AFRIQUE DU SUD

Vodaphone accusé de racisme par des Afrikaners

Alors que le gouvernement cherche à intégrer les Noirs d'Afrique du Sud à la vie économique du pays, des Afrikaners lancent une campagne de boycott à l'encontre de l’opérateur téléphonique Vodacom et de ses propriétaires, Vodafone et Telekom, coupables à leurs yeux d’avoir cédé 3,44 % de leur capital à des non-Blancs. Lire la suite...

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Le directeur général de Vodafone, Vittorio Colao, ciblé pour avoir céder une part de son capital à des non-Blancs.

Alors que le gouvernement cherche à intégrer les Noirs d'Afrique du Sud à la vie économique du pays, des Afrikaners lancent une campagne de boycott à l'encontre de l’opérateur téléphonique Vodacom et de ses propriétaires, Vodafone et Telekom, coupables à leurs yeux d’avoir cédé 3,44 % de leur capital à des non-Blancs.

En octobre 2008, l’opérateur téléphonique Vodacom lance le plan d'investissement YebuYetho. Son but ? "Fournir aux non-Blancs une opportunité de prendre une participation au capital de Vodacom SA". Avec cette initiative, la part de capital détenue par des Noirs est passée de 1,9 % en 2007 à 6,97 % en 2009.

Il n’en fallait pas plus pour faire sortir de ses gonds un certain John Kertlen. Cet homme, basé au Royaume-Uni, a orchestré une campagne de boycott qui bat son plein sur le Net. Il a crée un groupe Facebook, un blog et a envoyé de nombreux mails dans lequel il appelle "toutes les personnes sensées à boycotter tous les produits Vodafone, Vodacom et Telekom".

Kerlen demande aussi de "pourrir" la boîte email du directeur général de Vodafone, Vittorio Colao (en photo sur l’affiche "Wanted" ci-dessus), qu’il décrit comme un "homme dégoûtant autorisant son entreprise à se livrer à des pratiques racistes".

 

"Une campagne comme ce boycott ne peut que nuire aux efforts de paix"

Victor Macklenin est un homme d’affaires du Cap

Cette campagne de boycott est pour le moins étrange… Près de 93 % du capital de Vodacom reste tout de même aux mains de Blancs ! C’est plus que la moyenne dans les sociétés cotées à la Bourse de Johannesburg (environ 77 %).

L’Afrique du Sud est une nation arc-en-ciel. Les différentes composantes de sa société, officiellement réconciliées, sont désormais appelées à prospérer ensemble.

Une campagne comme ce boycott ne peut que nuire aux efforts de paix. L’offre de Vodacom n'est qu'un simple encouragement lancé aux populations défavorisées. Mais rien ne dit que celles-ci contrôleront l'entreprise un jour ! De toute façon, Vodacom est une entreprise cotée, c’est-à-dire que, quota ou pas, n’importe qui peut en acheter des actions…

"Sans volonté politique, les Noirs ne pourront jamais devenir des acteurs économiques à part entière"

Steven Friedman est professeur et spécialiste des réformes de l'après-apartheid.

C’est vrai qu'il y a un débat sur la bonne mise en œuvre des réformes pour intégrer la communauté noire à la vie économique. Mais, à mon avis, ceux qui qualifient ces mesures de racistes n’ont pas conscience des effets de l'apartheid qui perdurent encore aujourd’hui.

Ces réformes découlent du postulat que, sans volonté politique, les Noirs ne pourront jamais devenir des acteurs économiques à part entière. En Afrique du Sud, les Blancs détiennent toutes les grandes entreprises et la majeure partie des richesses. Sans impulsion du gouvernement, il n’y a aucune raison pour que la situation ne change.

D'autant plus que, durant l’apartheid, les Blancs ont grandi avec l'idée qu'ils étaient supérieurs aux autres. Ils ont donc du mal à imaginer que les Noirs puissent réussir professionnellement.

Le prospectus qui appelle au boycott

  Lire l'intégralité du prospectus ici.