Le major Nidal Malik Hasan, psychiatre de l’armée américaine, a ouvert le feu, mercredi, dans une base militaire du Texas, tuant 13 personnes. Notre Observateur Ernesto Haibi, médecin militaire tout juste retraité, travaillait sur la même base. Il connaissait le tireur.

 

Haibi n’était pas sur place le jour du drame, mais il rencontrait régulièrement le major Hasan lorsqu’il accompagnait les soldats blessés à la clinique de la caserne.

Le psychiatre était chargé de traiter les soldats souffrant de stress post-traumatique après avoir été envoyé au front. Il devait être lui-même déployé en Afghanistan. Son cousin Nader Hasan a expliqué au "New York Times" que le major était très inquiet à l’idée de partir sur le front irakien ou afghan, et avait entamé des démarches pour quitter l’armée. Il se serait aussi senti victime de harcèlement de la part de ses camarades "du fait de son origine moyen-orientale", a-t-il ajouté.

"J'ai remarqué que les autres docteurs n'aimaient pas lui envoyer de patients"

Ernesto Haibi est un ancien médecin militaire. Il vit à Copperas Cove, au Texas.

Je connaissais Nidal Malik Hasan dans le cadre de mon travail. Je le rencontrais quand j'escortais des soldats blessés qui revenaient du front lors de leurs visites médicales. Il était un peu bizarre, distant et peu avenant. Je le trouvais assez prétentieux, mais n'aurais jamais pu prévoir ce qui est arrivé hier - tout comme les autres personnes qui le connaissaient à qui j'ai parlé.

Il écrivait des rapports de synthèse sur les soldats revenus du front et qui souffraient de stress post-traumatique. J'ai cru remarquer que les autres docteurs ne semblaient pas trop heureux de lui envoyer des soldats.

A priori, personne ne porte d'arme dans une base militaire à part le personnel de sécurité. Hasan a dû faire entrer une arme personnelle clandestinement dans la base, ce qui n'est pas impossible étant donné que les gardes ne peuvent absolument pas vérifier le contenu de chaque voiture qui y entre - il y en a entre 5 000 et 6 000 chaque jour. Une fois qu'ils te connaissent, tu montres ton badge et ils te laissent rentrer. Ils font des fouilles aléatoires, mais ça ne peut pas empêcher à 100 % une arme de passer.

Le fait que Nidal Malik Hasan soit musulman fait évidemment naître des soupçons sur le mobile de son meurtre : quand on entend dire qu'il a crié 'Allah Akbar' ['Dieu est grand', en arabe], on ne peut pas s'empêcher de penser que c'était un fanatique. D'une certaine façon, ça rend cette tuerie encore plus tragique parce que ça rend une image encore plus négative des milliers de musulmans américains qui n'ont rien fait du tout. J'ai malheureusement déjà entendu quelques réactions désobligeantes contre les Arabes après la fusillade."

 

  L'officier psychiatre Nidal Malik Hassan.