CHINE

Triste numéro de funambule

Comme il n'y a pas de pont permettant aux piétons de traverser la rivière Xunsi, les habitants d'un quartier de Wuhan s'improvisent équilibristes. Une traversée qui a déjà coûté la vie à plusieurs riverains.

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Comme il n'y a pas de pont permettant aux piétons de traverser la rivière Xunsi, les habitants d'un quartier de Wuhan s'improvisent équilibristes. Une traversée qui a déjà coûté la vie à plusieurs riverains.

Le pont ferroviaire passe au dessus du fleuve, au milieu d'un quartier du sud-ouest de la ville de Wuhan. Tous les jours, 300 personnes traversent le cours d'eau sur cette passerelle de fortune située à dix mètres au dessus de l'eau.

"Il arrive que des gens tombent dans les eaux polluées du fleuve et qu'ils se noient"

Weng Haofeng est photographe et blogueur à Wuhan, la capitale de la province du Hubei. Il est l'auteur de ces photos.

Le train Pékin-Guangzhou traverse ce pont toutes les cinq minutes, à très grande vitesse. Juste à côté se trouve une sorte de passerelle très étroite constituée de fils électriques. C'est ce passage que des piétons empruntent tous les jours, au péril de leurs vies, comme s'il s'agissait d'un pont. Il arrive que des gens tombent dans les eaux polluées du fleuve et qu'ils se noient, ou qu'ils se blessent en tombant dans le champ, en contrebas [D'après la presse locale, il y aurait eu six morts depuis 1999]. Le 17 octobre dernier, un énième drame a eu lieu. Quatre enfants passaient par ce 'pont'. L'un d'entre eux, Cheng Jin, a glissé et s'est noyé. Une semaine après, son corps reste introuvable. Aucun service de l'État n'a voulu endosser la responsabilité de ce drame. Les parents sont très affectés psychologiquement. Le père de Cheng Jin passe son temps à regarder le fleuve, l'air hébété.

Cet accident semble n'avoir eu aucun écho. Aucune mesure n'a été prise pour améliorer la situation. Les gens continuent de traverser le fleuve par cette passerelle.

D'après des riverains, les piétons n'ont plus le droit d'emprunter le pont ferroviaire depuis des années. Du coup, pour ne pas rallonger leur trajet [le détour est long de deux kilomètres], certaines personnes ont commencé à utiliser ce passage. Au début, des barrières ont été installées par les autorités, mais elles ont rapidement été enlevées par les gens. Depuis, plus personne n'y fait attention.  

Si les services publics ne prennent aucune mesure pour régler le problème, il y aura d'autres victimes. C'est vraiment inadmissible. Dans notre société, la vie devrait être plus précieuse que tout le reste."

Photos :  Weng Haofeng

Cheng Jin a glissé et s'est noyé dans le fleuve le 17 octobre dernier. Son père a dans les mains la photo de son fils.