SYRIE - ISRAËL

Le drame des mariées du Golan

Dans le Golan syrien, occupé par Israël depuis 1967, se marier est un événement heureux autant qu’un drame familial. Une Syrienne qui se marie avec un habitant du plateau doit tirer un trait définitif sur sa famille et ses amis. Car si elle décide de suivre son époux au Golan, elle ne pourra plus jamais revenir sur sa terre natale.

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Dans le Golan syrien, occupé par Israël depuis 1967, se marier est un événement heureux autant qu’un drame familial. Une Syrienne qui se marie avec un habitant du plateau doit tirer un trait définitif sur sa famille et ses amis. Car si elle décide de suivre son époux au Golan, elle ne pourra plus jamais revenir sur sa terre natale.

La Syrie et Israël sont formellement en état de guerre depuis 1948. Leurs ressortissants ne peuvent donc pas circuler entre les deux pays. Les habitants du plateau du Golan syrien, occupé par l’Etat hébreu durant la guerre des Six Jours, puis annexé en 1981 - en dépit d’une condamnation du Conseil de sécurité (Résolution 497) des Nations unies - sont soumis au même régime.

Une Golanaise qui désire rejoindre son époux en Syrie doit s’engager par écrit à ne plus jamais revenir sur le plateau. Il en va de même pour les Syriennes qui épousent des Golanais. Pour elles aussi, c’est un aller simple. A leur arrivée, les autorités israéliennes leur délivrent un titre de séjour provisoire qu’elles devront renouveler chaque année. Les Golanais de souche, eux, disposent d’une carte de résident ayant refusé d’accepter la nationalité israélienne.

La douleur des familles éclatées se fait entendre sur la "colline des cris". Les familles golanaises se positionnent en haut de la colline et interpellent leurs proches à travers des haut-parleurs de l’autre côté de la ligne de démarcation. Entre eux, une vallée de 200 à 300 mètres, parsemée de mines. On entend l’écho de nos voix, les pleurs et les cris de joie de ces pseudo-retrouvailles".

Sur la "colline des cris" durant un mariage golanais. Vidéo publiée par baladeenet, le 28 septembre 2009.

"C'était un aller simple. Une partie de vous meurt quand vous passez la ligne de démarcation"

Leila Safadi est rédactrice sur le site Banias, à Majdel Shams, le plus grand des cinq villages du Golan. Il y a 12 ans, elle a quitté son village, Shehba, dans le sud de la Syrie, pour s’installer avec son mari dans le plateau du Golan.

De nombreuses filles traversent la ligne de démarcation. Généralement, les futurs époux ont des liens de parenté. Les familles d’origine golanaise, vivant aujourd’hui en Syrie, encouragent souvent leur progéniture à épouser un parent resté sur le plateau. Les parents réalisent ainsi le rêve du retour au pays au travers de leurs enfants. Par le passé, les jeunes faisaient connaissance en échangeant leurs photos. Aujourd’hui, les futurs époux se rencontrent une ou deux fois en Jordanie avant de convoler.

J’ai rencontré mon mari Samih à Damas en 1998. Il avait obtenu, avec d’autres étudiants, l’autorisation de faire ses études en chirurgie dentaire à l’université de Damas. Nous sommes tombés amoureux et avons décidé de nous marier. Nous étions optimistes, en raison des négociations de paix en cours, et nous pensions que les choses allaient changer. Mais sur le terrain, rien n’a changé.

Pour pouvoir m'installer dans le Golan, nous avons sollicité l’aide du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et avons respectivement demandé aux autorités israéliennes et syriennes des autorisations d'entrée et de sortie. Arrivée à la ligne de démarcation, j’ai été saisie par une peur profonde. C’était un aller simple. Une partie de vous meurt quand vous passez la ligne de démarcation. Vous tournez définitivement une page en abandonnant votre pays, votre famille et vos amis.

Il y a deux ans, j’ai perdu mon père. J’ai demandé une autorisation pour assister aux funérailles mais les autorités israéliennes me l’ont refusée. Durant trois jours, j’ai fait un sit-in sur la ligne de démarcation avec mes deux enfants. Ils ont fini par m'octroyer une autorisation de visite de 18 heures. Cela faisait 10 ans que je n’avais pas vu ma famille.

Une mariée du Golan quitte sa famille pour rejoindre son futur époux en Syrie. Les deux familles auront le droit de passer quelques minutes ensemble. Vidéo publiée sur YouTube par farssh, le 25 septembre 2008.

Leila Safadi au point de passage de Qunaytira. Vidéo publiée sur YouTube, le 8 octobre 2007.