Les États-Unis sont, aujourd'hui, l'un des rares pays occidentaux à interdire aux personnes se déclarant homosexuelles de servir dans l'armée. Une loi "hypocrite", selon notre Observateur, qui attend avec impatience que Barack Obama honore sa promesse de l'abroger.

La loi "Don't ask, don't tell" ("Ne rien dire, ne rien demander") a été votée par le Congrès en 1993, sous le mandat de Bill Clinton. Elle interdit à toute personne qui "montre une propension, ou qui a l'intention de s'engager dans des actes homosexuels", de servir dans l'armée américaine, au motif que cela "créerait un risque inacceptable pour les exigences morales, l'ordre, la discipline et la cohésion qui constituent l'essence des capacités militaires". Il s'agit d'une loi de compromis qui impose, de facto, le silence aux militaires gays. Depuis qu'elle a été votée, plus de 13 000 soldats ont été renvoyés de l'armée parce qu'ils ont évoqué leur homosexualité ou qu'ils ont été victimes d'une dénonciation.

Le président Obama a annoncé, le 10 octobre, lors d'un dîner de la Human Rights Campaign, qu'il mettrait fin à la loi "DADT" (voir la vidéo ci-dessous). La commission de la défense du Sénat se penchera sur la question en novembre.

Un vétéran de 86 ans se dit favorable au mariage gay

À 86 ans, le vétéran de la Seconde Guerre mondiale Philip Spooner se dit favorable au mariage gay. Ce discours émouvant remonte au mois d'avril 2009. Il connaît depuis quelques jours un véritable buzz sur Internet et a été vu par un demi-million de personnes sur YouTube.

 

 

Extrait du discours :

"Je suis ici, aujourd'hui, à la suite d'une conversation que j'ai eu en juin dernier dans un bureau de vote. Une femme m'a demandé : 'Croyez-vous en l'égalité pour les gays et les lesbiennes ?' J'étais plutôt surpris qu'on me pose cette question. Pour moi, cela n'avait pas de sens. Je lui ai finalement demandé : 'Pour quoi pensez vous que nos hommes se sont battus à Omaha Beach ?' Je n'avais jamais vu autant de sang et de courage, autant de souffrances et de sacrifices. Et pour quoi ? Pour l'égalité et la liberté. Voici les valeurs qui font des États-Unis une grande nation, une nation qui mérite qu'on lui donne sa vie."

"Quand vous êtes sous le feu ennemi, connaître les préférences sexuelles du gars qui est à vos côtés est la dernière chose à laquelle vous pensez"

Ancien caporal-chef de l'armée américaine, Dennis Meyer est aujourd'hui en charge des affaires publiques de l'American Veterans for Equal Rights, une association qui se bat pour l'égalité des droits et des traitements au sein de l'armée. Il s'exprime par ailleurs sur le blog Gay Military Signal website.

Le président Obama a promis de mettre un terme à cette politique, mais les choses ne sont pas aussi simples. Il ne peux pas prendre cette décision tout seul. Il doit être soutenu par le Congrès et par les autorités militaires. Or, aujourd'hui, tout le monde se renvoie la balle et chacun attend que les autres fassent le premier pas.

Même s'ils ne l'admettent pas officiellement, les militaires étudient la question. Aujourd'hui, l'armée manque de personnel qualifié - de traducteurs par exemple -, pour la simple raison que certains sont gays. L'autre argument contre cette loi, c'est qu'elle n'est tout simplement pas équitable.

Ceux qui sont contre son abrogation - souvent des gens d'extrême-droite - répondent que, dans l'armée, il n'est pas question d'équité mais de défendre son pays. Je ne comprends pas cette logique : les gays sont aussi patriotes que les autres. Les gens favorables à cette loi pensent aussi que, si des soldats se disaient ouvertement homosexuels, cela pourrait affaiblir le groupe. Mais dans toutes les armées des pays occidentaux, les homosexuels sont parfaitement intégrés et ne posent aucun problème. 

Il s'agit en outre d'une question de génération. À leur retour d'Afghanistan, nous avons demandé à beaucoup de jeunes soldats si cela leur poserait un problème de combattre aux côtés de soldats gays. Bien sûr, ils n'y voyaient aucun problème. Certains ont même été surpris de la question. Quand vous êtes sous les tirs ennemis, connaître les préférences sexuelles du gars qui est à vos côtés est bien la dernière chose à laquelle vous pensez !

Quand je servais dans l'armée, dans les années 1960-1970, les homosexuels souffraient de nombreux préjudices. Je ne disais pas que j'étais gay. On était 'dans le placard', et si quelqu'un s'en rendait compte, nous étions renvoyés pour manquement à l'honneur. Il était alors très difficile de retrouver du travail. On risquait même de se faire tuer.

Aujourd'hui c'est différent, ce n'est plus dangereux. En 15 ans d'existence de la loi DADT, près de 14 000 soldats ont été démis de leurs fonctions. Mais en regardant les chiffres de plus près, on remarque que le nombre de radiations baisse pendant les périodes de guerre."