BOLIVIE

Une marine... pour un pays sans mer

Forte de 6 000 hommes et 70 vaisseaux, la marine bolivienne patrouille sur ses voies fluviales et uniquement sur celles-ci : la Bolivie n’a en effet pas d'accès à la mer. Lire la suite...

Publicité

Base navale à Rurrrenabaque, sur le fleuve Amazone. Photo : Columbus GV Team sur Flickr .

Forte de 6 000 hommes et 70 vaisseaux, la marine bolivienne patrouille sur ses voies fluviales et uniquement sur celles-ci : la Bolivie n’a en effet pas d'accès à la mer.

Sans eaux territoriales à surveiller, la principale base de la marine bolivienne se situe sur le lac Titicaca, à 3 800 mètres d’altitude, dans la cordillère des Andes. La marine bolivienne est principalement chargée de surveiller ce lac et de lutter contre la contrebande et le trafic de drogue sur les rivières amazoniennes. Mais ce n’est pas tout. En maintenant des forces navales, La Paz entend rappeler sa revendication d’accéder à la mer et sa volonté d'être prête le jour où elle pourra prendre le large.

En effet, lorsque la guerre du Pacifique contre le Chili prend fin en 1883, la Bolivie perd sa seule et unique province maritime et ses 400 kilomètres de littoral. Résultat : la taille de sa marine est réduite et ses forces incorporées dans l’armée. Mais en 1963, elle est ressuscitée et le droit d’accéder à la mer devient une question de dignité nationale. Aujourd’hui, le slogan de la marine "La mer nous appartient de droit et la récupérer est notre devoir" est présent partout : sur les arrêts de bus, dans les écoles et les postes de police.

La Bolivie n’est pas le seul pays continental à posséder une marine nationale. D’autres pays, dépourvus d’un accès maritime, en possèdent. C’est le cas du Laos, du Paraguay et de l’Ouganda qui, à l’instar de La Paz, déploient leurs forces navales pour surveiller leurs lacs et rivières. Mais la marine bolivienne demeure la plus importante.

Peinture murale à San Pedro de Tiquina, lac Titicaca. Photo: Pablo Lincura sur Flickr.

Un matelot bolivien au bord du lac Titicaca. Photo: Facundo López sur Flickr.

"Le territoire que nous avons perdu était riche en ressources naturelles qui ont fait la force économique du Chili d’aujourd’hui"

Wilfredo Jordán est blogueur à La Paz.

Nous nous rappelons tous que nous avions, un jour, accès à la mer. Le territoire que nous avons perdu était riche en salpêtre, en guano et en cuivre, trois ressources naturelles qui ont fait la force économique du Chili d’aujourd’hui. En revanche, la Bolivie demeure le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud.

Les conséquences de cette perte sont surtout d’ordre économique : nous payons des frais de transports très élevés pour exporter nos marchandises des villes portuaires du nord du Chili ; des frais qui s’ajoutent aux frais portuaires et taxes habituelles. Etre un pays continental handicape sérieusement notre commerce extérieur.

Pendant des années, la Bolivie a plaidé sa cause devant les Nations unies et ailleurs. Aujourd’hui, ses relations avec le Chili se sont considérablement améliorées. Certes, les deux pays n’entretiennent pas de relations diplomatiques, mais le président bolivien Evo Morales et son homologue chilienne Michelle Bachelet ont établi un agenda de 13 questions à débattre parmi lesquelles figure la revendication bolivienne d’accéder à la mer.

Sur le terrain, les choses n’ont pas bougé, mais c’est la première fois que le Chili accepte d’engager une discussion sur ce sujet et c’est déjà une avancée. Néanmoins, notre revendication est difficile à obtenir et je pense que nous devons envisager d’autres solutions. Il est ainsi possible d’accorder à la Bolivie l’accès à un port chilien où elle sera souveraine sur les plans fiscal et douanier.

Environ 130 ans se sont écoulés, mais la question d’avoir un débouché maritime fait toujours partie de notre identité nationale. Depuis notre jeune âge, nous croyions que la Bolivie est née avec un océan et que nous l’avons perdu. Chaque année, lorsque nous célébrons, le 23 mars, la Journée de la mer, les enfants participent à des pièces de théâtre et réalisent des peintures murales représentant les événements historiques. Ce faisant, nous refusons d’oublier notre droit à la mer."

Peinture murale : Jésus guidant la marine bolivienne. Photo: Jim Lasbury sur Flickr.

Musée de la mer bolivienne, La Paz. Photo: Aldo Pena sur Flickr.