Le 3 août dernier, de violents heurts entre Algérois et immigrés chinois éclataient dans la banlieue d’Alger. Des affrontements révélateurs des vives tensions qui existent entre les deux communautés. Notre Observateur à Blida, dans le nord de l’Algérie, nous explique que les sources de ce malaise sont autant économiques que culturelles.

Ouvriers chinois à Blida. Photo : Abdelkrim Amekelbled.

Logo d'une société algéro-chinoise à Blida. Photo : Abdelkrim Amekelbled.

Commerce chinois, dans le centre de Blida. Photo : Abdelkrim Amekelbled.

Commerçant chinois de Blida. Photo : Abdelkrim Amekelbled.

Ce commerçant chinois de Blida vit avec sa femme dans un studio situé non loin de sa boutique. Il a voulu témoigner aux Algériens son amour en se faisant tatouer sur sa main gauche un "Je t’aime" en arabe et en français. Photo : Abdelkrim Amekelbled.

Produits chinois dans une parfumerie de Blida. Photo : Abdelkrim Amekelbled.

A l'intérieur d'un commerce chinois à Blida. Vidéo : Abdelkrim Amekelbled.

"Les Algériens ne se gênent pas pour évoquer une 'impossible cohabitation' avec les Chinois"

Abdelkrim Amekelbled est un enseignant retraité de Blida.

Depuis les années 1990, les grands chantiers de construction (logements, barrages, routes, etc.) ont eu recours à la main d’œuvre chinoise, compétitive et efficace. Les groupes chinois de BTP, dont le géant public China State, Construction & Engineering Corporation (CSCEC), sont très connus en Algérie.

Avec plus de 32 000 ressortissants dans le pays, dont près de 6 000 travailleurs à Blida, les Chinois constituent la plus importante communauté étrangère d’Algérie. Une immigration massive d’ouvriers que les Algériens, victimes d’un taux de chômage qui frôle les 70%, ne voit pas d'un très bon œil.

Quelques mois après l'arrivée des premiers travailleurs chinois, nombre d'entre eux ont commencé à fuir les chantiers pour non-paiement ou mauvaises conditions de travail. Ils se sont alors reconvertis en vendeurs sur le marché noir. Les produits importés de Chine sont partout et échappent à tout contrôle ou norme de fabrication. Première victime : le secteur du textile et de l’habillement, qui a enregistré une dizaine de fermetures d’usines et des milliers de suppressions d'emplois.

Les immigrés chinois posent un autre problème aux yeux des Algériens. Nombreux sont ceux qui parlent d’incompatibilité culturelle. L’Algérien ouvert aux cultures étrangères semble plus réticent à accepter ces travailleurs arrivés en masse ne parlant pas sa langue et n’adhérant pas à ses croyances. De leur côté, les Chinois ne s’intègrent pas à la vie sociale algérienne, demeurent en retrait dans les lieux publics et marchent en groupe.

Pourtant, ils font des efforts pour plaire aux Algériens. A Blida, ils se sont portés volontaires, au printemps 2008, pour achever gracieusement la construction d’une mosquée à Ouled Yaïch. En seulement trois jours, les ouvriers chinois ont terminé ce que les Algériens peinaient à réaliser. Les Algériens reconnaissent l’acharnement de ces ouvriers au travail. Ils se défendent d'être racistes à l’encontre des Chinois mais ne se gênent pas pour évoquer une "impossible cohabitation" avec eux.

Toutefois, je pense que les frictions d’aujourd’hui ne pourront pas durer éternellement. L’Algérie sera amenée inévitablement à s’ouvrir à l’autre et à ses différences, renouant ainsi avec sa culture de tolérance des siècles derniers."