Le démantèlement du camp de migrants de Calais, surnommé la "jungle", a fait la une des journaux français et britanniques, hier. Mais à une trentaine de kilomètres de là, près de Dunkerque, une autre "jungle" a subi le même sort loin des caméras des journalistes. Selon notre Observateur, il existerait des dizaines de camps similaires à celui de Calais, où vivent des migrants, principalement afghans, qui attendent de pouvoir traverser la Manche pour pouvoir se rendre en Angleterre.

La "jungle" de Calais était le camp de migrants le plus connu de France avant son démantèlement, mardi, par près de 500 policiers. Il s'était constitué après la fermeture du centre de la Croix-Rouge de Sangatte en 2002 et abritait principalement des Afghans qui souhaitent passer clandestinement en Angleterre. Le ministre de l'Immigration, Eric Besson, a salué un coup porté aux passeurs qui exploitent la misère des migrants. Mais pour les associations d'aide aux réfugiés, cette opération est purement symbolique, les migrants étant simplement contraints de trouver refuge dans les dizaines de camps qui existent dans la région.

Quelques heures après l'opération à Calais, les forces de l'ordre ont investi un autre camp de migrants, celui de Loon-plage, près de Dunkerque . Notre Observateur sur place nous raconte cette journée.

"Depuis sept ans que le camp existe, les policiers l'ont déjà détruit une dizaine de fois"

Aïssa Zaibet, conseiller principal d'éducation dans un lycée de Dunkerque, membre du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP). Il aide les migrants du camp de Loon-plage depuis près de sept ans.

On a beaucoup parlé de la "jungle" de Calais, mais il y a aussi une "jungle" à Dunkerque, comme il en existe des dizaines dans la région.

Hier vers 11 h, une dizaine de fourgons banalisés sont arrivés à Loon-plage et se sont dirigés directement vers la partie du camp où sont établis les Afghans, largement majoritaires. Le camp est en effet divisé en plusieurs secteurs où les migrants se sont regroupés par nationalité. Beaucoup ont réussi à fuir, mais une cinquantaine d'entre eux ont tout de même été arrêtés. Ceux qui ont pu s'enfuir sont, comme d'habitude, revenus juste après l'intervention de la police. Avec les autres bénévoles, on a alors apporté des cartons et des bâches et on s'est attelé à la reconstruction.

Depuis sept ans que le camp existe, les policiers l'ont déjà détruit une dizaine de fois. Il est situé juste en face du terminal des ferrys qui vont en Angleterre, d'ici les migrants peuvent voir tous les jours la mer et les bateaux qui font la navette...

J'agis auprès de migrants depuis six ans et grâce à mon blog, j'ai fait sortir de l'anonymat le camp de Loon-plage. Mais il en existe encore des dizaines d'autres, notamment tout au long de l'A16, l'autoroute qui va de la Belgique jusqu'à Calais, en passant par Dunkerque. Des aires d'autoroutes ont même été fermées pour empêcher les migrants d'y établir leurs camps."

 

Quelques heures après l'intervention de la police, les bénévoles distribuent de la nourriture aux migrants revenus au camp. Photo : Aïssa Zaibet.

 

Une partie du camp de Loon-plage. Au loin, les grues du port autonome de Dunkerque.
Photo : Aïssa Zaibet.