Postée sur Flickr par pyngodan.

Encore sous le choc après la sanglante répression qui a coûté la vie à 157 personnes lundi à Conakry, les Guinéens se demandent ce que le chef de la junte leur réserve désormais. Un des nos Observateurs fait le bilan des neuf mois au pouvoir du capitaine Moussa Dadis Camara.

Le chef de la junte au pouvoir en Guinée, le capitaine Moussa Dadis Camara, tente de minimiser sa responsabilité dans le massacre qui s'est déroulé au stade de Conakry en affirmant ne pas contrôler l'armée. Mais celui qui s'était présenté comme un homme de paix et de transition à la mort du président Conté passe désormais pour un despote aux yeux de nombreux Guinéens.

Crédité d'un bilan très médiocre, tant sur le plan économique que politique, le capitaine Camara se voit pourtant désormais dans le rôle de président élu.

"Quand il dit ne pas contrôler l'armée, [...] il a en partie raison"

Noel Etienne Gnimassou est technicien dans une usine d'aluminium à Fria.

J'avais commenté pour les Observateurs la situation en Guinée en décembre 2008, à la mort du président Conté, et j'avais dit que ce pays avait besoin de changement.

On a voulu y croire, on a espéré que la situation du pays évolue favorablement, mais neuf mois plus tard, il faut se rendre à l'évidence, c'est une vraie déception. L'économie tourne toujours au ralenti, tout comme l'usine d'aluminium où je travaille, à Fria, au nord de Conakry.  

Le capitaine Camara est incompétent pour le poste. Il s'est contenté de travailler pendant les trois mois qui ont suivi sa prise de pouvoir : il a lutté contre la corruption, il a mis à la retraite les vieux généraux fidèles au président Conté et il s'est attaqué au trafic de drogue. Mais passé cette période, il a commencé à se sentir à l'aise dans le fauteuil de président. Depuis six mois, on se doute qu'il ne va pas tenir sa promesse et qu'il rêve de devenir président. On en est sûr aujourd'hui, il veut se présenter. Je pense d'ailleurs que son entourage l'a poussé à y aller quand il hésitait.

Quand il dit ne pas contrôler l'armée, il tente de minimiser sa responsabilité dans le massacre, mais il a en partie raison. Personne ne peut contrôler toute l'armée ici, c'est plus une bande armée qu'une véritable armée. Les deux journées de deuil national qu'il a instauré mercredi et jeudi ne sont qu'une grande hypocrisie. Il fait cela pour amadouer la communauté internationale car il a peur de sa justice.

Le 28 septembre, de nombreuses personnes de Fria ont répondu à l'appel des leaders de l'opposition et se sont rendus au stade de Conakry. Plusieurs ne sont pas revenus."