Nouvelle-Calédonie

La Nouvelle-Calédonie en ébullition

La situation s'envenime en Nouvelle-Calédonie, où des adhérents du syndicat indépendantiste USTKE affrontent depuis plusieurs jours les forces de l'ordre. Nos observateurs à Nouméa nous décrivent une situation explosive, qui n'est pas sans rappeler les émeutes meurtrières de la fin des années 1980. Lire le suite et voir les photos...

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La situation s'envenime en Nouvelle-Calédonie, où des adhérents du syndicat indépendantiste USTKE affrontent depuis plusieurs jours les forces de l'ordre. Nos observateurs à Nouméa nous décrivent une situation explosive, qui n'est pas sans rappeler les émeutes meurtrières de la fin des années 1980.

De violents affrontements entre des membres de l'USTKE et les forces de l'ordre ont fait 27 blessés, lundi, en Nouvelle-Calédonie. En grève générale depuis une semaine, le syndicat calédonien proteste contre le blocage des discussions au sein de la compagnie aérienne Airca, à la suite du licenciement pour faute d'une employée. Un conflit qui a conduit le président de l'USTKE, Gérard Jodar, en prison pour entrave à la circulation d'un aéronef.

Depuis, l'UTSKE bloque de nombreuses zones industrielles, causant l'exaspération des chefs d'entreprise de la région, qui ont tenté de s'interposer lundi.

Les scènes d'émeutes ont fait le tour de l'île et font redouter à certains que la situation dégénère et reprenne la forme de ce que l'on appelle là-bas les "Événements". La Nouvelle-Calédonie, qui vit en paix depuis plus de vingt ans, a connu des années sombres entre 1984 et 1988, quand ses communautés, notamment européenne et kanake, s'étaient violemment déchirées.

Affrontements à Koné, dans le nord de l'île

Les 27 gendarmes blessés lundi ont été touchés lors de heurts à Koné, dans la province Nord, où s'étaient rassemblés entre 50 et 200 manifestants de l'USKTE.

Photos originellement postées sur le blog "caledosphère".

 

 

 

 

 

 

"Le pire c’est que tout est parti d’une histoire d’adultère, on croit rêver !"

Franck Theriaud est developpeur de site Internet à Nouméa. Il vit en Nouvelle-Calédonie depuis 22 ans.

Les événements de cette semaine me rappellent les émeutes de 1984. L'USKTE demande la libération de son président, mais le problème c'est qu'il a été condamné à un an de prison. Il ne sera jamais libéré avant. On est dans une véritable impasse. L'USKTE représente moins de 500 personnes, mais ils parviennent néanmoins à bloquer toute l'île. Ils "draguent" une certaine jeunesse en perdition.

Le pire, c’est que tout est parti d’une histoire d’adultère, on croit rêver ! (Le mouvement fait suite au licenciement pour faute professionnelle d'une employée, à qui il est reproché d'avoir indiqué à sa mère que son père se trouvait à bord d'un avion en compagnie de sa maîtresse, trahissant ainsi le secret professionnel)

Alors, aujourd'hui, on assiste à la paralysie totale de l'île. C'est toujours le même problème : les indépendantistes contre les non-indépendantistes. USKTE profite de la situation pour faire avancer ses idées d'indépendance. On prie pour qu'il n'y ait pas de morts...

On a l'impression d'être abandonnés par les autorités. Le seul représentant de l'État sur l'île, c'est le haut-commissaire. Mais que peut-il faire seul ? Il n'y a qu'à voir comment s'est déroulé le dernier sommet France-Océanie. Une véritable blague, il a été bâclé en deux heures (contrairement à la tradition, la France y a simplement envoyé son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, après les défections du président Nicolas Sarkozy et du Premier ministre François Fillon. Les autres pays invités ont eux aussi rétrogradé leur niveau de représentation).

Hier, les patrons ont tenté de faire barrage à l'USKTE. La Nouvelle-Calédonie est une cocotte minute, prête à exploser."

"Des gens m’ont dit qu’ils se préparaient à sortir les fusils…"

Seleone Tuulaki est ingénieur à Nouméa. Après quelques années passées en Métropole, il est retourné s'installer en Nouvelle-Calédonie.

J'ai assisté à des affrontements, vendredi dernier, sur une place de Nouméa. Les CRS ont délogé des membres de l'USKTE qui voulaient bloquer des bretelles d'accès. C'était très impressionnant : les gaz lacrymogènes répondaient aux cailloux.

Aujourd'hui, la situation est toujours très lourde et très tendue. Personne n'est vraiment tranquille dans l'île, tout le monde y pense. On craint que la situation dégénère comme dans les années 1980. Des gens m'ont dit qu'ils se préparaient à sortir les fusils...

Les problèmes on les connait, tout le monde les connaît. Les Calédoniens doivent enfin prendre en main la destinée de leur île. Les jeunes doivent avoir à des emplois à tous les niveaux. L'État français doit être clair et jouer le jeu.

L'indépendance, bien sûr qu'on y pense aussi. Il faut aujourd'hui jeter les bases d'une indépendance qui sera réalisable dans soixante-dix ou quatre-vingts ans. Il faut, dès à présent, organiser le transfert des compétences : cela apaisera les tensions sur l'île et permettra enfin de trouver un compromis gagnant-gagnant. Les problèmes actuels ne se régleront pas avec les solutions d'il y a vingt ans."