catastrophes naturelles si les infrastructures ne respectent pas les règles de sécurité élémentaires ?

Jeddah est dépourvue de système d’assainissement des eaux usées et fluviales. Notre lac, appelé ironiquement "le lac du musc", est en fait une énorme fosse sceptique située à l’est de la ville. Les autorités l’ont creusé pour canaliser les eaux usées. Mais ce lac ne cesse de s’étendre. Il constitue aujourd’hui une véritable menace écologique avec ses 20 millions de mètres cubes d’eaux usées et il s’approche dangereusement de la ville. Dites-moi quel Etat riche préfère remplacer son système d’assainissement par un lac pollué?"

Le lac du musc. Photo publiée sur la page Facebook du groupe "La campagne populaire pour le sauvetage de la ville de Jeddah".