Un Saoudien de 32 ans qui s’est vanté de ses conquêtes sexuelles à la télévision fait scandale en Arabie saoudite. Actuellement poursuivi en justice, il pourrait écoper, en cas de condamnation, d’une peine de prison de 20 ans ou de plusieurs milliers de coups de fouet.

Dans un talk-show intitulé "la Ligne rouge" et diffusé par la chaîne satellitaire libanaise LBC le 15 juillet, Mazen Abdul Jawad, père de quatre enfants, a évoqué ses pratiques sexuelles, détails graphiques à l’appui, créant une onde de choc dans la société conservatrice saoudienne.

Une centaine de personnes ont ainsi déposé plainte contre lui devant le juge des référés de Djeddah, l’accusant d’avoir eu des relations sexuelles extramaritales et rendu public sa débauche, violant ainsi les préceptes islamiques. D’autres se sont rendus chez son employeur, la compagnie Saudi Arabian Airlines, pour réclamer qu’il soit immédiatement démis de ses fonctions.

Dans une interview accordée le 25 juillet au quotidien Okaz, Mazen Abdul Jawad a imploré le pardon de la société saoudienne, affirmant qu’il a été piégé par la chaîne libanaise. Celle-ci lui aurait fourni, selon Abdul Jawad, des gadgets sexuels et s’est abstenue de flouter, comme convenu, son visage. Accusations que réfute en bloc la LBC. Par ailleurs, des appels au boycott de la chaîne, très regardée dans le royaume, sont actuellement relayés sur la Toile.

"Les Saoudiens pensent que l’on peut faire ce que l’on veut tant qu’on n’en parle pas publiquement"

Ahmed Al-Omran est un blogueur saoudien qui vit à Riyad.

Dans une société conservatrice comme l’Arabie saoudite, Mazen Abdul Jawad aurait dû s’attendre à des réactions agressives concernant ses propos publics sur le sexe. Les Saoudiens ne sont pas habitués à entendre pareilles déclarations. Ils ont été choqués et n’ont pas compris ses motivations puisqu’il connaît les conséquences juridiques. Nombreux sont ceux qui le considèrent stupide – certains disent même qu’il doit être jugé pour son idiotie plutôt que pour sa débauche-, d’autres estiment qu’il a été piégé par la LBC qui l’a conduit à dire certaines choses d’autant plus que le programme est connu pour favoriser le sensationnel et n’a pas bonne réputation en Arabie saoudite. A cela, s’ajoute le fait que les Saoudiens sont sur la défensive lorsque des étrangers [en l’occurrence la LBC, ndlr] les critiquent.

Je m’attendais à ce que les gens soient furieux mais j’ai été surpris qu’une centaine de personnes fassent suivre ses paroles par des actes et déposent plainte contre lui. Sur le plan juridique, je pense que leurs plaintes n’ont pas de valeur mais si le procureur général décide de le poursuivre, ce sera une autre affaire.

Les Saoudiens pensent que l’on peut faire ce que l’on veut tant qu’on n’en parle pas publiquement. C’est hypocrite mais très répandu en Arabie saoudite. Toutefois, le pays change et les mentalités aussi. Le changement est très lent et de nombreuses personnes, comme moi, sont frustrées de voir les choses évoluer aussi lentement sur les deux plans, social et politique, mais ce n’est pas sans espoir. J’espère que dans 40 ans, nous ne serons pas en train de militer pour les mêmes causes."

L'entretien qui choque les Saoudiens