Une jeune étudiante âgée 20 ans a été exclue d’une université de Sao Paulo, après avoir provoqué une émeute en venant en cours vêtue d'une minijupe.

Geisy Arruda était arrivée, le 22 octobre, à l’université de Bandeirante (surnommée UniBan), habillée d’une minijupe. Elle est prise en photo. Les choses dérapent à la sortie des cours : des étudiants la harcèlent. La police intervient pour la recouvrir d’un manteau prêté par un professeur et l’accompagner hors de l’établissement. La foule crie "Puta !" ("putain"). L’incident a été filmé par plusieurs étudiants sur leur téléphone portable, puis posté sur YouTube.

Images amateur trouvées sur TV IG.

L’histoire ne s’arrête pas là. Le 8 novembre, l’université s’offre un encart publicitaire dans les journaux, intitulé "Etre responsable de l’éducation" (ci-dessous). Le texte de la pub explique que Geisy Arruda a été exclue de l’établissement pour avoir enfreint "l’éthique, la dignité et la morale de l’université". Il est aussi précisé que les étudiants vus sur la vidéo en train de harceler la jeune femme seront temporairement exclus de l’établissement.

Cette affaire a fait le tour du Brésil. Le syndicat des étudiants et la responsable au gouvernement de l’égalité homme-femme, Nilcea Freire, ont publiquement condamné la décision de l'UniBan.

ACTUALISATION (11.11.09 - 9h30): Arruda a été officiellement réintégrée au sein de l'université, selon une déclaration, le 10 novembre, de la vice-principale de l'établissement Ellis Brown.

"On pourrait croire que le pays est très libéral. Mais ce n'est pas du tout le cas dans l'État de Sao Paulo"

Raphael Garcia est étudiant en relations internationales à l’université catholique de Sao Paulo.

C’est vrai, il y a des femmes à moitié dévêtues au moment du carnaval, mais ce n’est pas représentatif du Brésil. On pourrait croire que le pays est très libéral. Mais ce n’est pas du tout le cas dans l’Etat de Sao Paulo, qui a un long passé conservateur, surtout dans la banlieue de Sao Paulo. L’UniBan est située plus précisément à Sao Bernardo do Campo.

L’université Bandeirante a mauvaise réputation : l’enseignement n’y est pas de très grande qualité et les étudiants viennent souvent de milieux pauvres et ultra-conservateurs.

Il faut savoir que la conscience des classes sociales est très forte au Brésil. Et que l'UniBan a été classée, l’an dernier, au bas du classement des 167 établissements du pays. Les étudiants qui s’y inscrivent n’en sont généralement pas très fiers. Entre la frustration et les idées conservatrices, ce genre de situation, comme l’affaire Arruda, est explosive.

Et puis, personnellement, je pense que la direction de l’université a voulu faire ses choux gras de cette affaire. Il n’y a pas d’autre moyen d’expliquer son encart publicitaire dans les journaux. Une façon de dire : si vous ne connaissiez pas l'UniBan, maintenant c’est fait ! C’est inacceptable. La direction de l’établissement devrait être poursuivie en justice pour avoir transformé en bouc-émissaire une victime de harcèlement sexuel."